Quelques mots sur ton texte “Travail et mépris”

juillet 2014, Jacques Wajnsztejn



Venant,

 

Ta cri­ti­que de Dejours est intéres­sante. Toutefois les « incohérences cohérentes » de Dejours ne lui sont pas pro­pres, car elles pro­vien­nent d’une dif­fi­culté objec­tive à définir le tra­vail. Cela conduit soit à le natu­ra­li­ser et donc à ne dis­tin­guer qu’entre tra­vail contraint et acti­vité libre fai­sant ainsi dis­paraître la spécifi­cité du tra­vail salarié et celle du sala­riat en tant que rap­port social global liant capi­tal et tra­vail ; soit à le dia­bo­li­ser avec la référence au tri­pa­lium et donc, là aussi, faire comme s’il n’avait connu qu’une forme inva­riante ou tout du moins deux caractéris­ti­ques fon­da­men­ta­les (la contrainte et la souf­france au tra­vail) qui tra­ver­se­raient toutes ses formes par­ti­culières alors que le modèle non expli­cite de cette référence est l’escla­vage.

Preuve que nous ren­controns une dif­fi­culté majeure ici, c’est que le va et vient entre les deux posi­tions citées précédem­ment, est cou­rant chez tous ceux qui ne se rat­ta­chent pas ou plus au strict pro­gramme prolétarien et qui ne conçoivent pas les contra­dic­tions du capi­ta­lisme comme exclu­si­ve­ment des contra­dic­tions de clas­ses. Sous-entendu : aliénation et domi­na­tion exis­taient avant le capi­ta­lisme… et peu­vent exis­ter après. Tout ne dépend pas d’un com­man­de­ment capi­ta­liste comme le montre clai­re­ment aujourd’hui l’exem­ple du dévelop­pe­ment du capi­tal en Chine.

Pour en reve­nir à Dejours, sa référence prin­ci­pale à la ques­tion du mépris du tra­vail et du mépris au tra­vail pro­vient à la fois d’une pro­jec­tion his­to­ri­que dont on verra qu’elle est abu­sive et d’une obser­va­tion cli­ni­que à partir du harcèlement au tra­vail.

Je me préoccu­pe­rais sur­tout de la première appro­che. Pour Dejours, le tra­vail était méprisé dans la Grèce anti­que avec l’escla­vage, puis dans la féodalité avec le ser­vage, enfin dans le capi­ta­lisme avec le tay­lo­risme et le for­disme et plus que jamais aujourd’hui dans le capi­ta­lisme contem­po­rain finan­cia­risé et spécula­tif.

Voilà sa thèse. Elle me semble empreinte de confu­sions. La première est d’ordre théorique si l’on peut dire, car elle découle jus­te­ment d’une absence de cadrage théorique, Dejours semble placer sa problémati­que au niveau de l’indi­vidu atomisé selon les prin­ci­pes socio­lo­gi­ques de l’indi­vi­dua­lisme métho­do­lo­gi­que. Ne s’occu­pant donc pas du type de rap­port social qui enca­dre le tra­vail il ne peut saisir que les mêmes effets puis­sent avoir des causes différentes. Ainsi, le mépris chez les Grecs anciens est un mépris de type aris­to­cra­ti­que et peu importe qu’il revête des ori­peaux démocra­ti­ques comme à Athènes ou oli­gar­chi­ques comme à Thèbes ou encore mili­tai­res comme à Sparte. Le tra­vail y est considéré comme indi­gne de l’homme libre défini dont le statut est lié à la propriété et à l’hérédité des condi­tions. Toutes les autres acti­vités (poli­ti­ques, phi­lo­so­phi­ques) sont considérées comme du non-tra­vail ce qui leur donne leur lettre de noblesse. À Athènes on sait que même le com­merce est jugé vil et laissé aux métèques. La dis­tinc­tion entre tra­vail de pro­duc­tion ou com­mer­cial d’un côté et tra­vail domes­ti­que de l’autre n’a pas encore lieu d’être puis­que ces dernières acti­vités sont le plus sou­vent exercées par les escla­ves.

Le mépris capi­ta­liste n’est pas de même nature, car les deux clas­ses prin­ci­pa­les du dévelop­pe­ment capi­ta­liste, une fois acquise leur propre cons­cience de classe, sont unies par la reconnais­sance d’une même valeur du tra­vail « Qui ne tra­vaille pas ne mange pas »), leur différence résidant dans le rap­port de propriété ou non aux moyens de pro­duc­tion. Cette « reli­gion » du tra­vail est aussi entre­te­nue par une autre croyance, au Progrès et par une pra­ti­que réelle de par­ti­ci­pa­tion à la trans­for­ma­tion du monde à l’aide de la pro­duc­tion matérielle et indus­trielle, que ses pro­ta­go­nis­tes soient en posi­tion de domi­na­tion ou de subor­di­na­tion, impor­tant fina­le­ment peu de ce point de vue là. Si ces deux clas­ses (je laisse ici de côté la posi­tion et la ques­tion de la pay­san­ne­rie) ont donc un point commun, c’est d’accor­der une valeur intrinsèque au tra­vail qui s’exprime aussi bien dans la figure de l’entre­pre­neur wébérien ou schum­petérien que dans la figure marxienne de l’ouvrier pro­duc­tif aux mains cal­leu­ses dont se moquaient les anar­chis­tes indi­vi­dua­lis­tes ou les révoltés à la Rimbaud au XIXe siècle. Dans le cadre de la domi­na­tion de classe et de l’exploi­ta­tion ce n’est donc pas le tra­vail qui est méprisé, mais le tra­vailleur, enfin pas trop parce que quand même il par­ti­cipe à la pro­duc­tion de valeur ; c’est sur­tout le prolétaire qui est méprisé, le prolétaire défini par son manque : de tra­vail, de situa­tion stable, d’ardeur au tra­vail, de loge­ment décent qui le situe en marge de la société bour­geoise (les clas­ses dan­ge­reu­ses). Le pas­sage de la domi­na­tion for­melle du capi­tal à la domi­na­tion réelle va, de ce point de vue, consis­ter à trans­for­mer cette masse tou­jours renou­velée de nou­veaux prolétaires, de l’immi­gra­tion tant intérieure et pay­sanne qu’extérieure et étrangère, en une classe ouvrière si ce n’est homogène et unie mais du moins réunie par l’obten­tion de ses let­tres de noblesse de moder­nes che­va­liers du tra­vail. Dévelop­pe­ment des syn­di­cats ouvriers, droits sociaux accordés à tra­vers un État-pro­vi­dence accom­pa­gnent cette trans­for­ma­tion. Du point de vue de la caractérisa­tion de la société nous pas­sons de la société bour­geoise à la société du capi­tal ; nous pas­sons de l’affir­ma­tion d’une idéologie de classe com­mune dans les gran­des lignes aux deux clas­ses prin­ci­pa­les ( « Qui ne tra­vaille pas ne mange pas ») à l’affir­ma­tion d’un dis­cours du capi­tal (le tra­vail est le grand intégra­teur).

La seconde confu­sion de Dejours pro­vient du fait qu’il essen­tia­lise (tu dis « natu­ra­lise ») le tra­vail, ce qui ne lui permet pas de saisir les nou­veaux aspects de ce mépris du tra­vail. Il en reste à la lec­ture du symptôme : l’accrois­se­ment des pra­ti­ques de harcèlement au tra­vail par exem­ple et à partir de là il établit une conti­nuité entre les différentes périodes his­to­ri­ques de domi­na­tion sur le tra­vail, de la Grèce anti­que à aujourd’hui. Il ne peut pas com­pren­dre la contra­dic­tion, pour­tant bien située his­to­ri­que­ment, qui consiste à clamer d’un côté la valeur abs­traite du tra­vail (le tra­vail comme dignité, comme devoir de par­ti­ci­pa­tion à la vie com­mune) ou même sa valeur concrète (« tra­vailler plus pour gagner plus ») et à le dévalo­ri­ser de l’autre en mon­trant tous les jours le peu de considération qui est accordée à ses por­teurs, les salariés.

Il ne com­prend pas non plus la ten­dance de la société capi­ta­lisée à se débar­ras­ser du tra­vail vivant parce qu’il n’est plus cen­tral dans le procès de valo­ri­sa­tion (le capi­tal domine la valeur-ten­dance à la valeur sans le tra­vail- ines­sen­tia­li­sa­tion de la force de tra­vail). Quand tout était sacrifié à la pro­duc­tion (pro­duc­tion pour la pro­duc­tion, pour le profit maxi­mum dans une logi­que générale qui est celle de l’accu­mu­la­tion), tra­vail et tra­vailleurs gar­daient une posi­tion sociale même si elle s’accom­pa­gnait le plus sou­vent de dures condi­tions de tra­vail et de vie. Mais quand tout ça devient secondaire par rap­port aux règles nou­vel­les de la « bonne gou­ver­nance » (ges­tion des stocks et des flux finan­ciers comme des stocks et flux de mar­chan­di­ses, ges­tion des « res­sour­ces humai­nes », ges­tion des ris­ques dans une logi­que de capi­ta­li­sa­tion) dans un régime de repro­duc­tion rétrécie plus qu’élargie, se pro­duit effec­ti­ve­ment une sorte d’empêche­ment à tra­vailler qu’on ren­contre aussi bien dans l’indus­trie que dans les ser­vi­ces publics. Ces der­niers sont même par­ti­culièrement touchés dans la mesure où, à l’intérieur de la fonc­tion publi­que, ils conte­naient encore une part de « mis­sion » dans leur tra­vail et qu’il ne s’agis­sait pas sim­ple­ment de « fonc­tion­ner ». On retrouve ce même « empêche­ment » dans le sec­teur de la recher­che, qu’elle soit publi­que avec les pres­sions sur le CNRS et l’uni­ver­sité pour s’insérer dans des pôles de compétiti­vité (cf. les rai­sons de la grève des cher­cheurs en 2009) ou privée (cf. le mou­ve­ment des « invi­si­bles »).

Ce pas­sage de la société capi­ta­liste à la société capi­ta­lisée, à tra­vers ce que nous avons appelée « la révolu­tion du capi­tal1 » trans­forme la ques­tion du tra­vail en en fai­sant une ques­tion d’emploi puis­que per­dure une orga­ni­sa­tion des rap­ports sociaux encadrée par la norme sociale du sala­riat, même pour ceux qui lui sont extérieurs ou en marge (jeunes, femmes à la maison, chômeurs, veuves, etc.). C’est sur cette base que même si on n’a plus de tra­vail on pourra trou­ver du boulot2 et si on n’a même plus de boulot, l’État pourra se char­ger d’en créer sous forme d’emplois « aidés » ou même d’en pro­mou­voir des fic­tifs dans la mul­ti­pli­ca­tion des situa­tions de sta­gia­ri­sa­tion qui cor­res­pon­dent à des simu­la­tions de tra­vail où il s’agira non pas de tra­vailler effec­ti­ve­ment, mais de « tra­vailler » à son employa­bi­lité3. Mais dans ce pro­ces­sus c’est tout une dis­qua­li­fi­ca­tion sociale qui se développe et qui ne touche pas seu­le­ment les plus démunis ou précaires. Cette masse d’inem­ploya­bles poten­tiels ne cor­res­pond abso­lu­ment pas à l’ancienne « armée indus­trielle de réserve » (rien que l’étymo­lo­gie du mot devrait faire réfléchir au moins pour ce qui est de la situa­tion dans les pays domi­nants) et la prin­ci­pale conséquence de ce fait n’est pas de « peser » sur les salai­res comme le répète à satiété la gauche obnu­bilée par le petit bout de la lor­gnette, mais la perte de dignité elle-même du tra­vail. Le tra­vail versus boulot ou job, le tra­vail « pour la thune », les résis­tan­ces à l’entrée sur le marché du tra­vail, le choix par­fois délibéré de l’intérim ou des CDD par des jeunes qui refu­sent de s’enchaîner à une entre­prise indi­quent que cette cri­ti­que du tra­vail per­dure même si c’est de façon sou­ter­raine ou biaisée. Et ce, au grand dam de tous ceux qui vou­draient que tout les salariés soient fonc­tion­nai­res et qui ne conçoivent la flexi­bi­lité que dans un sens uni­vo­que (celui que lui donne le patro­nat ou l’État) alors que cette flexi­bi­lité est en partie le retour­ne­ment de l’absentéisme et du turn-over ouvrier des années 1960-1970, dans une révolu­tion qui n’a pas été la notre. La défaite de ces années là n’est pas neutre. Pour nous « le « nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre » n’a aucun sens. Nous avons perdu la guerre sociale et toutes les « libérations » de l’époque n’ont alors cons­titué que des sup­pres­sions de barrières à la dyna­mi­que du capi­tal. Leur sens de désaliénation s’est perdu dans les par­ti­cu­la­ris­mes et com­mu­nau­ta­ris­mes. L’absentéisme ouvrier est devenu flexi­bi­lité patro­nale, la reven­di­ca­tion de temps par­tiel des femmes est deve­nue de plus en plus temps par­tiel subi, la cri­ti­que du tra­vail à la chaîne de la part des OS est deve­nue d’abord « enri­chis­se­ment du tra­vail » puis sans rete­nue, poly­va­lence patro­nale avec perte des ancien­nes qua­li­fi­ca­tions liées au col­lec­tif de tra­vail au profit des nou­vel­les compétences déterminées et évaluées indi­vi­duel­le­ment, l’auto­no­mie des établis­se­ments publics a pris la forme de la pri­va­ti­sa­tion si ce n’est de la propriété col­lec­tive du moins de la ges­tion et de la direc­tion, etc.

Tout cela nous amène à parler de la fin de l’expérience prolétarienne et d’une « expérience » (si on peut conser­ver le terme) qui ne peut plus être que négative et qui donc ne se trans­met pas. Le « tra­vail du négatif » est bloqué. Alors que dans les années 1970 on allait répétant que la révolu­tion ne pou­vait pas être l’affir­ma­tion de la classe, mais sa négation… on a main­te­nant effec­ti­ve­ment cette négation en tant que pur procès du capi­tal dans sa repro­duc­tion rétrécie et sa loi de capi­ta­li­sa­tion. La négation n’est plus négation vers autre chose. Il y a englo­be­ment des contra­dic­tions. Ces dernières appa­rais­sent pour ce qu’elles étaient prin­ci­pa­le­ment : des « contra-dic­tions » de l’ordre du dis­cours, mais dans les faits de sim­ples oppo­si­tions ou des para­doxes.

Une fois de plus se vérifie le fait que le capi­tal prospère sur les limi­tes du cycle de lutte précédent. Cela n’a d’ailleurs rien à voir avec une quel­conque « récupération » du mou­ve­ment. L’exis­tence de celle-ci sup­po­se­rait que mou­ve­ment et rap­port social soient séparés et que le second récupère le pre­mier à sa défaite. Il n’en est rien, car c’est dans un même mou­ve­ment que se pro­dui­sent défaite ou vic­toire. Dans l’événement révolu­tion­naire, ce sont les ver­rous qui sau­tent et la dyna­mi­que révolu­tion­naire joue dans plu­sieurs sens, le sens d’aliénation et de subor­di­na­tion ou le sens de désaliénation et de libération. Ainsi en est-il par exem­ple de la ques­tion du tra­vail ou des ques­tions dites « de société ».

C’est pour­quoi nous ne pou­vons plus parler en termes « d’auto­no­mie », que ce soit l’auto­no­mie au sens cas­to­ri­dien du terme (c’est aujourd’hui l’auto­no­mie de « l’indi­vidu égogéré » ; Cf. J. Guigou dans la Cité des Ego) ou au sens opéraïste (impos­si­bi­lité aujourd’hui d’affir­mer une iden­tité ouvrière) ou encore au sens de l’auto­no­mie type Bologne 1977 dont les différentes filia­tions sont déclinées depuis sur le mode de la séces­sion (cf. notre livre La ten­ta­tion insur­rec­tion­niste).

Je ter­mine avec une idée qui me passe par la tête à la lec­ture des polémiques autour du départ de Depardieu en Belgique et en Russie, mais aussi du projet de taxa­tion des reve­nus des spor­tifs et artis­tes à hau­teur de 75 % de leurs reve­nus. Il est hau­te­ment para­doxal que, ce que Ch. Sfar et moi-même avons défini comme aliénation ini­tiale (cf. n4 et 5 de Temps cri­ti­ques), à savoir la pas­sion de l’acti­vité, se soit réfugiée dans de rares acti­vités en marge du sala­riat et du champ même du tra­vail, en tout cas en dehors du tra­vail salarié ordi­naire, mais pas dans la direc­tion et l’objec­tif de pra­ti­quer des formes de coopération ou d’entraide qui par­ti­ci­pe­raient de la ten­sion indi­vidu/com­mu­nauté, mais plutôt dans l’inten­tion de se livrer aux jeux de la puis­sance à tra­vers des surenchères mar­chan­des qui concer­nent aussi bien les foot­bal­leurs que les ten­nis­men (ou women, ce n’est pas une ques­tion de sexe et encore moins de genre !), que les patrons du CAC40 ou des cadres supérieurs bouf­fis de stock-options. Les jeux de la puis­sance sont un autre inva­riant auquel Dejours aurait dû s’atta­quer puisqu’à son avan­tage quand même, il ne rai­sonne pas dans le strict cadre de l’écono­mie et qu’il insiste sur les caractères concrets et inter­per­son­nels de la domi­na­tion.

C’est peut-être la seule remar­que cri­ti­que que je ferais à l’encontre de ton texte : ne pas tenir suf­fi­sam­ment compte de ces caractères inter­per­son­nels et concrets. Dans un autre lan­gage, je dirais que tu négliges trop le caractère de rap­port social du capi­tal, ce qui te conduit à poser le capi­tal comme un extérieur. D’où l’emploi fréquent de termes comme « écono­mie folle et incontrôlable », « fuite en avant », « manque de contrôle », « système qui se dirige tout seul », « tou­jours plus extra­va­gante », « l’aveu­gle­ment hal­lu­ci­na­toire ». J’y vois là l’influence sur toi, cons­ciente ou non, de ceux qui font co-exis­ter dans leurs écrits, d’un côté une logi­que de type struc­tu­ra­liste (elle-même influencée par les écrits d’Althusser) moder­nisée et réutilisée dans la pers­pec­tive du « capi­tal-auto­mate » ; de l’autre une irra­tio­na­lité fon­da­men­tale d’un système dont on ne nous dit jamais quelle pour­rait être la source de cette irra­tio­na­lité. On com­prend d’ailleurs ce silence, car si elle ne peut pro­ve­nir que de la folie des hommes alors premièrement, c’est la notion de capi­tal-auto­mate qui tombe et deuxièmement, cela ruine toute pra­ti­que d’éman­ci­pa­tion qui reste le plus sou­vent pour­tant leur pers­pec­tive, alors que, nous l’avons vu, dans la révolu­tion du capi­tal, c’est ce der­nier qui cher­che à s’éman­ci­per de toutes ses présup­po­si­tions.

 

Notes

1 – On pour­rait certes l’appe­ler autre­ment, la revue Théorie Communiste définit cette période comme celle d’une deuxième phase de la domi­na­tion réelle. Néanmoins, si nous tenons à ce terme de « révolu­tion », c’est qu’il marque plus une rup­ture qu’une conti­nuité. Une rup­ture à tous les niveaux : tech­no­lo­gi­que, envi­ron­ne­men­tale, au niveau des mœurs, au niveau du rap­port capi­tal/valeur et de la fic­ti­vi­sa­tion, au niveau de ce qui cons­ti­tuait le fil rouge des luttes de clas­ses, etc. Mais cette nécessité de reconnaître la rup­ture ne doit pas nous amener à réécrire le passé en fonc­tion de l’advenu, à « jeter le bébé avec l’eau du bain comme on disait autre­fois ». Nous pre­nons acte, point.

2 – Un trait d’humour fai­sait dire aux salariés américains, vic­ti­mes des restruc­tu­ra­tions et autres mesu­res de reen­ge­ring, que les États-Unis étaient les plus gros créateurs d’emplois puis­que chaque fois qu’ils en sup­pri­maient un il s’en créait trois, fai­sant allu­sion à la mul­ti­pli­ca­tion des petits bou­lots à temps par­tiel.

3 – Dans le même ordre d’idée, dans la société capi­ta­lisée, les enfants et élèves n’ont pas à appren­dre, mais à « appren­dre à appren­dre »