Sur la technique (et les nouvelles technologies) dans la société capitalisée

juillet 2017, Jacques Wajnsztejn



Marx a rétréci la tota­lité de la vie sociale en la rédui­sant à l’acti­vité pro­duc­tive des hommes et ce fai­sant en posant le tra­vail comme acti­vité générique aliénée en oubliant l’acti­vité en général, la pas­sion de l’acti­vité. L’une des conséquen­ces de cette démarche est de poser la tech­ni­que comme un pou­voir de cette acti­vité pro­duc­tive sur la matière et donc sur ce que l’on nomme « la nature » dont nous nous éloi­gnons forcément dans une dis­tan­cia­tion par rap­port à ce que nous appe­lons communément « nature ». En cela, Marx s’est fait le conti­nua­teur des phi­lo­so­phes clas­si­ques de la raison et de la ratio­na­lité scien­ti­fi­que : Descartes, Hume, Kant, Hegel pour les­quels les hommes doi­vent se rendre « maîtres et pos­ses­seurs de la nature ». La tech­ni­que permet d’avan­cer vers cet objec­tif ; mais ce fai­sant, cette avancée éloigne et dis­tan­cie les hommes de la nature extérieure.

Critique de la technologie ou technophobie

Il me semble qu’il faut éviter le danger que représente la confu­sion entre une cri­ti­que de la neu­tra­lité de la tech­ni­que, telle qu’elle a pu être exprimée par Panzieri et les Quaderni Rossi dans les années 1960 et ce qui serait une posi­tion tech­no­phobe, anti-indus­trielle et a for­tiori « pri­mi­ti­viste ». Mais dire cela sup­pose déjà de ne pas confon­dre l’agir tech­ni­que qui est lar­ge­ment déjà présent dans les sociétés pré-capi­ta­lis­tes dès que l’escla­vage n’est plus le modèle domi­nant de pro­duc­tion avec les récents dévelop­pe­ments tech­no­lo­gi­ques et ce qu’on a cou­tume d’appe­ler la techno-science. En effet, si la tech­ni­que est consub­stan­tielle à l’homi­ni­sa­tion (cf. Leroi-Gourhan ou G. Simondon), la tech­no­lo­gie représente à la fois son intégra­tion à des macro-systèmes (cf. Bernard Pasobrola dans le no 16 de Temps cri­ti­ques1) et son idéolo­gi­sa­tion qui pose l’acti­vité comme moyen et non pas comme fin (cf. Guy-Noël. Pasquet, in Temps cri­ti­ques no 112).

Dans cette concep­tion tech­no­lo­gi­que de la tech­ni­que, le réel n’est plus différent de soi, la nature n’est plus extérieure ; elle devient un stock, une « exter­na­lité » posi­tive qu’il s’agit de préserver comme, par exem­ple celle que représente l’Amazonie, réserve écolo­gi­que mon­diale qu’il faut protéger d’un pillage natio­nal brésilien éven­tuel. Autre exem­ple de cons­ti­tu­tion de stocks : le dévelop­pe­ment des bio-tech­no­lo­gies en par­ti­cu­lier dans tous les domai­nes qui tou­chent à la procréation et inver­se­ment, à la mort. Toutefois, cette ana­lyse en termes de « système » n’est pas satis­fai­sante. Elle ne l’est déjà pas pour qua­li­fier le capi­ta­lisme, elle ne l’est pas plus pour qua­li­fier la techno-science. En effet, si cette intégra­tion de la techno-science est mise en pleine lumière par le dévelop­pe­ment des NTIC, ces dernières fonc­tion­nent aussi comme une vitrine de la moder­ni­sa­tion et ne sont pas le signe d’une nou­velle révolu­tion indus­trielle. De ce fait, elles sont aussi un cache non désiré, mais aux effets réels, d’autres échecs cons­tants de la moder­ni­sa­tion capi­ta­liste et de l’absence de ligne direc­trice ou de « plan du capi­tal ». Mais plus fon­da­men­ta­le­ment, il n’y a pas plus de Réseau-sujet-auto­mate qu’il n’y a de sujet-capi­tal auto­mate. Le réseau séparé de sa com­po­sante humaine n’a pas d’inten­tion­na­lité propre contrai­re­ment à ce que décrit la science-fic­tion domi­nante. Mais il n’empêche qu’en tant que flux-énergie (mise en rela­tion des indi­vi­dus entre eux), le réseau est (métapho­ri­que­ment) tota­li­sant.

La tech­ni­que n’est plus un moyen de l’acti­vité d’homi­ni­sa­tion ; elle s’auto­no­mise en système tech­ni­que au sein d’une acti­vité qui s’était déjà auto­no­misée de longue date dans l’écono­mie et devient anthro­po­lo­gi­sa­tion de la nature. Ainsi, les OGM, si per­sonne ne s’y oppose, per­met­tront de contrôler l’espace mon­dial ali­men­taire et donc les popu­la­tions en impo­sant non pas forcément la concen­tra­tion des terres et l’agri­culture indus­trielle tra­di­tion­nelle à base d’engrais et de trai­te­ment (ce qu’espéraient maints marxis­tes avides de voir dis­paraître cette classe impure et réaction­naire des pay­sans), mais une forme unique d’intrants et de four­nis­seurs capa­bles de s’adres­ser à n’importe quel type d’exploi­ta­tion. Il ne s’agira donc pas alors d’une expro­pria­tion de la pay­san­ne­rie sur le modèle his­to­ri­que de l’exode rural, mais d’une expro­pria­tion du vivant. Ce qui est fon­da­men­tal là-dedans ce n’est donc pas que les OGM condui­sent (le pro­gres­sisme du capi­tal conti­nue­rait indéfini­ment) ou non (les écolo­gis­tes) à l’auto­suf­fi­sance ali­men­taire car alors c’est rai­son­ner dans les termes capi­ta­lis­tes puis­que c’est la notion même de pro­duc­tion et le rôle qu’on fait jouer à « l’écono­mie » qui pose les ques­tions en termes de rareté, mais le type de domi­na­tion que cela impli­que, sur les hommes (rap­ports sociaux) comme sur la nature extérieure. Cette dernière domi­na­tion est d’ailleurs aujourd’hui le résultat de la concep­tion néo-clas­si­que qui fait de la nature extérieure un « capi­tal natu­rel », alors qu’elle tend à faire de la nature intérieure de l’homme une seconde nature (Invariance) et ce que cer­tains, depuis Pasolini, appel­lent une révolu­tion anthro­po­lo­gi­que. Mais précisons que nous n’enten­dons pas cette « seconde nature » homi­nisée en dehors de sa pro­duc­tion pro­pre­ment humaine. Il ne s’agit pas de séparer une nou­velle fois objet et sujet ce qui condui­rait à reconnaître l’auto­no­mie de la tech­ni­que et le système tech­ni­cien ».

Dans son lien avec la science, qu’elle précède pour en deve­nir fina­le­ment le moteur le plus intime, le dévelop­pe­ment des tech­ni­ques tend à faire cor­res­pon­dre savoir et pou­voir.

« Conditions données » et conditions objectives

Éviter aussi le dis­cours sur l’inéluc­ta­bi­lité des nou­vel­les tech­no­lo­gies, ces dernières censées représenter main­te­nant des « condi­tions données » comme si elles fai­saient partie d’un plan du capi­tal et n’étaient pas le fruit de choix poli­ti­ques et écono­mi­ques ou sociétaux. Un point bien mis en évidence par Castoriadis : « Elles expri­ment ainsi un degré “d’enfon­ce­ment dans l’ima­gi­naire” d’une cer­taine manière beau­coup plus problémati­que que dans les cultu­res du mythe. Traiter un homme en chose ou en pur système mécani­que n’est pas moins, mais plus ima­gi­naire que de prétendre voir en lui un hibou. Cela représente un autre degré d’enfon­ce­ment dans l’ima­gi­naire ; car non seu­le­ment la parenté réelle de l’homme avec un hibou est incom­pa­ra­ble­ment plus grande qu’elle ne l’est avec une machine, mais aucune société pri­mi­tive n’a jamais appliqué aussi radi­ca­le­ment les conséquen­ces des ses assi­mi­la­tions des hommes à autre chose, que ne l’a fait l’indus­trie moderne de sa métaphore de l’homme-auto­mate. Les sociétés archaïques sem­blent tou­jours conser­ver une cer­taine dupli­cité dans ces assi­mi­la­tions ; mais la société moderne les prend, dans sa pra­ti­que, au pied de la lettre de la façon la plus sau­vage ». (Castoriadis, L’ins­ti­tu­tion ima­gi­naire de la société, Seuil, 1975, p. 238)

Si on ne tient pas compte de cela, alors les « condi­tions données » devien­nent les nou­vel­les condi­tions objec­ti­ves et de la même façon que cer­tains atten­dent que les condi­tions sub­jec­ti­ves s’affi­nent avec l’exis­tence d’une classe prolétarienne de plus en plus pure, d’autres atten­dent que les condi­tions objec­ti­ves s’affi­nent avec une pro­duc­tion de plus en plus socia­lisée, mais sans plus de lien avec une expérience vécue. Ce n’est d’ailleurs pas éton­nant puis­que les nou­vel­les tech­no­lo­gies opèrent sur des ryth­mes chro­no­lo­gi­ques hors de portée de l’expérience humaine du temps (un cybernéticien tra­vaille sur des durées inférieu­res au mil­liardième de secondes).

Le tra­vail techno-scien­ti­fi­que cher­che à dépasser toutes les situa­tions limi­tes, bref à nier la fini­tude humaine. En conséquence, tout ce qu’il est pos­si­ble de faire doit se faire (« l’impératif tech­ni­cien »). Sur cette base, l’homme n’est plus défini que par ce qu’il fait. Avec les techno-scien­ces, la maîtrise du pos­si­ble a rem­placé la connais­sance de la réalité et sa fonc­tion de vérité. C’était déjà quel­que chose bien perçu par Niklas Luhmann, mais dans une pers­pec­tive systémiste qui met­tait en avant le rôle des réseaux dans cette (re)cons­truc­tion de la société contem­po­raine dans laquelle les indi­vi­dus sem­blent dis­paraître ou s’effa­cer devant la com­plexi­fi­ca­tion crois­sante des inte­rac­tions entre systèmes pure­ment objec­tifs de trai­te­ment de l’infor­ma­tion.

Comme le dit Gilbert Hottois dans Entre sym­bo­les et tech­nos­cien­ces (Champ Vallon, 1996), p. 80 : « La pro­duc­tion du futur est radi­ca­le­ment différente d’un engen­dre­ment éthique de l’avenir à partir du passé. Cette pro­duc­tion opère au contraire à partir d’une sorte d’auto­no­mie abso­lue du présent qui pro­duit le futur » alors qu’aupa­ra­vant le futur était l’avenir his­to­ri­que et poli­ti­que en référence au passé (par exem­ple le com­mu­nisme en référence à l’his­toire des luttes de clas­ses.). La raison pra­ti­que est rem­placée par la ratio­na­lité tech­ni­cienne et quan­ti­ta­tive (cf. Bernard Pasobrola, blog de Temps cri­ti­ques à la rubri­que « Raison et ratio­na­lité capi­ta­liste3 »). Le temps his­to­ri­que est délégitimé au profit du « temps réel ».

Mais la faille de cer­tai­nes cri­ti­ques de la tech­ni­que comme celle pro­duite très tôt par J. Ellul (cf. Le bluff tech­no­lo­gi­que) réside dans le fait qu’ils rai­son­nent en termes de « système ». Si cela a permis à Ellul de décrire l’évolu­tion vers une société tech­ni­cienne, cela l’a empêché de voir que la techno-science, pour s’expri­mer, a besoin d’ouver­ture de recher­che et non pas de clôture mili­taire ou soviétique. La révolu­tion du capi­tal est donc par­ti­culièrement en phase avec cette ouver­ture de tous les pos­si­bles.

Technologie et rapports sociaux de classes

S’il n’est pas ques­tion de pren­dre le pro­ces­sus révolu­tion­naire, quel qu’il soit, comme l’écri­ture d’une page blan­che qui effa­ce­rait d’un trait de plume l’exis­tence de l’urbain (Mexico, par­lons-en avec ses 10 mil­lions d’habi­tants et son agglomération de 22 mil­lions) qui a rem­placé la ville et du rur­bain qui a sup­planté le monde rural, les infra­struc­tu­res routières et le qua­drillage capi­ta­liste de l’espace, les OGM et autres, il n’était « nor­ma­le­ment » et poli­ti­que­ment pas ques­tion de lais­ser au capi­tal le contrôle de la tech­ni­que avec ses conséquen­ces sur l’emploi. D’ailleurs le père de la cybernétique, Wiener en était cons­cient, comme Oppenheimer d’ailleurs dès 1963 où ils font remar­quer que la société ne va plus pou­voir repo­ser sur une dis­tri­bu­tion des riches­ses cor­res­pon­dant à des contri­bu­tions pro­por­tion­nel­les à la pro­duc­tion quand c’est la pos­si­bi­lité de contri­bu­tion qui s’éloigne. Cette ques­tion a été prégnante très tôt aux États-Unis parce que jus­te­ment la course à l’auto­ma­ti­sa­tion y est précoce et va pro­duire une cou­pure à l’intérieur de l’ancienne classe ouvrière noire entre un petit groupe qui s’en détache pour entrer dans l’admi­nis­tra­tion et l’assis­tance sociale ; et un groupe net­te­ment plus impor­tant qui devient une under­class. L’afro-américain « de base » délaisse de force ou de gré son statut d’opprimé pour celui d’inu­tile (l’ines­sen­tia­li­sa­tion de la force de tra­vail). Dès 1962, l’AFL-CIO signe un accord sur la reconver­sion du per­son­nel ce qui revient à aban­don­ner le contrôle de la tech­no­lo­gie au patro­nat et à l’État. Le syn­di­cat n’avait pas prévu les conséquen­ces socia­les tablant au contraire sur la création de nou­veaux emplois et des pos­si­bi­lités de nou­vel­les clientèles plus qua­lifiées. En Europe, le mode de régula­tion for­diste eut les mêmes résul­tats. Les gains de pro­duc­ti­vité dus au machi­nisme furent monnayés contre l’échelle mobile des salai­res et les salai­res minima de crois­sance. C’est seu­le­ment les luttes des OS de la décennie 1965-1975 qui ont tenté de résister mas­si­ve­ment à cela par des pra­ti­ques de refus du tra­vail condamnées par la majo­rité des syn­di­cats.

Aujourd’hui, les syn­di­cats, dans une situa­tion très différente de chômage et de déloca­li­sa­tion/ précari­sa­tion, conti­nuent pour­tant dans la même direc­tion en cher­chant à main­te­nir des emplois à tout prix, même si cer­tains, plus post-moder­nes, comme la CFDT ou les syn­di­cats scan­di­na­ves, l’envi­sa­gent sur le mode du par­tage du tra­vail. Face à cela, les tenants du revenu garanti incondi­tion­nel pro­cla­ment que c’est la seule façon de ne pas rem­pla­cer le tra­vail ancien par n’importe quel emploi nou­veau ne méritant même pas le nom de tra­vail.

 

Nous qui sans être clas­sa­bles parmi les « com­mu­ni­sa­teurs » n’en sommes pas moins cri­ti­ques de la notion his­to­ri­que de phase de tran­si­tion, sommes bien obligés de reconnaître qu’il y a là un problème qui ne se réglera pas à la Pol Pot. La ques­tion des « condi­tions données » n’est pas si facile que cela à résoudre.

C’est pour cela qu’on assiste à un effri­te­ment des luttes dans le sec­teur de la repro­duc­tion. Il n’y a plus que des points de vue par­tiels, car le global ou stratégique (l’uni­ver­sel du capi­tal) apparaît comme le seul point de vue légitime (impos­si­bi­lité de se passer de la voi­ture en zones rura­les et périphériques, inter­dic­tion de la cir­cu­la­tion auto­mo­bile dans les cen­tres urbains, bas tarifs élec­tri­ques contre énergie nucléaire, bar­ra­ges d’irri­ga­tion et des­truc­tion d’éco-systèmes, camions/routes ou fer­rou­tage, main­tien de l’emploi ou contrainte écolo­gi­que), autant de luttes poten­tiel­les et par­tiel­les.

On est loin du « point de vue ouvrier » (le par­ti­cu­lier por­teur d’uni­ver­sel) des opéraïstes parce que jus­te­ment la révolu­tion du capi­tal le rend impos­si­ble ce qui n’était pas encore le cas dans le tour­nant des années 1960-70. Quel est aujourd’hui le point de vue ouvrier des sidérur­gis­tes de Tarento et de Terni dont les usines vont être bradées : est-ce la défense syn­di­cale de l’emploi contre les « boches » (Siemens) et les indiens (Mittal) ? Le « prend l’oseille et tire-toi » des jeunes prolétaires, la lutte pour impo­ser un lock-out d’ini­tia­tive ouvrière avec paie­ment du chômage tech­ni­que pen­dant toute la durée de la trans­for­ma­tion de l’entre­prise en usine propre ? Ce qui est sûr, c’est que cette dernière pro­po­si­tion est restée très mino­ri­taire !

Pourquoi alors, dans ces condi­tions, refu­ser la notion de « condi­tions données » ? Parce que celles-ci ne sont pas encore sédimentées au sens où elles sont trop nou­vel­les (à l’échelle his­to­ri­que) pour avoir déjà créé des emprein­tes pro­fon­des. C’est d’ailleurs pour cela que les Zuckerberg et autres comp­tent tant sur la « génération Y » qu’ils espèrent for­ma­ter défini­ti­ve­ment, mais au chan­ge­ment, ce qui est un peu une contra­dic­tion dans les termes par rap­port au for­ma­tage idéolo­gi­que repo­sant sur une cer­taine conti­nuité. Pour cela il faut inculquer à cette génération une culture techno-scien­ti­fi­que très précoce, mais qui ne soit pas celle dis­pensée par l’école.

Technologie et dynamique du capital

Il ne s’agit pas d’être tech­no­phile ou tech­no­phobe, mais de rester dans une dis­tance cri­ti­que avec l’advenu. La tech­no­lo­gi­sa­tion du monde fait bien partie de « l’aven­ture humaine », mais cela n’empêche pas de l’apprécier sous toutes ses facet­tes afin de déter­mi­ner des pers­pec­ti­ves.

Or, ce n’est pas ce que font la plu­part des posi­tions favo­ra­bles aux nou­vel­les tech­no­lo­gies qui ins­cri­vent ces dernières dans un pro­gres­sisme du capi­tal qui per­met­trait d’espérer l’écla­te­ment de la contra­dic­tion préten­du­ment cen­trale, en tous cas pour les marxis­tes, entre forces pro­duc­ti­ves et rap­ports de pro­duc­tion. C’est d’autant plus vrai qu’il y a eu non pas un « progrès », mais plutôt un chan­ge­ment de niveau entre le moment de la cybernétique déjà cri­tiqué à l’époque par exem­ple par l’Internationale situa­tion­niste, puis par l’IQV aujourd’hui et celui de la mise en réseau via les appli­ca­tions numériques. En effet, si la cybernétique et son para­digme cog­ni­ti­viste se vou­laient science de la com­mu­ni­ca­tion, orga­ni­sa­tion ration­nelle, en fait une science du contrôle, le connexion­nisme4, ouvri­rait, quant à lui, le champ de la créativité, de l’auto­no­mie et en conséquence col­le­rait beau­coup plus à l’ima­gi­naire libéral/liber­taire.

On n’est donc plus dans la pers­pec­tive d’une société de contrôle versus domi­na­tion, mais dans des pra­ti­ques inte­rac­tion­nel­les et une addic­tion aux flux plutôt que face à une contrainte extérieure ou à une sou­mis­sion volon­taire. Mais cela n’empêche pas l’État, dans sa forme réseau d’être au cœur de cette cir­cu­la­tion flui­di­que d’énergie. Dit autre­ment, il y a du « matériel » derrière « l’immatériel », de la pro­duc­tion derrière la cir­cu­la­tion puisqu’il y a de l’énergie phy­si­que injectée dans les réseaux, mais dans un procès de tota­li­sa­tion nous l’avons déjà dit.

Je l’ai déjà dit ailleurs aussi : mais cette écono­mie du numérique repose étroi­te­ment sur la finan­cia­ri­sa­tion de l’écono­mie générale. Le marché finan­cier tend en effet à réaliser le modèle néo-clas­si­que de l’équi­li­bre wal­ra­sien sur un marché finan­cier concur­ren­tiel et tou­jours ouvert sans droit d’entrée ni obli­ga­tion d’y rester. Il n’y a plus, poten­tiel­le­ment, de capi­tal dor­mant à partir du moment où il peut se déplacer à tout moment et fruc­ti­fier ainsi en dehors de toutes les contrain­tes ancien­nes de change ou autres.

Cette logi­que de réseau s’étend à tous les domai­nes de la vie sociale. On assiste à « l’éclo­sion d’une puis­sance générale sociale inconnue jusqu’alors qui s’incarne néanmoins dans des réseaux d’indi­vi­dus, des mani­pu­la­teurs de sym­bo­les que l’on retrouve par exem­ple à Davos mais aussi de façon beau­coup plus for­ma­lisée dans des orga­ni­sa­tions comme la Trilatérale. Un peu comme dans la science-fic­tion cette puis­sance permet un jeu à l’échelle planétaire qui sera ensuite ratio­na­lisé et pla­nifié dans le cadre d’une stratégie (c’est ici un bien grand mot) de domi­na­tion par exten­sion dans le monde de ce qui ne cons­ti­tuait, au départ, qu’un ballon d’essai […]. La glo­ba­li­sa­tion ne se réduit pas à un ensem­ble de pro­ces­sus obser­va­bles, elle est aussi un projet nor­ma­tif d’une gou­ver­nance sans gou­ver­ne­ment, définie comme un mécanisme de régula­tion lié à l’ordre mon­dial et fonc­tion­nant sans émaner d’une auto­rité offi­cielle » (J.W. Après la révolu­tion du capi­tal).

 

Qu’en déduire ?

1 — les condi­tions objec­ti­ves présentes sou­met­tent les pos­si­bi­lités révolu­tion­nai­res à de nou­vel­les contrain­tes qui ne sont pas celles du cycle précédant.

2 — la socia­li­sa­tion maxi­male qui fait partie de ces condi­tions objec­ti­ves ne concerne pas seu­le­ment la pro­duc­tion, mais aussi les pro­ces­sus d’indi­vi­dua­li­sa­tion, de l’impres­sion du retour à une phase pré-capi­ta­liste de guerre de tous contre tous. Et la repro­duc­tion chao­ti­que et seg­mentée des rap­ports sociaux fait, elle aussi, partie des condi­tions objec­ti­ves.

3 — si on privilégie la socia­li­sa­tion maxi­male dans la pro­duc­tion comme prin­ci­pale donnée objec­tive on peut alors avoir l’impres­sion d’une dis­pa­ri­tion de la valeur comme dans le cadre par­ti­cu­lier de l’exem­ple des logi­ciels libres ou celui plus général du gene­ral intel­lect. Mais c’est confon­dre dis­pa­ri­tion de la valeur et son évanes­cence dans la mesure où le capi­tal, dans sa dyna­mi­que (la « révolu­tion du capi­tal ») domine main­te­nant la valeur5.

4 — Si l’on ne se « satis­fait » pas du « com­mu­nisme du capi­tal » (cf. Paolo Virno in Grammaire de la mul­ti­tude, L’Éclat, 2002, p. 134), alors de quel autre com­mu­nisme s’agit-il puis­que nous cri­ti­quons à la fois les posi­tions com­mu­ni­sa­tri­ces qui s’en tien­nent à la for­mule de Marx dans L’Idéologie alle­mande selon laquelle « le com­mu­nisme n’est pas un état, mais le mou­ve­ment réel qui abolit l’état de choses actuel » sans jamais dévoiler le moin­dre contenu sous-jacent et aussi celle de Badiou sur le com­mu­nisme comme idée ?

Et là s’ouvre une vaste incer­ti­tude (notre vaste incer­ti­tude) sur… la « révolu­tion à titre humain » et aussi sur… faut-il encore parler de « révolu­tion », et encore sur… « par où la sortie », etc. Ce ques­tion­ne­ment mais qui dans tous les cas devra tenir compte de la ques­tion tech­ni­que sans croire a priori que l’on pourra se passer de ce qui nous dérange et garder ce qui nous arrange, sans la pren­dre donc comme un tout (cf. Temps cri­ti­ques no 16, p. 34-37).

 

Si Marx, dans le cha­pi­tre du livre I du Capital, sur l’indus­trie et l’agri­culture, a bien parlé des dégâts pro­duits par l’indus­tria­li­sa­tion, il pense ce pro­ces­sus à l’intérieur du pro­ces­sus révolu­tion­naire d’ensem­ble qui révolu­tionne et le capi­tal et la classe du tra­vail. Une posi­tion qu’il aban­don­nera ensuite quand il va faire de la ques­tion de la propriété privée la seule ques­tion vrai­ment impor­tante puisqu’elle marque l’écart entre dévelop­pe­ment de forces pro­duc­ti­ves et étroi­tesse des rap­ports de pro­duc­tion quand la pro­duc­tion se fait jus­te­ment de plus en plus sociale. C’est la voie qui lui per­met­tait de faire tenir ensem­ble sa vision des Manuscrits qui est celle d’une société sans divi­sion réelle du tra­vail où le tra­vail est sim­ple­ment acti­vité aliénée, avec celle des Grundrisse qui reconnaît la divi­sion du tra­vail qu’il faut contrôler ration­nel­le­ment dans la coopération. Vision com­pa­ti­ble avec celle du tra­vailleur mobile poly­va­lent d’aujourd’hui qui représen­te­rait la forme moderne du tra­vail vivant dans l’auto­ma­tisme social afin de ne pas retom­ber dans la posi­tion d’un retour à la pro­duc­tion arti­sa­nale chère à Proudhon où le tra­vail comme œuvre d’art de Sorel telle qu’il la décrit dans L’avenir socia­liste des syn­di­cats.

Évanescence de la valeur : le retour en force de la valeur d’usage comme réconfort

Derrière la posi­tion favo­ra­ble aux nou­vel­les tech­no­lo­gies, on trouve sou­vent l’idée d’une pos­si­ble réappro­pria­tion de la valeur d’usage. Or, en dehors du rôle qu’on lui a fait jouer dans les théories de la valeur, la valeur d’usage était issue d’une concep­tion du tra­vail sur le modèle de l’homo faber (« l’homme est un animal fabri­ca­teur d’outils » Le Capital, ES, p.182) et donc d’un pro­duit-objet doté d’une auto­no­mie propre. Marx remet cela en cause dans ses textes sur l’auto­ma­ti­sa­tion. L’indus­trie devien­drait le moyen de domi­ner effi­ca­ce­ment la nature. Ce que son roman­tisme déplore dans l’indus­tria­li­sa­tion, à savoir la dénatu­ra­li­sa­tion, son posi­ti­visme lui fait aimer. Comme le dit K. Axelos : « Marx ne veut pas que les hommes soient délivrés de la tech­ni­que moderne ; il veut que la tech­ni­que se délivre de tout ce qui la rend inhu­maine, libérant ainsi ses pro­pres forces et les forces humai­nes6 ».

Mais alors la valeur d’usage ne peut plus exis­ter sur le modèle ancien à la fois valeur d’usage de la force de tra­vail et valeur d’usage du pro­duit du tra­vail. Cette dernière fait plutôt place à une pro­duc­tion d’effets utiles dont les effets dura­bles vont bien au-delà du procès de pro­duc­tion immédiat. Il n’y a donc pas à cher­cher dans ces nou­vel­les tech­no­lo­gies une déconnexion de plus en plus grande entre ce qui serait encore une création de « richesse réelle » (de valeur d’usage) et ce qui ne serait que de la création de richesse capi­ta­liste (valeur d’échange). C’est être dans la même confu­sion que ceux qui préten­dent qu’il y a une déconnexion entre « écono­mie réelle » et finance. L’infor­ma­ti­que comme la finance ne créerait pas de « valeur » (les infor­ma­tions seraient des pro­duc­tions sans valeur qui ne feraient que trans­met­tre de la valeur déjà exis­tante parce que pro­duite ailleurs ou qu’accélérer sa cir­cu­la­tion) soit le refus de considérer que la révolu­tion du capi­tal est pro­ces­sus de tota­li­sa­tion, que la vitesse est valo­ri­sa­tion, etc.

Même les théories néo-clas­si­ques tien­nent compte de cela :

— premièrement en pre­nant en compte ce qui jusqu’à main­te­nant ne l’était pas, à savoir les actifs immatériels qui seraient pro­duc­tifs de fair value7 ce qui se réper­cute et expli­que en même temps l’esti­ma­tion d’une valeur boursière des entre­pri­ses fort différente de sa valeur comp­ta­ble au sens strict (la cota­tion ne se fait pas seu­le­ment à partir de la capi­ta­li­sa­tion effec­tive, mais de façon pro­jec­tive à partir de la déten­tion de bre­vets et autres inno­va­tions en deve­nir) ;

— deuxièmement, en ne com­pre­nant plus le progrès tech­ni­que comme un élément exogène de la pro­duc­tion et de la crois­sance dans la mesure où il prend la forme d’un système socio-tech­ni­que intégré du fait jus­te­ment des nou­vel­les tech­no­lo­gies. C’est pour cela que se sont développées les théories de la « crois­sance endogène » qui sont repar­tis de la concep­tion hétérodoxe de Thorstein Veblen sur la tech­ni­que comme stock de connais­san­ces détenues et accu­mulées socia­le­ment, mais sans en sou­li­gner la dimen­sion cultu­relle qui l’accom­pa­gne chez Veblen jus­te­ment.

Et pour­tant, c’est ce dont ne tien­nent pas vrai­ment compte les thuriféraires des logi­ciels libres, qui ne sem­blent pas mesu­rer le fait que « l’essence » de la techno-science est de nature opératoire et qu’il est très secondaire que le logi­ciel soit libre ou pas, ce qui entraîne chez ces amis des hackers une concep­tion de type « boîte à outils » que les post-opéraïstes, par exem­ple, ont utilisé jusqu’à la corde. Une posi­tion qui com­prend les NTIC, mais qui peut être étendue à toute la techno-science, comme pra­ti­que opératoire indépen­dante des sym­bo­li­sa­tions qui l’accom­pa­gnent. La sub­jec­ti­vité du hacker rem­pla­ce­rait la sub­jec­ti­vité prolétaire dans son rap­port à des condi­tions objec­ti­ves considérées comme neu­tres. Une posi­tion com­pa­ti­ble avec une idéologie de l’éman­ci­pa­tion (Habermas, Appel et la nou­velle École de Francfort, libéraux-liber­tai­res, par­ti­sans du tout numérique, etc.) réduite à la société trans­pa­rente de la com­mu­ni­ca­tion uni­ver­selle. Pouvoir et résis­tance au pou­voir sont du même ordre fina­le­ment et il suffit sim­ple­ment de pous­ser le pou­voir pour sortir sur l’autre rive… mais du même fleuve si on veut se ris­quer à une métaphore flui­di­que. Non plus pous­ser la contra­dic­tion comme dans la dia­lec­ti­que, mais affir­mer l’autre côté, l’imma­nence com­mu­niste du gene­ral intel­lect ou du logi­ciel libre au ser­vice de la « force-inven­tion ».

L’oubli de la forme-État résulte de sa nouvelle mise en réseau

Alors que les mul­ti­ples rami­fi­ca­tions de l’État dans sa forme réseau lui per­met­tent de dévelop­per ou d’englo­ber de nom­breu­ses média­tions sans avoir besoin des contrain­tes visi­bles qui caractérisaient l’État-nation ou l’État des clas­ses avec son lourd appa­reil ins­ti­tu­tion­nel et que, dans cette confi­gu­ra­tion il est partie pre­nante et active du pro­ces­sus en cours, beau­coup font comme si l’État n’exis­tait plus alors que c’est la société civile qui n’existe plus.

Certains font porter leur espoir sur une sorte de deve­nir com­mu­niste du capi­tal (les post-opéraïstes), alors que d’autres par­lent com­mu­ni­sa­tion et admi­nis­tra­tion des choses.

De tels posi­tion­ne­ments s’appuient sur le deve­nir du capi­ta­lisme comme sub­sti­tut à la figure de l’éman­ci­pa­tion deve­nue absente ou évanes­cente ; ils annu­lent aussi toute idée d’inter­ven­tion poli­ti­que non étati­que.

Or, l’État, dans sa forme réseau comme dans sa forme sou­ve­rai­niste ou d’excep­tion repose la ques­tion poli­ti­que alors que les com­mu­nis­tes (et je ne parle pas ici des com­mu­nis­tes ortho­doxes) ont la plu­part du temps dépoli­tisé la ques­tion de l’État alors qu’il n’a jamais atteint une telle capa­cité orga­ni­sa­trice, bien supérieure à celle déployée au moment de l’État-pro­vi­dence et bien sûr sans com­mune mesure avec ce qu’en per­ce­vaient les pères fon­da­teurs.

Une puis­sance d’orga­ni­sa­tion des ins­ti­tu­tions, de l’acti­vité écono­mi­que, du social ce qui est assez ancien déjà, mais aussi d’orga­ni­sa­tion des per­son­nes. L’État nous tra­verse tous (« L’État, c’est aussi nous8 » disions-nous dans le numéro 8 de Temps cri­ti­ques) diluant espace public et espa­ces privés, écono­mie de la connais­sance et écono­mie de réseau dans la mesure où la nou­velle idéologie de la « compétence » conduit à mêler étroi­te­ment savoir-faire et savoir-être (se pro­duire comme acti­vité vivante). C’est une rup­ture avec la concep­tion de la divi­sion du tra­vail par grilles de qua­li­fi­ca­tion et avec la théorie de la valeur tra­vail qui y était rat­tachée (la mesure du temps de tra­vail n’est plus à l’ordre du jour dans beau­coup de postes de tra­vail).

On fait comme si les nou­vel­les tech­no­lo­gies du capi­tal répon­daient enfin à l’un des pas­sa­ges les plus célèbres et sans conteste l’un des plus cri­ti­qua­bles de Marx, dans la préface à la Contribution à la cri­ti­que de l’écono­mie poli­ti­que selon laquelle : « jamais de nou­veaux et supérieurs rap­ports de pro­duc­tion ne se sub­sti­tuent à elle avant que les condi­tions d’exis­tence matériel­les de ces rap­ports aient été couvées dans le sein même de la vieille société. C’est pour­quoi l’huma­nité ne se pose jamais que les problèmes qu’elle peut résoudre, car, à regar­der de plus près, il se trou­vera tou­jours que le problème lui-même ne se présente que lors­que les condi­tions matériel­les pour le résoudre exis­tent ou du moins sont en voie de deve­nir » (ES, 1957, p. 5).

Alors que les post-opéraïstes sont sou­vent de grands lec­teurs de Simondon, on assiste au para­doxe qu’ils ne sem­blent pas tenir compte de ce que ce der­nier appelle le pro­ces­sus de concrétisa­tion et d’indi­vi­dua­tion dans lequel l’objet tech­ni­que passe du mode abs­trait (théorie appliquée) à un mode plus concret où il intègre les effets de son fonc­tion­ne­ment sur le milieu extérieur et par exem­ple sur les uti­li­sa­teurs dans le cas de l’infor­ma­ti­que, à l’intérieur de son « système-machine », ce qui crée un « milieu associé ». Ou alors, quand ils en tien­nent compte c’est pour dire que la science n’est plus science du capi­tal, mais science de la société comme si cela met­tait fin à la domi­na­tion. Or, dans le tra­vail cog­ni­tif, le rap­port entre les per­son­nes cons­ti­tue la matière de la subor­di­na­tion.

Informatique et mise en réseau

L’intérêt de l’infor­ma­ti­que, pour le capi­tal, vient de ce qu’elle permet de mettre en rap­port des fac­teurs ou des forces hétérogènes. Elle permet donc aussi d’étendre les mécanis­mes de régula­tion qui jusque là étaient pro­pres à la sphère écono­mi­que, aux fac­teurs et sphères extra-écono­mi­ques. C’est par exem­ple la rela­tion sociale qui est l’objet d’échange... le plus sou­vent mar­chand et c’est bien Microsoft et autres mega-opérateurs qui orga­ni­sent et exploi­tent la syner­gie col­lec­tive des acti­vités cog­ni­ti­ves. C’est bien la mise en réseau capi­ta­liste de cette tota­lité qui déborde les flux créatifs et non l’inverse. Il y a bien tou­jours du « molaire » (c.-à-d. du global) pour repren­dre, mais contre lui, une expres­sion de Guattari, et le fait d’être orga­nisé en réseaux ne le trans­forme pas en moléculaire, tou­jours dans le lan­gage de notre auteur-mili­tant du par­ti­cu­lier et des par­ti­cu­la­ris­mes dont les thèses sont repri­ses aujourd’hui par les post-opéraïstes.

Bref, la révolu­tion du capi­tal n’est pas la « révolu­tion moléculaire » de Guattari !

Par exem­ple la mise en réseau a beau pra­ti­quer la différen­cia­tion hori­zon­tale plutôt que la hiérar­chi­sa­tion ver­ti­cale, il n’y en a pas moins une hiérar­chie des réseaux en fonc­tion de la place occupée dans le réseau et de la proxi­mité plus ou moins grande avec les nœuds de réseaux. De même, en cas de dys­fonc­tion­ne­ment, l’auto­no­mie des bran­ches du réseau ou la pseudo-ratio­na­lité d’ensem­ble (c’est en fait la plu­part du temps une ratio­na­lité limitée au seg­ment du réseau) tombe vite ainsi que la sanc­tion (cf. l’affaire Kerviel/SG).

Ce n’est bien sûr pas un mou­ve­ment unilatéral, mais ce qu’il faut voir c’est qui tra­vaille pour qui en réalité. Quand on lit le der­nier Gorz et son L’immatériel…9 on est dans le même schéma que chez les post-opéraïstes pour les­quels le capi­tal fixe serait subsumé par la « force-inven­tion » qui ne serait plus tra­vail, mais tout à la fois pro­duc­tion de richesse et pro­duc­tion de soi. Pour Gorz les « dis­si­dents » du capi­ta­lisme numérique représen­te­raient (inter­view de 2007) 30 % envi­ron de la popu­la­tion et com­pren­draient non seu­le­ment les hackers et les infor­ma­ti­ciens de haut niveau, mais une grande part des diplômés qui refu­sent de tout sacri­fier à leur carrière, les self-entre­pre­neurs qui refu­sent le tout plus vite et compétitif, ceux qui préfèrent gagner peu et avoir du temps, etc. Dans cette pers­pec­tive on a l’impres­sion que le « tra­vail » tend à ne plus être que le moyen qui permet des acti­vités hors-tra­vail épanouis­san­tes et créatri­ces de sens. En lisant cela non seu­le­ment ont peut se deman­der le pour­cen­tage de per­son­nes que cela représen­te­rait aujourd’hui sur les bases de cette hypothèse, mais en tenant compte du pro­ces­sus accéléré de ces dix dernières années, mais aussi quels sont les lieux de cette créativité supérieure et quels sont les fruits de cette supposée gigan­tes­que séces­sion/déser­tion ? Se mène-t-elle au sein des GAFA ou à l’extérieur, dans la « vie privée » qui n’est plus alors « privée » ? Les a-t-elle empêchés de gros­sir ou au contraire a-t-elle par­ti­cipé à leur succès ?

Les « logiciels libres » changent-ils la donne ?

En effet, le domaine du « libre » n’est pas indépen­dant de l’écono­mie de marché car il n’en cons­ti­tue pas un vérita­ble détour­ne­ment, mais seu­le­ment un détour­ne­ment vis-à-vis de ses aspects ins­ti­tu­tion­nels (le copy­right est rem­placé dans ce cas par le copy­left). Le logi­ciel libre mène lui aussi sa propre cam­pa­gne. Mais ce n’est pas une cam­pa­gne pour l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion puisqu’aujourd’hui l’ins­ti­tu­tion est résorbée dans la ges­tion des intermédiai­res. On pour­rait ici parler d’une stratégie de mar­ke­ting et de média­ti­sa­tion pour faire reconnaître un dis­po­si­tif tech­ni­que et social. Le droit n’inter­vient que secondai­re­ment dans le pro­ces­sus pour tran­cher des conflits ; conflits qui d’ailleurs ne par­vien­nent même pas devant la jus­tice puis­que la plu­part du temps ils sont l’objet d’un com­pro­mis finan­cier.

La création de la General public licence (GPL) qui ne trans­gresse nul­le­ment la propriété intel­lec­tuelle, mais ren­verse sim­ple­ment son usage qui devient libre, s’ins­crit dans cette démarche. Les défen­seurs du droit d’auteur certes essaient de défendre leurs droits mais ces der­niers devien­nent une quasi fic­tion ; le droit d’auteur se délite, se dis­sout dans les réseaux et la mise en image des « œuvres-pro­duits ». Dans cette mesure, il est impos­si­ble de dire qu’il y a libre dif­fu­sion puisqu’en amont, on retrouve bien une dépen­dance de l’auteur à toute une infra­struc­ture de pro­duits infor­ma­ti­ques, à une ingénierie infor­ma­ti­que, à une dépense éner­gi­vore énorme qui ne remet pas en ques­tion le pro­duc­ti­visme exa­cerbé, mais au contraire le sup­pose. Sans parler du fait que l’auteur doit bien « tra­vailler » dans un cadre plus tra­di­tion­nel pour vivre.

Dans la cor­res­pon­dance de 2004 avec Raoul (cf. blog), nous signa­lions des exem­ples de gra­tuité capi­ta­liste (Encyclopædia Britannica dématérialisée et trans­formée en ser­vice gra­tuit, por­ta­ble Motorola devenu gra­tuit en échange de ser­vi­ces de télécom­mu­ni­ca­tions, Netscape et son logi­ciel de navi­ga­tion, Microsoft Internet explo­rer, Wikipédia aujourd’hui, quel­ques villes moyen­nes comme Compiègne qui ont opté pour les trans­ports publics gra­tuits, etc.) tout en cri­ti­quant le fait d’y voir une telle socia­li­sa­tion col­lec­tive que la mar­chan­di­sa­tion ne pour­rait s’effec­tuer ou conti­nuer pour de plus en plus de ser­vi­ces.

De fait les marxis­tes pra­ti­quant la théorie de la valeur-tra­vail et ne voyant que le profit (le calcul égoïste) ne pou­vaient vérita­ble­ment com­pren­dre le calcul mar­gi­nal et la logi­que de puis­sance qui président à la pro­duc­tion coopérative de ces ser­vi­ces et ont permis l’éclo­sion des starts-up, via l’uti­li­sa­tion de capi­tal fictif. Mais ces exem­ples, rares, de gra­tuité font bon ménage avec la ten­dance domi­nante à la mar­chan­di­sa­tion des ser­vi­ces et de toutes les acti­vités humai­nes trans­formées en tra­vail ou/et ser­vice. Que tout cela ait pour ori­gine une acti­vité coopérative n’empêche pas sa capi­ta­li­sa­tion future. Cela fonc­tionne comme divi­sion des tâches au niveau des entre­pri­ses, les plus peti­tes étant les plus inno­van­tes et réacti­ves par rap­port aux gran­des firmes. Si aupa­ra­vant, celles-ci pro­fi­taient de la réacti­vité plus forte des premières du fait de leur caractère bureau­cra­tisé (cf. les ana­ly­ses de Galbraith et Castoriadis), elles sont aujourd’hui beau­coup plus cyni­ques. Elles ont bien réalisé leur cure d’amai­gris­se­ment et leur flexi­bi­li­sa­tion, mais elles font jouer à plein l’effet de mise en réseau comme nou­velle forme (pseudo-égali­taire) de la nou­velle divi­sion du tra­vail. Elles se conten­tent donc sou­vent d’ava­li­ser et exploi­ter ce pro­duit du tra­vail col­la­bo­ra­tif. On a quand même l’impres­sion d’être dans une situa­tion assez voi­sine de celle qui oppose et lie en même temps les « indépen­dants » et les « majors » dans le sec­teur des arts et du spec­ta­cle.

 

L’Internet relève des micro-tech­no­lo­gies à double portée : de pro­duc­tion et d’usage, ce qui permet de dégager une cer­taine auto­no­mie par rap­port à la fonc­tion­na­lité pro­duc­tive dans la mesure où elles com­bi­nent temps de la pro­duc­tion et temps de la « création ». Dans ce contexte, l’appro­pria­tion d’une partie des fonc­tions non direc­te­ment pro­duc­ti­ves (ludi­ques/com­mu­ni­ca­tion­nel­les) et même le détour­ne­ment créatif ou sub­ver­sif de ces fonc­tions s’avère pos­si­ble (l’exem­ple des hackers, mais pas seu­le­ment, la dif­fu­sion de textes cri­ti­ques à une époque où la dif­fu­sion tra­di­tion­nelle est en échec, etc.), mais ne garan­tit en rien la portée poli­ti­que de telles pra­ti­ques. Mais ce que j’écri­vais là en 2004 est jus­te­ment par­ti­culièrement daté parce que comme le dit J. Guigou dans les échan­ges précédents, la révolu­tion du capi­tal a ten­dan­ciel­le­ment unifié les temps pro­duc­tifs et non pro­duc­tifs ren­dant même la consom­ma­tion pro­duc­tive.

Par ailleurs, l’exem­ple des OGM nous montre qu’il n’y a pas de fonc­tion­na­lité pro­duc­tive qui ne soit en même temps puis­sance et domi­na­tion comme le choix nucléaire nous en a fourni le paran­gon. On a vu récem­ment des ten­ta­ti­ves sur Facebook afin d’impo­ser une cen­sure de type nou­veau. On ne peut parler à cet égard d’un « poli­ti­que­ment cor­rect » parce qu’il ne pro­vient pas des « poli­ti­ques » ni d’une société civile qui n’existe pas. C’est ce qu’on appe­lait, dans les années 70, le dis­cours du capi­tal, mais on sait aujourd’hui que ce dis­cours n’est pas désin­carné, mais le pro­duit de puis­san­ces qui n’ont rien de sou­ter­rai­nes malgré le retour des thèses com­plo­tis­tes.

 

Que des marges d’auto­no­mie exis­tent pour les salariés de l’Internet et des NTIC, c’est une évidence et d’ailleurs leurs patrons le savent bien qui sur­veillent leur uti­li­sa­tion du matériel à dis­po­si­tion. Mais ces salariés subis­sent une nou­velle subor­di­na­tion au tra­vail et une vir­tua­li­sa­tion de leur acti­vité (cf. P. Naville et ses dévelop­pe­ments sur la fonc­tion de l’écran) avec le pas­sage de l’ana­lo­gi­que au numérique (du mes­sage inte­rac­tif au code auto­nome). Il s’agit d’un nou­veau cli­vage entre sens et connais­sance pro­duit par l’auto­ma­ti­sa­tion actuelle, le fait que l’ouvrier ou/et le salarié n’a plus en face de lui sim­ple­ment une machine, mais un pro­ces­sus continu. Certes, ce n’est pas une spécifi­cité de l’infor­ma­ti­sa­tion, puis­que dans le tra­vail à la chaîne, l’opérateur aussi était face à un pro­ces­sus continu, mais il pou­vait encore être amené à le synthétiser à tra­vers la représen­ta­tion de l’ouvrier col­lec­tif ou du col­lec­tif de tra­vail. L’auto­no­mi­sa­tion était moin­dre ce qui lais­sait sinon place à la pers­pec­tive de la réappro­pria­tion, de plus en plus problémati­que, mais au moins à celle d’une révolte mas­sive contre comme l’ont montré les luttes contre le tra­vail à la chaîne dans les années 1960-1970.

C’est sur cette codi­fi­ca­tion que la théorie de l’infor­ma­tion essaime dans les inno­va­tions bio-tech­no­lo­gi­ques que sont les mani­pu­la­tions génétiques. Ce qui compte ici c’est l’uti­li­sa­tion de la micro-infor­ma­ti­que comme pra­ti­que opération­nelle et pro­gram­ma­tion.

Certains font comme si cette nou­velle subor­di­na­tion n’exis­tait pas et pen­sent qu’aujourd’hui il n’y a pas plus de dif­fi­culté à dégager une pers­pec­tive com­mu­niste qu’au XIXe siècle. Les « données » matériel­les auraient sim­ple­ment changé. Mais pour­tant Marx disait que les hommes ne se posent que les ques­tions de leur époque or pour­quoi se posaient-ils jadis celle du com­mu­nisme et ne se la posent-ils plus alors que les « condi­tions » sont de plus en plus socia­les ? Pourquoi les indi­vi­dus et par­ti­culièrement les mem­bres de la « génération Y » se posent-ils majo­ri­tai­re­ment la ques­tion de la gra­tuité dans des termes libéral/liber­tai­res et non dans des termes com­mu­nis­tes ?

Gratuité et luttes

Je vou­drais rajou­ter un petit complément sur cette ques­tion de la gra­tuité. En effet, les luttes sur ce ter­rain peu­vent être impor­tan­tes parce que ce ne sont pas forcément les luttes sur le lieu de pro­duc­tion qui sont pri­mor­dia­les et a for­tiori les seules dignes d’intérêt. Celles qui concer­nent les sec­teurs de la repro­duc­tion des rap­ports sociaux présen­tent la caractéris­ti­que d’être d’emblée des luttes d’ensem­ble et c’est bien pour cela que par­tout les États cher­chent à en limi­ter les effets en bri­mant les ini­tia­ti­ves des salariés par des res­tric­tions au droit de grève. Il leur est tou­te­fois beau­coup plus dif­fi­cile d’en faire autant quand ce sont les « usa­gers » ou des indi­vi­dus ordi­nai­res qui sont à l’ori­gine des actions. Les deux aspects ne sont d’ailleurs pas incom­pa­ti­bles en théorie, bien que dans la réalité, le manque de rap­ports entre pro­ta­go­nis­tes poten­tiels et la dif­fi­culté à dépasser des intérêts immédiats (même si on les affu­ble du caractère « de classe » au moins pour les uns) pour se mettre d’accord sur des actions com­mu­nes condui­sent à un échec, la plu­part du temps.

Ces luttes sur la gra­tuité s’avèrent aussi d’actua­lité en ce qu’elles remet­tent en cause l’idée d’un juste prix à payer repo­sant sur un calcul des coûts. Mais elles ne le font pas sur la base qui fut celle des luttes du cycle précédent. Elles ne se situent pas non plus dans le cadre « d’auto-réduc­tions » comme on a pu en connaître dans les années 70 en Italie, « auto-réduc­tions »qui, toutes radi­ca­les qu’elles aient été, s’avéraient de fait aussi arbi­trai­res que l’était le prix offi­ciel quand il s’agis­sait de les évaluer précisément (la CGIL ita­lienne et les grou­pes comme Lotta conti­nua s’empoi­gnaient d’ailleurs là-dessus). Enfin elles ren­dent compte de l’évanes­cence de la valeur dont nous par­lons à Temps cri­ti­ques. Cette ques­tion s’ins­crit, de façon matéria­liste, dans les rap­ports sociaux concrets sous forme d’atta­que contre les prix qui représen­tent les seules concrétions des valeurs. Seulement à l’époque de cette évanes­cence de la valeur, c’est-à-dire quand le capi­tal domine la valeur, les prix n’ont plus qu’un rap­port ténu avec les valeurs (qu’on se réfère à la valeur-tra­vail des marxis­tes ou à la valeur-utilité des néo-clas­si­ques importe peu ici). Les Antillais et Réunion­nais qui vivent dans des condi­tions par­ti­culières ren­dant ces prix encore plus arbi­trai­res l’ont bien com­pris, eux qui s’atta­quent régulièrement à ces prix, par des reven­di­ca­tions ou par des pilla­ges. Mais d’une manière plus générale le pas­sage des mon­naies natio­na­les à l’euro a eu le même effet dans la cons­cience du « peuple » : aujourd’hui, pour la plu­part des Européens les prix en euros n’ont aucune jus­ti­fi­ca­tion de « valeur » (com­prise au sens strict) et c’est ce qui fait qu’un dis­cours plus ou moins masqué sur le retour à une mon­naie natio­nale ren­contrait jusqu’à peu un cer­tain succès car il semble recou­vrer une vérité des valeurs (plus que des prix : la « vérité des prix ») en tant que la valeur est représen­ta­tion ou a une signi­fi­ca­tion ima­gi­naire sociale. Il semble que, tout récem­ment, les choses se soient inversées avec une rela­tive défaite des thèses popu­lis­tes en Europe et l’effet par­ti­culièrement contre-pro­duc­tif du Brexit. Une confiance nou­velle en l’euro s’est fait jour, non pas comme équi­va­lent général/représen­ta­tion écono­mi­que de la « valeur », mais comme représen­ta­tion d’une unité poli­ti­que perçue comme plus stable.

 

Que la valeur soit de plus en plus une représen­ta­tion poli­ti­que (Tronti), une représen­ta­tion de la puis­sance (Fourquet) permet à cer­tai­nes frac­tions capi­ta­lis­tes de penser en termes de gra­tuité pour un cer­tain nombre de pro­duits cor­res­pon­dant aux « com­muns » ou à des pro­duc­tions « immatériel­les » à coût mar­gi­nal zéro, mais cela peut très bien s’insérer dans le cadre d’une capi­ta­li­sa­tion plus grande des acti­vités à partir du moment où cela faci­li­te­rait le dévelop­pe­ment et la flui­dité ou la vitesse de cir­cu­la­tion des biens mar­chands dont la pro­duc­tion reste orga­nisée sur le modèle écono­mi­que de la rareté, du tra­vail et de la propriété.

En l’état actuel des choses, toute ten­dance à la gra­tuité aujourd’hui repose sur les bases de la révolu­tion du capi­tal et non pas de la révolu­tion prolétarienne. Le fait que, comme disait Gorz, ce soit le pro­duit d’une « socia­li­sa­tion anti­so­ciale » n’y change rien. Ces bases intègrent jus­te­ment un niveau d’intégra­tion tech­no­lo­gi­que tou­jours plus élevé qui est aux anti­po­des d’une ten­dance à l’auto-pro­duc­tion. La puis­sance d’agir qu’on acquiert éven­tuel­le­ment avec les nou­vel­les tech­no­lo­gies nous rend encore plus dépen­dants de l’orga­ni­sa­tion en réseau qui la permet. Ce n’est pas parce que cette nou­velle forme d’infra­struc­ture semble invi­si­ble qu’elle n’existe pas. Ainsi, si on prend l’exem­ple des Vélib’, ils sont qua­si­ment gra­tuits sur­tout si on les prend moins d’un quart d’heure et ils sont censés accroître ma liberté indi­vi­duelle de dépla­ce­ment, mais cela sup­pose un réseau infor­ma­ti­que gérant les parcs vélos, des abon­ne­ments, une mesure des temps, des GPS incor­porés aux vélos pour repérer leur varia­tion d’empla­ce­ment, un réseau d’entre­tien, etc. Cette orga­ni­sa­tion mobi­lise tout un ensem­ble tech­no­lo­gi­que géré par des salariés eux aussi assez invi­si­bles et dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle ne les valo­rise pas par­ti­culièrement. Le réencas­tre­ment de l’écono­mie dans le social, pour parler comme Polanyi, ou la socia­li­sa­tion des forces pro­duc­ti­ves, pour parler comme Marx, nous échap­pent plus que nous ne les contrôlons. La dyna­mi­que qui fait la force du rap­port social capi­ta­liste c’est jus­te­ment cette façon de jouer du besoin des uns avec le désir des autres.

J. W., 7 juillet 2017

 

Notes

 

1 – Bernard Pasobrola, « Systèmes flui­di­ques et société connexion­niste », Temps cri­ti­ques no 16 : http://temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php?arti­cle288

2 – Guy-Noël Pasquet, « La nature c’est aussi l’être humain », Temps cri­ti­ques no 11 : http://temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php?arti­cle91

4 – Nous repre­nons ici une for­mu­la­tion intéres­sante de Bernard Pasobrola même si nous avons cri­tiqué sa vision d’une suc­ces­sion de para­dig­mes expli­ca­tifs. Bernard Pasobrola, « Systèmes flui­di­ques et société connexion­niste », Temps cri­ti­ques no 16 : http://temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php?arti­cle288

5 – Le capi­tal domine la valeur quand c’est lui qui semble donner « valeur ». Il se pose en source à tra­vers la domi­na­tion du tra­vail mort (immense accu­mu­la­tion de capi­tal fixe). À partir de là, la fixa­tion de la plu­part des prix est arti­fi­cielle et dépend soit de l’admi­nis­tra­tion soit d’un profit anti­cipé. Le capi­tal affirme ses pro­pres catégories contre celles de la valeur : prix à la place de valeur, profit à la place de plus-value, capi­tal fixe à la place de tra­vail mort, res­sour­ces humai­nes à la place de tra­vail vivant. La loi de la valeur est rem­placée par la loi de capi­ta­li­sa­tion qui déter­mine com­ment un quan­tum de capi­tal s’accroît de façon concrète ou fic­tive, mais dans tous les cas de façon réelle (ou avec des effets réels).

6 – Kostas Axelos, Marx pen­seur de la tech­ni­que. De l’aliénation de l’homme à la conquête du monde, Paris, Éditions de Minuit, 1961 (réédi­tion : Encre marine, 2015).

7 – La juste valeur (fair value en anglais) est une méthode de valo­ri­sa­tion des actifs qui a pour objec­tif de rap­pro­cher la valeur comp­ta­ble de la valeur de marché et donc de faci­li­ter le tra­vail des valo­ri­sa­tions des sociétés par des tiers, de donner via la comp­ta­bi­lité une image plus réelle de la valeur de l’entre­prise.

8 – Jean-Louis Rocca, « L’État c’est nous : ce que nous ensei­gne la lutte anti-CIP », Temps cri­ti­ques no 8 : http://temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php?arti­cle63

9 – André Gorz, L’immatériel. Connaissance, valeur et capi­tal, Galilée, 2003.