Avortement et pénurie

La reproduction de la vie immédiate en suspens

juillet 2014, Négation

Publié dans : supplément au numéro 2 de Négation (1974)



Lire aussi :

  • Présentation critique de la brochure Avortement et pénurie

    • Avertissement

       

      Nous avons essayé, autant que faire ce peut, de res­pec­ter la typo­gra­phie du docu­ment ori­gi­nal, avec ses let­tres capi­ta­les et ses sou­li­gne­ments fréquents.

      De même les des­sins (pro­ba­ble­ment exécutés direc­te­ment sur sten­cil) ont été scannés mais, faute de temps et sur­tout de talent, ils n’ont été que fai­ble­ment retra­vaillés.


      Préface à la réédition de Avortement et pénurie

      Cette bro­chure que nous publions en “Archives” sur le site de la revue s’insère dans les dis­cus­sions sur le blog autour du livre de J. Wajnsztejn, Rapports à la nature, sexe, genre et capi­ta­lisme.

      Pourquoi la publier sous forme numérique aujourd’hui ?

      D’abord parce qu’elle est quasi introu­va­ble sous forme papier (on ne la trouve que dans quel­ques cen­tres de docu­men­ta­tion spécialisés comme le Centre de Documentation Libertaire de Lyon) et qu’à notre connais­sance elle n'existe pas non plus sous forme numérique.

      Ensuite parce qu’il y a un parallèle à faire entre la sortie de cette bro­chure issue du cou­rant théorique ultra-gauche hier plutôt anti-féministe et aujourd’hui en pleine « révolu­tion féministe1 » et la sortie récente du livre de JW dans un contexte où les théories du genre ren­contrent un grand écho média­ti­que et s’impo­sent comme une nou­velle idéologie de base de la société capi­ta­lisée.

      Dans les deux cas est affirmé la nécessité d’une prise de dis­tance cri­ti­que avec l’immédia­tisme d’un mou­ve­ment et/ou d’une théorie qui rapi­de­ment, ou plus pro­gres­si­ve­ment, impo­sent un cer­tain consen­sus autour des thèmes avancés, au moins à l’intérieur de ce qu’il est convenu d’appe­ler les milieux de gauche et les cer­cles éclairés du pou­voir. D’où, dans ces deux situa­tions, l’impres­sion de ramer à contre-cou­rant.

      Enfin, parce que sans avoir par­ti­cipé à cette bro­chure il se trouve que JW se trou­vait à l’époque sur des posi­tions très pro­ches de celles de Négation, même s’il avait déjà émis peu après, au cours d’une réunion avec une per­sonne ayant par­ti­cipé à la rédac­tion de la bro­chure, une cri­ti­que par rap­port à une vision trop unilatérale et idéolo­gi­que de la ques­tion de l’avor­te­ment.

      Le contexte politique de l’époque

      Ce qui change sur­tout, c’est le contexte poli­ti­que et théorique. Celui des années 1970 est encore celui de la théorie du prolétariat et les grou­pes com­mu­nis­tes radi­caux, même s’ils ont déjà amorcé une cri­ti­que du pro­gram­ma­tisme prolétarien et de la réduc­tion de la théorie com­mu­niste à une théorie du prolétariat, jugent la « misère du féminisme » (cf. le titre homo­nyme hau­te­ment signi­fi­ca­tif d’un arti­cle du numéro 2 de la revue La Guerre sociale, 1978) à l’aune d’une croyance intacte en ce que les prolétaires seront contraints de faire, à savoir la révolu­tion prolétarienne, une révolu­tion qui réglera tous les problèmes, nous y revien­drons.

      C’est ainsi que dans la bro­chure « Avortement et pénurie », la contra­dic­tion des rap­ports hommes/femmes, qui prend la forme d’une scis­sion, est englobée dans celle des clas­ses. Nous ne posions, certes, pas encore la ques­tion de la révolu­tion à titre humain, car nous en res­tions clas­si­que­ment à la ques­tion de la révolu­tion prolétarienne, mais notre ori­gi­na­lité résidait dans le fait de ne pas la voir comme affir­ma­tion de la classe du tra­vail (le pro­gramme prolétarien) mais comme auto-négation du prolétariat.

      Ce que cer­tains d’entre nous appel­le­rons, quel­ques années plus tard, les pra­ti­ques cri­ti­ques, n’étaient pas vues dans leur double sens d’aliénation et de désaliénation, car ce der­nier caractère nous était masqué par la cri­ti­que que nous fai­sions des mou­ve­ments qui se fixaient pour but une « libération » (libération du tra­vail de son enve­loppe sala­riale capi­ta­liste, libération de la femme, etc.). Ces pra­ti­ques n’étaient donc sai­sies que dans leur seul sens d’aliénation, comme exclu­si­ve­ment contre-révolu­tion­nai­res (ou alors « moder­nis­tes ») puis­que ne dévelop­pant immédia­te­ment aucun contenu com­mu­niste. Ce qui était occulté dans cette ver­sion plus fine du matéria­lisme his­to­ri­que que celle de sa ver­sion lénino-sta­li­nienne, c’est que le procès d’uni­ver­sa­li­sa­tion de la nature, tant intérieure qu’extérieure, ne peut s’effec­tuer qu’à l’intérieur d’un procès d’indi­vi­dua­li­sa­tion de l’être humain.

      Le capi­ta­lisme marque une étape de ce pro­ces­sus et non son achèvement qui trans­for­me­rait enfin l’indi­vidu en pur prolétaire (le rêve de tout com­mu­niste révolu­tion­naire !). Or il n’en est rien, car l’indi­vidu, à ce stade, entre en contra­dic­tion avec ses déter­mi­na­tions spécifi­ques (tra­vailleur et prolétaire, homme ou femme, jeune ou vieux, etc.). L’exis­tence d’une orga­ni­sa­tion de classe était censée reca­drer tout cela.

      Dans cette opti­que néo-pro­gram­ma­ti­que, la crise du capi­tal n’est conçue que comme crise de l’uni­ver­sa­li­sa­tion capi­ta­liste, crise d’un mode de pro­duc­tion et éven­tuel­le­ment comme la restruc­tu­ra­tion de celui-ci2.

      Aujourd’hui, cette croyance en le prolétariat et plus générale­ment en l’exis­tence d’un sujet révolu­tion­naire est morte, car elle ne peut être référée concrètement ni à une classe en soi (bien que cer­tains la cher­chent main­te­nant en Chine ou au Bangladesh) ni à une classe pour soi et à des modèles de luttes du passé, conseillis­tes ou de type grève générale insur­rec­tion­nelle. Les « prolétaires » peu­vent de moins en moins se définir comme tels et même comme tra­vailleurs et c’est pour cela que dans la période d’insu­bor­di­na­tion des années 1960-1970, ils ont pu essayer de se définir aussi à partir d’autres déter­mi­na­tions (de sexe pour les mou­ve­ments de femmes, d’âge pour les mou­ve­ments de jeu­nesse, de préférence sexuelle pour les mou­ve­ments homo­sexuels). Mais aujourd’hui, cela ne donne pas plus de poids, si ce n’est his­to­ri­que, aux quel­ques reli­quats de ces mou­ve­ments puisqu’eux aussi, au moins pour ce qui est des pays à capi­taux domi­nants, sont morts ou trans­formés en lob­bies favo­ri­sant toutes les stratégies média­ti­ques pos­si­bles et ima­gi­na­bles. À cet égard, les théories du genre importées des États-Unis, mais avec des prémisses théori­ques françaises chez les auteurs décons­truc­ti­vis­tes, vien­nent confor­ter tout un arse­nal juri­di­que et des pra­ti­ques assu­rant un nou­veau mode d’être au capi­tal.

      Jacques Wajnsztejn, juillet 2014

       

      Notes de la préface

      1 – Cf. l’évolu­tion plus que récente de la revue Théorie Communiste.

      2 – C’est sur cette posi­tion qu’est créée la revue Théorie Communiste et elle la dévelop­pera pen­dant trente ans jusqu’à sa conver­sion gen­riste d’aujourd’hui. Le mou­ve­ment de l’huma­nité y était confondu avec celui de l’uni­ver­sa­li­sa­tion de la nature extérieure ce qui condui­sait à transférer au capi­tal ce qui était jusque-là, dans le marxisme, dévolu à la classe du tra­vail, à savoir être le moteur du mou­ve­ment his­to­ri­que d’ensem­ble. Il y avait bien cons­cience de la crise du tra­vail, mais sou­mise à une cons­cience matéria­liste des déter­mi­na­tions natu­rel­les.
      À la même époque, pour la revue éphémère Crise Communiste en partie composée d’anciens de Négation, le marxisme occulte tota­le­ment le procès d’indi­vi­dua­li­sa­tion pour poser l’indi­vidu comme tel dont la contra­dic­tion… est de se trou­ver dans des rap­ports sociaux contra­dic­toi­res ! Alors qu’il fau­drait com­pren­dre que nous nous indi­vi­dua­li­sons seu­le­ment parce que cette indi­vi­dua­li­sa­tion tend à se pro­duire sur sa propre base en même temps que sur la base du procès d’uni­ver­sa­li­sa­tion de la nature.
      Quant à la revue Invariance, à partir de sa série II (1971), l’indi­vidu y est réduit à par­ti­cule de capi­tal et il ne peut plus cri­ti­quer ou sub­ver­tir ce qui est devenu la com­mu­nauté du capi­tal. Il doit sortir du capi­tal qui a conduit l’huma­nité à une longue « errance » et retrou­ver ses déter­mi­na­tions natu­rel­les afin de sau­ve­gar­der l’espèce. Cette vision qui, à l’époque, en fit sou­rire plus d’un, est aujourd’hui celle des cou­rants pri­mi­ti­vis­tes (Zerzan) ou en partie celle des cou­rants séces­sion­nis­tes (Holloway). Sur cette notion de séces­sion, cf. notre cri­ti­que dans La ten­ta­tion insur­rec­tion­niste (Acratie, 2012).

       


       

      Avortement et pénurie

      Le monde où nous vivons présen­te­ment est celui dans lequel se concen­trent exhaus­ti­ve­ment les contra­dic­tions plu­sieurs fois millénaires de la préhis­toire humaine.

      Avortement et pénurie ne sont pas deux événements séparés, mais l’expres­sion du pour­ris­se­ment des contra­dic­tions inhérentes aux sociétés de classe qui trouve sa concrétisa­tion extrême dans la crise capi­ta­liste actuelle.

      Avortement et pénurie sont le reflet de la négation de l’homme par le Capital, qui est achevée dans la sus­pen­sion ten­dan­cielle de la repro­duc­tion de la vie humaine immédiate.

      En France, partie de ce monde en décom­po­si­tion, la reconnais­sance de la pénurie se double d’un débat viru­lent sur l’avor­te­ment. Au-delà des mots et de l’appa­rence, il faut com­pren­dre leur réalité pro­fonde.

      Pour cela, il est néces­saire de repren­dre les choses à leur racine. Inversement, cette nécessité est une contrainte exercée sur tous par une période de l’his­toire qui est, à tout point de vue, radi­cale.

       

      « En admet­tant un ins­tant que les “char­tes”, les par­le­ments, les lois libérales et autres bata­clans, qui dans la phase très moderne de l’his­toire appa­rais­sent comme des mots désor­mais vides de sens, non seu­le­ment au marxiste avisé, mais à l’obser­va­teur le plus ingénu, puis­sent à l’occa­sion nous arran­ger dans des sec­teurs de temps et d’espace donnés, nous lais­se­rons dia­lec­ti­que­ment d’autres forces et d’autres partis lutter pour eux, et nous nous emploie­rons sans cesse à dénoncer ces fina­lités et ceux qui s’en font les pala­dins. »

       

      A. Bordiga (Invariance, no 9, déc. 70, pp. 117–118)

       

       

       

       

      La reproduction de l’espèce et la reproduction des moyens d’existence par rapport aux modes de production

      « Selon la concep­tion matéria­liste de l’his­toire, l’élément déter­mi­nant dans l’his­toire est la pro­duc­tion et la repro­duc­tion de la vie immédiate. Or, celle-ci est elle-même de deux sortes : d’une part, pro­duc­tion de moyens d’exis­tence, d’objets néces­sai­res à la nour­ri­ture, à l’habille­ment, au loge­ment et les outils qu’ils exi­gent ; d’autre part, pro­duc­tion des êtres humains eux-mêmes, pro­pa­ga­tion de l’espèce. »

      F. Engels (L’ori­gine de la famille, de la propriété privée et de l’État. Préface de la 1re édition, 1889)

      La première divi­sion his­to­ri­que du tra­vail est sexuelle. Dans les com­mu­nautés pri­mi­ti­ves, la femme repro­duit l’espèce au rythme de la nature et cette fonc­tion, sous l’effet des rap­ports poly­ga­mes, lui assure une prédomi­nance. Peu à peu, les tech­ni­ques de pro­duc­tion se per­fec­tion­nent et il est pro­duit plus de valeur d’usage qu’on en a d’utilité. Ainsi, avec la dis­so­lu­tion des com­mu­nautés pri­mi­ti­ves, l’appa­ri­tion de la divi­sion sociale du tra­vail, l’appa­ri­tion de la pro­duc­tion mar­chande, l’huma­nité tend à maîtriser la nature, sans pou­voir réaliser vrai­ment cette maîtrise.

      Le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, qui achève radi­ca­le­ment la sépara­tion de l’homme d’avec sa com­mu­nauté, amorcée avec les pre­miers échan­ges mar­chands, cons­ti­tue l’apogée de cette contra­dic­tion.

      La femme, chair à plus-value absolue

      La période marquée par l’appa­ri­tion et le dévelop­pe­ment de la grande indus­trie (en Angleterre, dès la fin du 18e siècle) voit les femmes ainsi que les enfants jetés dans le procès de pro­duc­tion capi­ta­liste. Cela permet, par le moyen de la concur­rence, de faire bais­ser le niveau réel des salai­res. En soi, c’est déjà le reflet d’une des lois fon­da­men­ta­les du Capital : la concur­rence interne à la sphère du capi­tal varia­ble, mais jus­te­ment, il ne s’agit que de cela. Le caractère absolu de la plus-value extraite du sur­tra­vail des prolétaires en général impli­que pour eux une quasi-condi­tion de bétail à accu­mu­la­tion. Aux yeux du Capital, la femme peut alors procréer au rythme approxi­ma­tif de la nature, pro­duire et élever des enfants qui sont vite utilisés à la manu­fac­ture et à la mine, tout en suant la plus-value abso­lue obte­nue en allon­geant démesurément la journée de tra­vail. Elle est conjoin­te­ment le bes­tiau qui va tou­jours plus loin sous le coup de l’aiguillon et encore, comme avant, la pon­deuse “pri­mi­tive”, la pro­duc­trice de futurs pro­duc­teurs.

      Comment le Capital par­vient-il à régler les nais­san­ces et à contrôler la crois­sance de la popu­la­tion ?

      – Selon les besoins du dévelop­pe­ment, inter­vien­nent des fami­nes, des crises de réajus­te­ment conjonc­tu­rel. Il est encore pos­si­ble pour une partie de la popu­la­tion des villes d’espérer un repli vers les cam­pa­gnes et de s’exclure ainsi du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste pour un moment.

      – Au niveau quo­ti­dien des famil­les, l’avor­te­ment a lieu clan­des­ti­ne­ment. Il est le fait, très répandu, de la voi­sine, de soi-même, de la tri­co­teuse/bri­co­leuse ; c’est une sorte d’auto-régula­tion opérée après coup et qui demeure dans le secret de la com­mu­nauté ouvrière.

      – Il faut noter aussi l’aspect idéolo­gi­que et la pro­pa­gande pour la morale de l’abs­ti­nence (cf. l’accu­mu­la­tion pri­mi­tive et contem­po­raine du Capital en Chine).

      Tous ces phénomènes ten­dent à inter­ve­nir sur l’évolu­tion du nombre des prolétaires et il y a régula­tion effec­tive de la popu­la­tion dans les pays développés. Ce qui ne signi­fie pas, bien sûr, que cette adap­ta­tion du nombre de la popu­la­tion aux nécessités du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste se fasse d’une façon har­mo­nieuse, tout au contraire.

      Pour nous résumer, l’intro­duc­tion des femmes et des enfants dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste est une nécessité conjonc­tu­relle. Elle lui permet, en extra­yant la plus-value abso­lue de cette main-d’œuvre encore moins chère, d’accu­mu­ler le capi­tal néces­saire à l’appa­ri­tion de la grande indus­trie. Cette appa­ri­tion préfigure elle-même le pas­sage de la plus-value abso­lue à la plus velue rela­tive.

      La femme, chair à contradictions capitalistes

      Prolétarisation de la femme

      Le moment de ce pas­sage à la domi­na­tion réelle (à 1’échelle uni­ver­selle) du Capital, long tunnel de catas­tro­phes qui va, depuis la cons­ti­tu­tion du marché capi­ta­liste mon­dial (fin du 19e siècle) jusqu’à la Seconde Guerre mon­diale (et à des ryth­mes très différents selon les États) voit la réintro­duc­tion pro­gres­sive de la femme dans le procès pro­duc­tif, après une éclipse plus ou moins nette en Angleterre à partir du 1850, puis, ailleurs, dans la seconde moitié du 19e siècle (les usa échap­pant plus ou moins à ce mou­ve­ment, le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste s’y dévelop­pant sur des bases plus pures). Cette réintro­duc­tion se fait plus mas­sive depuis la recons­truc­tion capi­ta­liste de cette immédiate après-guerre (39–45). Mais cela cor­res­pond à une double nécessité :

      a ) la fin d’un cycle de valo­ri­sa­tion, de repro­duc­tion élargie du capi­tal rend néces­saire la baisse des salai­res réels par l’intro­duc­tion d’une main-d’œuvre à bon marché : les femmes.

      Pendant que les prolétaires se font tuer sur les champs de bataille du Capital, en 1914 – 18, “on” s’aperçoit que leurs ten­dres épouses, quand il le faut, sont capa­bles de faire tour­ner les machi­nes, de conduire les auto­bus, et les suf­fra­get­tes de tous les pays ne man­que­ront pas de le faire remar­quer pour reven­di­quer, et obte­nir, les bases du parachèvement de la démocra­tie “droit de vote”, “droit au tra­vail”, etc., qui allaient leur être reconnus en 45. Le mou­ve­ment ascen­dant de la valeur en procès, avec la domi­na­tion réelle et totale du capi­tal sur toutes les frac­tions de l’espèce, ici les femmes, se tra­duit par la pro­gres­sion de la démocra­tie.

      b ) en effet, cette nécessité conjonc­tu­relle (mais d’une conjonc­ture qui a mis plus de 50 ans à “durer”, preuve de la sénilité d’un mode pro­duc­tion vivant conti­nuel­le­ment en état de crise ouverte ou fermée) se confond dès lors avec l’appa­ri­tion d’une nécessité struc­tu­relle nais­sant du fond de la contra­dic­tion de base du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste : le pas­sage défini­tif à la plus-value rela­tive, rendu néces­saire par le dévelop­pe­ment du capi­tal cons­tant (machi­nes, tech­ni­ques de pro­duc­tion) pousse à l’uti­li­sa­tion de cette main-d’œuvre peu com­bat­tive et moins chère (moins chère, car le salaire n’inclut plus en tota­lité, comme lors­que le prolétaire-homme tra­vaillait seul la repro­duc­tion/entre­tien de la vie du conjoint) afin de frei­ner la baisse ten­dan­cielle du taux de profit. Évidem­ment, plus la prédomi­nance du tra­vail mort sur le tra­vail vivant se développe au sein du procès de pro­duc­tion, c’est à dire plus les forces pro­duc­ti­ves matériel­les ou scien­ti­fi­ques se dévelop­pent, plus le tra­vail humain se réduit à un simple pro­ces­sus de sur­veillance et de contrôle de la machi­ne­rie (et à son rythme) plus il devient néces­saire, struc­tu­rel­le­ment et fon­da­men­ta­le­ment, d’uti­li­ser une main-d’œuvre bon marché, plus le nombre de femmes, de jeunes, et d’immigrés s’accroit, rela­ti­ve­ment au nombre d’hommes, d’adul­tes et d’autoch­to­nes au sein du tra­vail vivant (cf. Intervention Communiste no 2, déc. 731). Les femmes, les jeunes, les immigrés ten­dent à rem­pla­cer peu à peu les hommes, les adul­tes les autoch­to­nes comme prolétariat fon­da­men­tal (pro­duc­teur de plus-value), ces der­niers res­tants des prolétaires, mais le nombre du prolétariat fon­da­men­tal dimi­nuant ainsi par rap­port au nombre global des prolétaires.

      Il faut donc, parallèlement au dévelop­pe­ment des crèches et can­ti­nes, gar­de­ries et écoles (laïques ou parallèles, des Jeunesses Hitlérien­nes, en pas­sant par les Éclai­reurs de France, les Jeunesses Communistes et les crèches sau­va­ges), parallèlement à la mécani­sa­tion du tra­vail domes­ti­que (appa­reils ménagers, conser­ves, plats cuisinés, res­tau­rants d’entre­prise, etc.) il faut empêcher la femme de procréer sans arrêt, car les gros­ses­ses, les soins à donner aux enfants font perdre un temps précieux qui doit être utilisé à la pro­duc­tion (et/ou au mili­tan­tisme, à la “poli­ti­que” complément indis­pen­sa­ble du tra­vail salarié). Pour cela, on développe une idéologie de sa “libération” de son ancien rôle, et son acces­sion à une “auto­no­mie” chère aux cor­net­tes du mlf, cette idéologie, cette auto­no­mie trou­vant immédia­te­ment ses limi­tes dans le bagne du sala­riat. Pour cela aussi, on lui donne (ou plutôt on lui vend) les moyens pra­ti­ques de procréer moins : c’est le rôle de la contra­cep­tion et, au pire, de l’avor­te­ment Karman, si “indo­lore” et si rapide ! Et même rem­boursé intégra­le­ment par la sécurité sociale, ce serait bien à partir de la plus-value four­nie par les prolétaires, et donc par les femmes en grande partie !

      De plus cette ten­dance moderne à uti­li­ser de plus en plus mas­si­ve­ment la “force de tra­vail simple” (sur­tout les femmes les jeunes et les immigrés) a comme avan­tage supplémen­taire pour le capi­tal de pou­voir la rem­bar­quer dans les pays d’immi­gra­tion ou dans ses foyers lorsqu’il est néces­saire pour le capi­tal d’exclure de 1a force de tra­vail de façon rapide et sans trop de problèmes la femme ren­contre ainsi à cha­cune de ses entrées dans la pro­duc­tion capi­ta­liste, l’extrême aliénation dont cha­cune de ses phases est por­teuse elle est injectée au début de l’accu­mu­la­tion du capi­tal comme bête à accu­mu­la­tion pri­mi­tive dans les manu­fac­tu­res, connais­sant ainsi la bes­tia­lité bru­tale de cette première période du capi­tal, sa surexp1ol­ta­tion forcenée, la misère abso­lue qui y régnait (cf. Engels, La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses en Angleterre, et Marx Le Capital, t. 1). Puis lorsqu’elle est réinjectée, c’est pour connaître les joies tes­ta­men­tai­res du capi­tal dans sa phase ultime : le tra­vail à la chaîne le plus intégral, les salai­res les plus bas, la déqua­li­fi­ca­tion totale. La femme connaît ainsi les deux moments les plus chargés de la condi­tion prolétarienne, sans phrase ni réfor­misme quel­conque. Elle est à la fois utilisée : 1/au début du cycle capi­ta­liste afin d’accu­mu­ler le maxi­mum de valeur pour dévelop­per les forces pro­duc­ti­ves et la machi­ne­rie ; 2/à la fin du cycle pour la raison inverse : à cause du dévelop­pe­ment immense de la valeur, des forces pro­duc­ti­ves, et de la machi­ne­rie. La femme est donc utilisée comme force de tra­vail simple ; ce n’est pas un hasard si, c’est durant ces deux périodes que sont prônées par l’État et les pou­voirs du capi­tal l’abs­ti­nence et l’avor­te­ment.

      De plus, elle est à cause de cela, encore plus limitée et marquée par sa fonc­tion procréatrice, qu’on lui inter­dise bru­ta­le­ment de l’exer­cer, ou qu’on la contrai­gne, tout aussi bru­ta­le­ment, à en user de façon inconsidérée ; des deux côtés le capi­tal la soumet encore plus à la nature. En outre, elle connaît inti­me­ment le sort le plus pro­fond de chaque prolétaire : l’insécurité, la dépen­dance vis-à-vis du capi­tal. Injectée, éjectée, réinjectée dans le procès de pro­duc­tion, ballotée par les cycles de valo­ri­sa­tion, elle touche au tréfonds de l’être capi­tal.

      La condi­tion féminine prolétarienne est vrai­ment le résumé le plus sai­sis­sant de la condi­tion prolétarienne.

      Valorisation/Dévalorisation et Exclusion du Procès de Production

      La contra­dic­tion fon­da­men­tale du capi­tal est celle entre valo­ri­sa­tion et dévalo­ri­sa­tion. Plus le capi­tal aug­mente, plus il lui est dif­fi­cile d’avoir une aug­men­ta­tion impor­tante de la plus-value rela­tive, plus la pro­duc­ti­vité aug­mente, plus la valo­ri­sa­tion du capi­tal est dif­fi­cile. La limite de celle-ci est le grand ennemi du capi­tal : le prolétaire. C’est pour­quoi il tente de le réduire, de le nier, de l’abolir, socia­le­ment, pro­duc­ti­ve­ment, phy­si­que­ment, en faire la force de tra­vail la plus simple pos­si­ble, ce qui d’ailleurs ne fait que précipi­ter la dévalo­ri­sa­tion. « Le capi­tal présente la contra­dic­tion sui­vante : il cher­che cons­tam­ment à sup­pri­mer le temps de tra­vail néces­saire, mais le temps de sur­tra­vail n’existe qu’en oppo­si­tion au temps de tra­vail néces­saire si bien que le capi­tal pose le temps de tra­vail néces­saire comme condi­tion et nécessité de sa repro­duc­tion et de sa valo­ri­sa­tion. » (Marx, Grundrisse, t. II). « Le capi­tal est une contra­dic­tion en procès : d’une part, il pousse à la réduc­tion du temps de tra­vail à un mini­mum ; et d’autre part, il pose le temps de tra­vail comme la seule source et la mesure de la richesse. Il dimi­nue donc le temps de tra­vail sous sa forme néces­saire pour l’accroi­tre sous sa forme de sur­tra­vail. » Mais pour dimi­nuer le temps de tra­vail néces­saire et accroi­tre le temps de sur­tra­vail, il développe de façon gigan­tes­que le capi­tal fixe « le mons­tre animé qui matéria­lise la pensée scien­ti­fi­que et domine pra­ti­que­ment tout le pro­ces­sus » ; or, le capi­tal fixe n’engen­dre aucune valeur, il pro­duit gra­duel­le­ment la dévalo­ri­sa­tion de façon ten­dan­cielle. De plus, l’impor­tance gran­dis­sante du temps de cir­cu­la­tion ne fait qu’aug­men­ter cette dévalo­ri­sa­tion. « La ten­dance pro­gres­sive à la baisse du taux de profit général est tout sim­ple­ment une façon propre au mode de pro­duc­tion capi­ta­liste d’expri­mer le progrès de la pro­duc­ti­vité sociale du tra­vail » (Marx).

      La valo­ri­sa­tion n’existe que par la dévalo­ri­sa­tion, la valo­ri­sa­tion n’existe que par son oppo­si­tion à la socia­li­sa­tion qui immo­bi­lise le capi­tal (routes, che­mins de fer, etc.). « La contra­dic­tion s’effec­tue entre la base sur laquelle c’est édifié le capi­tal (loi de la valeur) et le résultat auquel il abou­tit : la, socia­li­sa­tion de la pro­duc­tion, des hommes ainsi que la négation ten­dan­cielle de la valeur par la suite de l’uti­li­sa­tion de la science deve­nue “force pro­duc­tive”. (Invariance no 6, Ier tri­mes­tre 19692). Le mou­ve­ment du capi­tal va donc consis­ter, à partir de cela, à lutter contre les résul­tats de son procès, résul­tats qui inhi­bent sa valo­ri­sa­tion la socia­li­sa­tion, c’est-à-dire à détruire pério­di­que­ment des moyens de pro­duc­tion et des prolétaires sur les champs de bataille, seul remède à cette situa­tion. En dehors de ces moments-là, il lui faut exclure du procès pro­duc­tif une masse crois­sante de prolétaires, qu’il les entre­tienne, plus ou moins, par des fonds de chômeur ou qu’il les exclue pure­ment et sim­ple­ment de sa com­mu­nauté matérielle. Le mode d’inser­tion dans le mode de domi­na­tion réelle du capi­tal devient même pour des zones entières du monde leur exclu­sion, ou leur non-dévelop­pe­ment afin de conti­nuer son mou­ve­ment d’auto-valo­ri­sa­tion, se rétrécis­sant cepen­dant à chaque fois (cf. Bulletin Communiste, déc. 733 et Négation supplément au no 24). C’est ce mou­ve­ment qui forme la deuxième base objec­tive à l’ins­titu­tion­na­li­sa­tion de l’avor­te­ment légalisé, les deux étant d’ailleurs à la fois liées et opposées, reflet de ce même couple valo­ri­sa­tion/dévalo­ri­sa­tion.

       

      D’une part, plus encore que par avant, le capi­tal domi­nant réelle­ment le monde exclut bru­ta­le­ment du procès de pro­duc­tion ceux qu’il ne par­vient pas à y intégrer, ceux qui sont excéden­tai­res par rap­port aux besoins du capi­tal, et que le capi­tal a entraînés dans son cycle. La pénurie s’accom­pa­gne de son ombre dia­lec­ti­que : la sur­po­pu­la­tion, ten­dance inhérente au capi­ta­lisme. Ce sont les ter­ri­bles saignées de la IIe guerre mon­diale, la liqui­da­tion phy­si­que des clas­ses moyen­nes (juives) par le capi­tal alle­mand avec la com­pli­cité des démocra­ties occi­den­ta­les (cf. « Auschwitz ou le grand alibi », arti­cle de Programme Communiste repris par Le Mouvement Communiste5) la liqui­da­tion phy­si­que des ouvriers russes révolu­tion­nai­res ou sim­ple­ment com­bat­tifs, celle des clas­ses moyen­nes polo­nai­ses et celle des peu­pla­des semi-noma­des émer­geant de zones allant des com­mu­nes pri­mi­ti­ves au des­po­tisme asia­ti­que ou au féoda­lisme vivant dans les step­pes asia­ti­ques d’urss, par Staline. Ce sont plus récem­ment, les génoci­des du type Biafra/Nigeria, Inde Pakistan/Bangladesh, Burundi, les fami­nes préten­du­ment “natu­rel­les” du type Éthio­pie, Sahel, Inde (séche­resse arti­fi­cielle et des­truc­tion des réserves natu­rel­les). Enfin, le par­cage des Palestiniens dans les camps de misère qui ne sont que l’anti­cham­bre de leur mort pro­grammée.

      Ceux que stérili­sa­tion auto­ri­taire (et par­fois récom­pensée d’un tran­sis­tor) n’a pu détruire, la faim, la mala­die, la misère orga­nisée, sont là pour régler leur compte et per­met­tre au capi­tal la pour­suite de son procès de valo­ri­sa­tion.

      Dans nos pays développés et civi­lisés, si elle est aussi dra­ma­ti­que, la régula­tion est un peu moins san­glante. Les clas­ses moyen­nes uti­li­sent la contra­cep­tion, et le prolétariat pra­ti­que de façon encore clan­des­tine, l’avor­te­ment. L’accélération de l’accu­mu­la­tion du capi­tal entraîne en effet une dimi­nu­tion rela­tive des besoins à long terme de main-d’œuvre. De plus, l’allon­ge­ment de la vie moyenne des hommes grâce aux “progrès de la science” permet d’exploi­ter plus long­temps (15 à 20 ans de plus) le même prolétaire !

      Il faut noter encore que la régres­sion de l’agri­culture tra­di­tion­nelle et d’une façon générale l’exclu­si­vité du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste ren­dent impos­si­ble un flux de popu­la­tion en dehors de celui-ci. Le cas des com­mu­nes hip­pies exprime la décom­po­si­tion des rap­ports sociaux au sein du capi­tal “à bout de souf­fle”. Elles n’ont été pro­dui­tes et per­mi­ses que par la valo­ri­sa­tion du capi­tal encore pos­si­ble à tra­vers sa dévalo­ri­sa­tion crois­sante, d’où leur rela­tive “mar­gi­na­lité”. La crise ouverte de la valeur est aussi syno­nyme de des­truc­tion de ces com­mu­nes.

      La contra­cep­tion et l’avor­te­ment per­met­tent ainsi d’éviter la pro­duc­tion d’indi­vi­dus qu’il est et sera de plus en plus dif­fi­cile d’intégrer au procès de pro­duc­tion. Au sein de l’huma­nité orga­nisée par le capi­tal une concur­rence bar­bare se développe : pour réaliser leur “éman­ci­pa­tion” les femmes doi­vent cesser de pro­duire les futurs indi­vi­dus qui les pri­ve­raient de leur fonc­tion de capi­tal varia­ble. Les fœtus contre les femmes ! mlf  ! gis  ! “lais­sez les vivre”  ! mlac  ! cha­ro­gnards  ! Qui donc allez-vous… “choi­sir”  ?

      Par tout cela le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste montre son visage bar­bare, et fina­le­ment son inca­pa­cité à pro­gram­mer réelle­ment son évolu­tion.

      la Perspective de la Crise

      De la même façon que la seule sur­po­pu­la­tion dont souf­fre l’huma­nité est la sur­po­pu­la­tion par rap­port aux besoins du capi­tal, “la seule pénurie dont souf­fre le capi­tal est celle du profit”.

      Incapable de se repro­duire lui-même le capi­tal eut aussi — et c’est le même mou­ve­ment — inca­pa­ble d’assu­rer la repro­duc­tion de l’espèce humaine. Comme on peut s’en assu­rer ces temps-ci, la régres­sion écono­mi­que, phénomène ini­tial de la crise, arrive au galop, et le capi­tal tente de réaliser au maxi­mum son irréali­sa­ble utopie fon­da­men­tale : la sup­pres­sion du prolétariat en ten­tant d’en enrayer la générali­sa­tion (ce qui va d’ailleurs à l’encontre de son autre rêve : la prolétari­sa­tion générale par le sala­riat). Cette contra­dic­tion se lit dans le néo-mal­thu­sia­nisme moderne qui a pour base, non plus la nécessité de dévelop­per les forces pro­duc­ti­ves, mais d’en stop­per le mou­ve­ment. En même temps le taux moyen du salaire baisse, car on n’y inclut plus la repro­duc­tion de la future force de tra­vail, le salaire d’une grande partie du prolétariat fon­da­men­tal. Ainsi, le taux de profit peut aug­men­ter et la crise de la valeur semble illu­soi­re­ment freinée. En fait la plus-value rela­tive est encore plus rela­tive, et la dévalo­ri­sa­tion accentuée par ce fait.

      Quand les prolétaires défen­dent leur mar­chan­dise/force de tra­vail, de plus en plus dif­fi­ci­le­ment, c’est que leur exis­tence de capi­tal varia­ble devient de plus en plus dif­fi­cile à assu­mer matériel­le­ment, cela se mani­feste :

      – au niveau de la satis­fac­tion des besoins natu­rels (nour­ri­ture, pétrole) ;

      – au niveau de la repro­duc­tion de l’espèce (l’avor­te­ment généralisé en est le symptôme vu que l’espèce est prolétarisée, sou­mise uni­ver­sel­le­ment au capi­tal).

      C’est la crise qui com­mence, même si elle en a encore pour long­temps avant d’atta­quer complètement le niveau de vie des prolétaires. C’est jus­te­ment parce qu’ils ont de plus en plus de mal à défendre leur mar­chan­dise/force de tra­vail, leur exis­tence de capi­tal varia­ble, que les prolétaires vont se trou­ver contraints de détruire la vie (in)humaine, de se détruire en tant que classe du capi­tal et de l’échange, et refor­mer la vie humaine, le Communisme.

      L’avor­te­ment est bien situé au centre de la contra­dic­tion entre les forces pro­duc­ti­ves moder­nes et les rap­ports de pro­duc­tion capi­ta­lis­tes trop étroits, comme entre la nature capi­ta­liste (nocive) de ces forces pro­duc­ti­ves et l’exis­tence de l’huma­nité. C’est l’avor­te­ment de la vie même qui s’y dévoile.

      Drame chez les Hominiens (destruction de l’être générique).

      D’ailleurs, dans la fati­gue, l’humi­lia­tion, l’ennui du tra­vail salarié, com­ment pou­voir désirer un enfant ? Quels rap­ports peut avoir avec lui le prolétaire, si en sor­tant du boulet il ne reste qu’à ache­ter, bouf­fer, dormir ? C’est un drame. Et l’avor­te­ment, une libération ? Non ! Une ampu­ta­tion, un drame aussi !

      Un drame col­lec­tif, un pro­duit de la société capi­ta­liste : « À la place de tous les sens phy­si­ques et intel­lec­tuels est donc appa­rue la simple aliénation de tous ces sens, le sens de l’avoir » (Karl Marx). L’être humain, ainsi réduit à de l’“avoir”, a de la valeur d’échange, dans son corps devenu “bar­ba­que” subit la derrière muti­la­tion : la des­truc­tion de son être et de son sens génériques. La vie pro­duc­tive étant la vie générique (c’est-à-dire la vie engen­drant la vie), l’être humain qui pro­duit du capi­tal, pro­duit de plus en plus la vie de l’être du capi­tal, sa mort à lui, qui se mani­feste dans son rap­port au genre humain, rap­port tota­le­ment bar­bare. « L’être générique de l’homme, aussi bien que la nature (la procréation entre autres) que ses facultés intel­lec­tuel­les génériques, sont trans­formées en un être qui lui est étran­ger… Il rend étran­ger à l’homme son propre corps, comme la nature en dehors de lui » (K. Marx, Manuscrits de 1844, Éd. Sociales, p. 64). Au moment où l’homme est rendu étran­ger à l’homme, et où chaque homme considère autrui selon la mesure et selon le rap­port dans lequel il se trouve lui-même en tant que salarié, l’avor­te­ment bien loin de mani­fes­ter le dépas­se­ment de l’iden­ti­fi­ca­tion ani­male à l’acti­vité générique, et l’acces­sion au besoin humain de com­mu­nauté, mani­feste au contraire la réduc­tion de l’homme à l’état de chose, seules les choses n’éprou­vent pas le besoin de se perpétuer.

      À la minérali­sa­tion de la nature cor­res­pond la réifi­ca­tion de l’homme.

      L’avor­te­ment est donc une contrainte supplémen­taire, bar­bare et inhu­maine que les avor­teurs de tous les pays préten­dent dé-dra­ma­ti­ser : avant d’avor­ter, on cause, on se tutoie, on se raconte… Pendant, on four­nit même quel­que­fois à la femme un miroir qui lui permet de se voir avor­ter, ou on prend des photos et films que l’on dif­fu­sera. La bar­ba­rie est mise en spec­ta­cle et intériorisée. La femme prend sa muti­la­tion pour sa libération.

       

       

       

       

      Sur la pratique et l’idéologie de l’avortement

      Nous l’avons dit plus haut, l’avor­te­ment pro­duit par le Capital est un drame et non une libération. Ceci impli­que, avant de pour­sui­vre, deux remar­ques :

      – Les salai­res étant ce qu’ils sont, la vie sous le Capital étant le plus sou­vent, avec des enfants, la “vie de famille”, les besoins immédiats d’avor­te­ment sont réels, et, comme nous uti­li­sons la médecine et la sécurité sociale, etc., nous uti­li­sons aussi l’avor­te­ment pour aménager un peu notre survie dégueu­lasse. Et la méthode Karman égale­ment, par conséquent. Nous “préférons” un avor­te­ment légal et rem­boursé à un avor­te­ment illi­cite et cher, cela va de soi.

      – Mais nous ne présen­tons pas cela comme un départ pour une quel­conque lutte révolu­tion­naire, sub­ver­sion de la société… Ce sont pis-aller du Capital. Et nous n’avons pas à aider les réfor­ma­teurs et mili­tants de l’avor­te­ment libre et gra­tuit, qui, par leur pra­ti­que, se font les agents des besoins du Capital et rien d’autre. D’ailleurs jus­te­ment, parce que nous avons besoin d’eux pour nos avor­te­ments, et que cela passe obli­ga­toi­re­ment par eux, nous ne pou­vons que nous oppo­ser à eux pra­ti­que­ment. De même sous le règne du sala­riat, nous avons besoin d’employeurs pour sur­vi­vre, mais c’est le rap­port social lui-même qui nous contraint à lutter contre eux. La cri­ti­que théorique (ce texte) n’est que le résultat de notre confron­ta­tion (ou de gens pro­ches de nous) avec ces avor­teurs. Ce texte est donc bien un acte pra­ti­que qui ne peut tendre qu’à préciser la cri­ti­que confuse qui se mani­feste un peu par­tout de la part d’avortées (ou de devant être-avortées) qui met­tent en cause ces mou­ve­ments divers pour l’avor­te­ment libre et gra­tuit.

      L’Avortement comme marché

      Aux usa, une loi fédérale auto­rise les femmes à se faire avor­ter, depuis jan­vier 1973, dans les cli­ni­ques et hôpitaux du pays, pour les­quels cette opération est une source de bénéfice comme n’importe quelle vente de ser­vice dans la société capi­ta­liste.

      En Hollande, où la loi répri­mant l’avor­te­ment est encore plus sévère qu’en France, onze cli­ni­ques spécialisées pra­ti­quent au moins 70 000 avor­te­ments par an, sous la cou­ver­ture compréhen­sive de 15 000 médecins (sur 18 000 en exer­cice) et de l’admi­nis­tra­tion. Un haut fonc­tion­naire déclare : « La loi inter­dit tou­jours l’avor­te­ment, mais à part le fait qu’on ne par­vient pas à la modi­fier, tout marche très bien. Les médecins ont par­fai­te­ment arrangé les choses » et chaque avor­te­ment rap­porte aux cli­ni­ques entre 150 et 200 F de bénéfice. (Le Monde du 8 et du 9/10 décembre 1973)

      Que les médecins se ras­su­rent ! en aucune façon leur pou­voir n’est remis en cause ! Leur mono­pole est préservé et leur science est quand même rémunérée, même si ce n’est plus au taux si élevé que leur per­met­tait l’illégalité antérieure de l’opération. Par la légali­sa­tion et la bana­li­sa­tion de l’avorte­ment, le corps médical s’acca­pare un marché qui, aupa­ra­vant, était la propriété de quel­ques-uns de ses mem­bres, qui s’occu­paient des plus riches, et des misérables bri­co­leurs de l’aiguille à tri­co­ter pour le reste. Grâce aux lois nou­vel­les, les médecins peu­vent élargir leur rôle de mar­chands d’hygiène et de santé, et exer­cer plus complètement leur racket au sein du Capital.

      L’Avortement objet du racket gauchiste et moderniste

      En France, avec la mise en coupe réglée de l’avor­te­ment par les rackets gau­chis­tes (mlac…) on assiste au parachèvement de la démocra­tie comme réalité et de l’auto­ges­tion comme projet

      L’idéologie du choix

      L’idéologie du choix caractéris­ti­que de la concep­tion démocra­ti­que de l’acti­vité humaine consiste à faire croire au prolétaire à sa capa­cité de “choi­sir”, de “décider”, tout ceci allié au mythe de l’infor­ma­tion. Femmes, vous pouvez “choi­sir” de vous faire avor­ter ou non, vous devien­drez “auto­no­mes”, c’est à vous de “décider”…

      Ainsi, l’infecte fic­tion démocra­ti­que, qui a tiré sa forme générale du par­le­men­ta­risme, tente, avec le stade de la domi­na­tion réelle du Capital, de faire du corps humain lui-même un “par­le­ment” où la femme vote­rait, “choi­si­rait” en toute cons­cience (grâce à l’infor­ma­tion !) son type de muti­la­tion actuelle (les trois solu­tions : avor­te­ment, procréation et contra­cep­tion, étant de toute façon dans cette société aussi inhu­maine et pure­ment réponse du Capital).

      Dans nulle forme de société, la pro­duc­tion et la repro­duc­tion des moyens d’exis­tence et de l’espèce n’est une ques­tion de choix, mais de dyna­mi­que sociale. Le “choix” est ins­crit dans et déterminé par le mou­ve­ment cycli­que repro­duc­teur de toute société. Reste à savoir ce qui est à la base de ce mou­ve­ment : dans la société présente, il s’agit de l’accu­mu­la­tion du Capital et de rien d’autre.

      Aussi n’est-ce pas par choix que les femmes du prolétariat fon­da­men­tal des pays développés uti­li­sent l’avor­te­ment plutôt que la contra­cep­tion, tandis que celles des nou­vel­les cou­ches moyen­nes et les étudian­tes uti­li­sent plutôt la pilule. Les cou­ches moyen­nes, d’une façon générale, cher­chent à pla­ni­fier leur avenir matériel pour échap­per à l’insécurité de leur prolétari­sa­tion, alors que les prolétaires conti­nuent dans leur majo­rité à subir cette insécurité au jour le jour.

      Et pas plus qu’il n’y a choix de la solu­tion la moins immédia­te­ment insup­por­ta­ble, il n’y a absence de choix par manque de “lumières” — par manque d’infor­ma­tion, ou par la per­sis­tance de tabous anciens — chez les femmes qui n’ont recours qu’à l’avor­te­ment, ou qui accep­tent la procréation subie comme une nécessité natu­relle. Le manque d’intérêt de la majo­rité des femmes pour la prise en charge de leur propre procréation s’expli­que assez par les limi­ta­tions imposées, dans tous les cas “choi­sis”, par les condi­tions d’exis­tence sous le capi­tal (à l’époque où le capi­tal sou­haite cette prise en charge, ce manque d’intérêt peut même apparaître à son tour comme une sorte de choix : un “refus”).

      Un cas extrême est celui des femmes des pays sous-développés qui s’avèrent, à leur gou­ver­ne­ment sidéré, ne pou­voir être ren­dues moins fécondes que par une stérili­sa­tion auto­ri­taire. Et de se lamen­ter sur leur manque d’ins­truc­tion… Mais, si le capi­tal domine réelle­ment la société dans ces pays, s’il y a détruit les modes de pro­duc­tion antérieurs avec leur équi­li­bre propre de la popu­la­tion, c’est en désor­ga­ni­sant la société sans la réorga­ni­ser. De même que cette popu­la­tion qu’il crée ne trouve ici ni emploi ni res­sour­ces, de même les veilles valeurs, dont était (en har­mo­nie avec les modes de pro­duc­tion antérieurs) la fécondité, ne sont pas rem­placées par d’autres ; elles sub­sis­tent quel­que temps ou, s’étei­gnant, ne lais­sent que le vide, la sou­mis­sion sans réaction aux aléas natu­rels et sociaux.

      À l’autre extrême, si l’on ren­contre une cer­taine désaf­fec­tion à l’égard de la pilule, même chez les jeunes femmes des nou­vel­les cou­ches moyen­nes, ce n’est pas par “résis­tance incons­ciente”, comme vou­draient le faire croire les médecins qui sont pour la pilule, et les psy­cha­na­lys­tes en quête d’emploi. Si cer­tai­nes “préfèrent” encore ris­quer l’inter­ven­tion bru­tale qu’est l’avorte­ment, cela peut s’expli­quer à plu­sieurs niveaux. Le plus immédiat est l’imper­fec­tion tech­ni­que actuelle de la pilule, ce qui est cer­tai­ne­ment résol­va­ble par la médecine du capi­tal qui y a intérêt. Plus pro­fond est le “refus” de la pilule en tant qu’ingérence étrangère per­ma­nente dans le corps de la femme, ingérence incom­prise et incontrôlée dans ses effets par elle, décidée et contrôlée par le médecin. Une réforme auto­ges­tion­naire de la médecine (connaître son corps, se soi­gner les uns les autres) fait d’ailleurs partie de l’idéologie des plus “avancés” des mili­tants du mlac et du meilleur des mondes d’Ivan Illich entre autres ; autant dire que, s’il n’est pas cer­tain qu’elle soit réali­sa­ble par le capi­tal, du moins fait-elle partie intégrante de son utopie de fonc­tion­ne­ment har­mo­nieux. Mais ce que le capi­tal ne pourra jamais pro­cu­rer, ni sou­hai­ter, c’est que la contra­cep­tion, même maîtrisée tech­ni­que­ment par ses uti­li­sa­tri­ces elles-mêmes, ne soit plus un problème indi­vi­duel de plus imposé par une nécessité sociale extérieure. Et cela aussi joue, tout au fond des fameu­ses résis­tan­ces…

      En conclu­sion, dans sa phase actuelle de domi­na­tion, le capi­tal fait privilégier un moment sur les autres, et sur l’ensem­ble du mou­ve­ment, celui du choix, de la décision qui s’auto­no­mise, alors que tout choix, toute décision, sont déjà ins­crits dans ces lois inter­nes, elles-mêmes complètement auto­no­mes par rap­port aux besoins humains. C’est cela la vision démocra­ti­que de la société uni­fi­ca­tion par l’extérieur des dis­pa­rités socia­les, des sépara­tions. Ensuite, la démocra­tie peut se dépoli­ti­ser pour mieux intégrer tout rap­port humain au cycle de valo­ri­sa­tion, par l’intérieur, à partir des besoins, ici à partir du corps de la femme.

      L’Autogestion du corps

      La sépara­tion entre l’être humain et son corps a pour contenu l’oppres­sion idéolo­gi­que du corps par la pensée, mais sur­tout, en fait, la mise en veilleuse de la pensée fonc­tion­nant encore sous la pres­sion des limi­tes “natu­rel­les” : lutte pour la vie, sublimée en tra­vail pour ne pas crever. Elle tend à être exprimée par le mythe de la “libération du corps”, idéologie dua­liste qui ne voit le corps que comme corps indi­vi­duel et/ou non social, propriété privée (privée de tout, y com­pris de son rap­port au corps non-orga­ni­que, la Nature), et par la “démocra­ti­sa­tion” des acti­vités spécialisées liées au corps (médecine, psy­chia­trie, sport, éduca­tion sexuelle, etc.) c’est-à-dire par leur dépas­se­ment uni­que­ment formel et idéolo­gi­que. De la démocra­tie “ouvrière”, puis “directe”, on passe à la démocra­tie “de la vie quo­ti­dienne” qui crée le projet idéolo­gi­que de l’auto­ges­tion de la vie quo­ti­dienne (vue comme com­pre­nant le corps, la mala­die, la sexua­lité, l’affec­ti­vité) en entérinant ainsi la sépara­tion vie quo­ti­dienne/pro­duc­tion.

      De la même façon que les ouvriers sont appelés à pren­dre en main leurs entre­pri­ses pour les gérer, c’est-à-dire sont appelés à gérer leur condi­tion de prolétaire (Clyde, Lip, Cerisay, etc.) en gérant le marché, le sala­riat, les capi­taux, et la divi­sion sociale par entre­pri­ses, (cf. le numéro de Négation à paraître sur Lip), de cette même façon, les femmes sont invitées à pren­dre en main leur corps pour le gérer, c’est-à-dire gérer leur corps séparé, leur sépara­tion d’avec leur corps, leur muti­la­tion (avor­te­ment, cancer, sport, por­no­gra­phie). Comme on le disait plus haut, on essaie de faire passer leur muti­la­tion pour leur Libération.

      Par le mythe de la dis­cus­sion, de l’expres­sion (elles s’expri­ment “sur leurs problèmes de femmes” : comme les ouvriers de Lip sur “leurs problèmes d’ouvriers”) elles doi­vent pren­dre en main, avec l’aide des amis du peuple (mili­tants, médecins, etc.) leur exis­tence sociale actuelle afin de mieux la perpétuer (comme les ouvriers de Lip autogérant Lip, perpétuent leur condi­tion d’ouvriers).

      En 1974, toute réforme est ins­tru­ment de la contre-révolu­tion qui se restruc­ture en partie avec l’aide du projet auto­ges­tion­naire. L’auto­ges­tion, utopie capi­ta­liste, n’est viable et proposée qu’en cas de crise capi­ta­liste, pour d’ailleurs être liquidée par la suite après qu’elle ait main­tenu l’exis­tence de la valo­ri­sa­tion dans quel­ques zones précises. Mais elle prend tout son sens dans la dépoli­ti­sa­tion de la société, comme ultime poli­ti­que, uni­fi­ca­tion des sépara­tions et des contra­dic­tions face à la crise et à partir de la crise :

      Une société “autogérée” n’est viable que par une struc­ture extérieure coif­fant le tout et reliant chaque entre­prise, le Parti ou le Conseil Central. Même si elle est l’expres­sion coor­donnée de ces entre­pri­ses, de ces conseils ouvriers, elle n’est l’expres­sion que de leur exis­tence en tant que cel­lu­les séparées et concur­ren­tes, elle n’est que coor­di­na­tion de la sépara­tion et de la concur­rence. De la même façon les femmes, autogérant leur entre­prise-corps sont unifiées et reliées démocra­ti­que­ment par les spécia­lis­tes

      – de leur libération (psu, ceres, mlf, choi­sir, ligue com­mu­niste, etc.) ;

      – de leur corps (cis, médecins, etc.) ;

      – de leur fémini­tude (choi­sir, mlf, femmes de l’intel­li­gent­sia uni­ver­si­taire ou cinémato­gra­phi­que)

      tout ceci regroupé dans un super et superbe racket étouf­fant — pro­vi­soi­re­ment — les appétits concur­rents : le mlac, resucée plus moderne du Secours Rouge, et sur­tout plus adapté à l’exis­tence immédiate des prolétaires-femmes.

      Après le Viet Nam, la Palestine, et la répres­sion, le grand spec­ta­cle monté à partir de Grenoble sur le film “Histoires d’A” ne fait qu’accélérer le pro­ces­sus de décom­po­si­tion/recom­po­si­tion du gau­chisme, jouant une de ses dernières cartes mys­ti­fi­ca­tri­ces, avant d’abat­tre ses vraies cartes his­to­ri­ques : la contre-révolu­tion phy­si­que et la défense acharnée de la condi­tion salariée.

      Organisation et pratique du racket

      L’orga­ni­sa­tion par quar­tiers mise en place par le mlac rejoint avec une évidence fla­grante l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion de la sec­to­ri­sa­tion de la santé par le pou­voir moder­niste — psy­chia­trie de sec­teur par exem­ple — et joue le même rôle para-poli­cier et démocra­ti­que : le contrôle est ainsi mieux assuré et pris en charge par les intéressés eux-mêmes. La sec­to­ri­sa­tion outre ce rôle pri­mor­dial de contrôle dilué et plus ration­nel de mise en fiches de la popu­la­tion, démas­quant le contenu his­to­ri­que des scien­ces dites humai­nes (psy­cho­lo­gie, pédago­gie, socio­lo­gie, psy­cha­na­lyse) tend à struc­tu­rer tou­jours plus la vie extra-tra­vail en l’enser­rant plus dans ses liens scien­ti­fi­ques et en y fai­sant par­ti­ci­per les prolétaires.

      Le prolétaire peut ainsi autogérer ses délires, ses mala­dies, ses dérègle­ments en tant que force de tra­vail (c’est-à-dire sa résis­tance mas­sive et/ou indi­vi­duelle au Mode de Production Capitaliste) en aidant les spécia­lis­tes à en limi­ter les effets, en les intégrant à sa survie même de salarié. La mise en place par les forcenés gau­chis­tes et huma­nis­tes de l’avor­te­ment, de quar­tiers, zones bien délimitées qua­drillant la popu­la­tion, et les appels pour qu’elles vien­nent y par­ti­ci­per et s’y orga­ni­ser, ne font que refléter le mou­ve­ment ten­dan­ciel récent. Ce mou­ve­ment a deux aspects :

      – mou­ve­ment même du Capital ;

      – mou­ve­ment donc de la “popu­la­tion”, donc de la coexis­tence paci­fi­que des prolétaires et des “autres” au sein de grou­pes réunis sur une aliénation parti­culière. Il y a là un Localisme insi­dieux qui, allié au loca­lisme de l’usine, de l’immeu­ble, etc., prépare les forces divi­seu­ses de la contre-révolu­tion, destinées à s’exer­cer contre le prolétariat classe pour-soi, classe révolu­tion­naire, rap­port social sub­ver­sif en mou­ve­ment.

       

      D’ailleurs, à l’époque des super­marchés, comme il faut des unités consan­gui­nes plus larges que la famille, c’est-à-dire issues de et liées au sang du capi­ta­lisme, à la cir­cu­la­tion de la valeur, reliées plus immédia­te­ment et plus mas­si­ve­ment au procès de cir­cu­la­tion (le capi­tal n’est-il pas en train de tenter de dis­sou­dre peu à peu la famille comme le montre ce modèle expérimen­tal réel que sont les com­mu­nes, obs­ta­cles la future com­mu­nauté humaine) et il lui faut des struc­tu­res orga­ni­sant les acti­vités extra-tra­vail de plus grande enver­gure et les enca­drant complètement par l’acti­vité des “orga­nisés” eux-mêmes, ce qui est plus ration­nel et plus écono­mi­que pour le Capital ; en effet les acti­vités extra-tra­vail concour­ront de plus en plus for­te­ment en pro­duc­tion glo­bale de capi­tal, il s’agit pour lui de réaliser le mini­mum de dépense au sein du procès de réali­sa­tion de la plus-value (et donc aussi de réfor­ma­tion de la force de tra­vail) car tout temps de cir­cu­la­tion ainsi que les ser­vi­ces aug­men­tent la dévalo­ri­sa­tion. D’où le mou­ve­ment expérimen­tal : crèches sau­va­ges, écoles parallèles, églises com­mu­nau­tai­res, réseaux parallèles, pro­duits divers, de la bouffe à la contre­culture, orga­ni­sa­tion par les jeunes eux-mêmes de “fêtes” mas­si­ves et répétées, asso­cia­tions de défense de ceci ou de cela, ou même, prise en charge par les hip­pies du ser­vice de voirie de leur quar­tier, etc. Comme il faut passer au tra­vail par unités de pro­duc­tion auto­no­mes dans l’indus­trie, il faut orga­ni­ser la sec­to­ri­sa­tion de l’avor­te­ment par quar­tiers avec dis­cus­sion des gens du quar­tier (et avec la pos­si­bi­lité même de vérifier si des éléments étran­gers ne s’y trou­ve­raient pas)

      Le Capital crée des com­mu­nautés basées sur la sépara­tion et cor­res­pon­dant à des pôles d’accu­mu­la­tions différents ou à des degrés divers de la sim­pli­fi­ca­tion de la force de tra­vail, et s’oppo­sant les unes aux autres ainsi qu’à la tota­lité sociale, comble du fétichisme, puis­que s’y oppo­sent des rap­ports d’objets, de frac­tions du Capital, déguisés en rap­ports humains, en rap­ports his­to­ri­ques : régions, cités, cou­leurs, races, classe ouvrière, tra­vailleurs, homo­sexuels, loca­tai­res, trans­ports en commun, émigrés, jeunes, troisième âge, sexe, etc., et avor­ta­bles/avortées. Dans cette com­mu­nauté des avor­ta­bles/avortées, c’est le pas­sage à la force de tra­vail la plus simple qui est ins­crit, et c’est aussi, par la même occa­sion, l’entrée du besoin humain le plus “natu­rel” comme exclus dans la domi­na­tion réelle.

      Lorsque le mou­ve­ment de la valeur domine direc­te­ment, par l’orga­ni­sa­tion des rap­ports sociaux immédiats, la tota­lité de 1’exis­tence humaine, il tend à liqui­der la poli­ti­que. Celle-ci ne peut plus servir à uni­fier les différents niveaux et zones du dévelop­pe­ment du Capital. Elle tend à deve­nir un simple spec­ta­cle ; elle dis­paraît en tant que sphère par­ti­culière de la domi­na­tion. Par là même, le rôle de l’État change : il est tota­le­ment soumis à la loi de la valeur, et deviens un orga­nisme com­pliqué dont chaque élément a pour fonc­tion de placer sous la domi­na­tion, exclu­sive de la valeur telle zone de la société, telle varia­ble de la pro­duc­tion (mesure de la valeur en tant de tra­vail et ten­ta­tive de répartir la péréqua­tion du profit de façon pas trop déséqui­librée). Il s’agit donc pour le Capital, de défendre la struc­ture orga­ni­sa­tion­nelle de la société, comme l’être même de la vie sociale, toute entière sou­mise à son cycle.

      Ainsi, l’auto­ges­tion, c’est l’État dis­sous dans chaque zone de la société, ou telle varia­ble de la pro­duc­tion, et issu de ces zones et varia­bles, comme mu par la valeur et son cycle, c’est le capi­tal à tous les niveaux.

      C’est-à-dire qu’au moment où l’exis­tence immédiate est en cause, touchée par l’appro­che de la crise, c’est de 1à qu’il faut partir pour le Capital afin de restruc­tu­rer la société, le cor­po­ra­tisme, la démocra­tie sociale rêvés par les natio­nal-socia­lis­tes, voilà l’auto­ges­tion, la fin de la poli­ti­que dans le sens du capi­tal  !

      C’est donc à partir des besoins “immédiats”, des problèmes “quo­ti­diens” que s’opère ce retour­ne­ment : la réali­sa­tion de la poli­ti­que (“prenez en main vos sépara­tions”, “poli­ti­sez le quo­ti­dien”, “tout est poli­ti­que’’, etc.) est en même temps son achèvement, car plus rien n’est poli­ti­que, cette média­tion étant deve­nue simple représen­ta­tion, entre autres, elle est dis­soute dans la struc­ture orga­ni­sa­tion­nelle do la société. La com­mu­nauté matérielle du Capital dis­sout la démocra­tie poli­ti­que et accède à la démocra­tie sociale extra-tra­vail. Le Parlement s’est déplacé, il n’est plus “poli­ti­que”, il est la vie tout entière, la société civile bour­geoise deve­nant son propre État, la société deve­nue série de cor­po­ra­tions, et l’État cor­po­ra­tion-fonc­tion­naire du Capital.

      Le corps de la femme est soumis au même scénario.

      Cette auto­ges­tion séparée des mor­ceaux séparés de notre vie est double :

      – son fil conduc­teur est l’échange et le mou­ve­ment de la valeur ;

      – mais, ses limi­tes sont ins­cri­tes dans sa dépen­dance extrême vis-à-vis du rap­port social fon­da­men­tal : le sala­riat, et donc à l’exis­tence immédiate de la force de tra­vail.

      L’avor­te­ment mili­tant est situé au centre his­to­ri­que cette dépen­dance ; c’est le mili­tan­tisme du der­nier aspect de la crise de la valeur : son inca­pa­cité crois­sante à perpétuer his­to­ri­que­ment la vie même inhu­maine, en en renforçant ainsi son inhu­ma­nité d’autant plus, mais aussi en ren­dant auto­nome la vie du capi­tal. C’est le mili­tan­tisme réalisé, son nec plus ultra, son coup de clai­ron pour mon­trer qu’il n’est pas seu­le­ment poli­ti­que, mais qu’il est un racket sur tous les besoins “humains”… en confon­dant et en fai­sant confon­dre les besoins humains avec les besoins liés au Capital et à son cycle.

      Il ne reste plus que le sui­cide mili­tant pour en finir.

      Le mili­tant, déjà racket­teur par nature, exerce main­te­nant sont sinis­tre racket sur la vie et la mort pour rendre sa salade, pour assu­rer sa reconnais­sance offi­cieuse et offi­cielle des autres pou­voirs, et, du Pouvoir en général.

      Et nous pou­vons livrer en vrac ces quel­ques pra­ti­ques cou­ran­tes qui sui­vent, pra­ti­ques de choi­sir, du mlac, etc., et qui jouent cavalièrement avec la misère des avortées :

      – avor­te­ment à Chambéry en échange franc et net de mili­ter dans l’orga­ni­sa­tion ;

      – pres­sions à Chambéry et Grenoble pour que les avortées par­ti­ci­pent à des grou­pes de dis­cus­sion de quar­tier pour com­mu­ni­quer leurs expérien­ces et pour qu’elles ser­vent d’objets de démons­tra­tion ;

      – pres­sions répétées sur une fille de Romans pour qu’elle accepte qu’on la filme en train de se faire avor­ter.

      Alors que la seule envie d’une femme ou d’une fille se fai­sant avor­ter est que tout soit le plus vite fini. Comme n’importe quelle tor­ture du tra­vail, et qu’on passe à autre chose.

      – choix au nom de “critères sociaux”… et par qui ? des médecins !!! afin de déter­mi­ner quel­les seront les “bénéficiai­res” de la méthode Karman et quel­les seront les envoyées en Suisse ou à Amsterdam, ou à Londres, vérifi­ca­tion policière par les mili­tants et les médecins du lieu de résidence et du revenu des filles vou­lant se faire avor­ter (par exem­ple, les mili­tants avor­teurs à Romans deman­dent par­fois aux can­di­da­tes avortées leur fiche de paie)

      – … et bien sûr, comme dans n’importe quelle admi­nis­tra­tion, parallèle ou non, piston et déroga­tions aux critères et limi­tes pour les… épouses et concu­bi­nes des mili­tants… ou pour les mili­tan­tes elles-mêmes.

      Tout cela n’a rien de sur­pre­nant et nous ne tenons aucu­ne­ment à cons­ti­tuer “un dos­sier noir”. Tout le monde le sait et peut s’en rendre compte. Les salo­pe­ries en tout genre des contre-révolu­tion­nai­res gau­chis­tes et de gauche et le mar­chan­dage dégueu­lasse de leurs ser­vi­ces par les médecins qui ont rem­placé le confes­sion­nal et la sodo­mie spi­ri­tuelle par le corps et la sodo­mie psy­cho­so­ma­ti­que6, tout cela n’est pas nou­veau, les Tarzans, Maos, et autres Docteur Schweitzer ne sont que les ins­tru­ments ambi­gus et contra­dic­toi­res du mou­ve­ment moderne du capi­tal.

       

       

       

       

      Contradictions au sein du capitalisme français et de ses représentants

      La lutte entre le, gou­ver­ne­ment et les gau­chis­tes ne fait que tra­duire les contra­dic­tions inter­nes au Capital, les gau­chis­tes étant l’expres­sion de sa sénilité à la fois archaïque et moder­niste :

      Archaïsme du gau­chisme : Les gau­chis­tes ten­dent, par les réformes qu’ils concou­rent à mettre en place, à faire sup­pri­mer les inconvénients, trou­bles que le mou­ve­ment du capi­tal amène inéluc­ta­ble­ment, et ceci de plus en plus tra­gi­que­ment. En cela, ils essaient d’enrayer de façon réaction­naire le mou­ve­ment du Capital ; c’est la raison pour laquelle ils se fixent sur la défense de rap­ports de pro­duc­tion précapi­ta­lis­tes (auto­no­mie régio­nale, socia­lisme afri­cain et/ou musul­man, lutter contre la prolétari­sa­tion des cou­ches moyen­nes, etc.). La base en est la nécessité pour le Capital global d’exis­ter en tant que rela­tion entre des zones plus ou moins développées, mais concour­rants toutes au cycle général.

      Modernisme du gau­chisme : et c’est mieux reconnu générale­ment, ils met­tent le doigt sur les réformes néces­sai­res au dévelop­pe­ment de cette société, de l’auto­ges­tion à la “libération” de la femme.

      Ce moder­nisme et cet archaïsme se rejoi­gnent dans cette phase de sénilité/décadence où le Capital doit lui-même frei­ner le dévelop­pe­ment des forces pro­duc­ti­ves et de l’espèce humaine (par la des­truc­tion s’il le faut) pour pou­voir sur­vi­vre et refu­ser la citoyen­neté capi­ta­liste complète à des zones ou des sec­teurs de la popu­la­tion mon­diale afin de mieux les intégrer à ses nécessités.

      Dans la lutte pour l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion mili­tante de l’avor­te­ment généralisé se lit le mou­ve­ment contra­dic­toire qui ne peut mener le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste qu’à sa mort :

      – l’aug­men­ta­tion du capi­tal contant par rap­port au capi­tal varia­ble oblige à frei­ner la crois­sance des forces pro­duc­ti­ves, c’est-à-dire du capi­tal varia­ble en sur­nom­bre ;

      – l’impor­tance décisive du capi­tal varia­ble pour qu’il reste une plus-value à extraire et un profit à réaliser néces­site la prolétari­sa­tion de toute l’huma­nité, avec la sala­ria­li­sa­tion de la femme.

      Si les gau­chis­tes sont en France en bis­bille avec une large frac­tion de la bour­geoi­sie sur ce sujet, ce n’est que l’expres­sion du retard des rap­ports sociaux français. D’ailleurs, une autre frac­tion de la bour­geoi­sie et des mana­gers, ainsi que de l’opi­nion publi­que (Radio-capi­tal varia­ble) les rejoi­gnent peu à peu, se mon­trant même dans cer­tains cas plus libérateurs que les libérateurs.

      L’État français est secoué par la crise actuelle de manières contra­dic­toi­res :

      – d’une part, il doit ajus­ter ses lois au contenu de la crise, long­temps latente, aujourd’hui ouverte ; d’où le projet de loi visant à auto­ri­ser l’avor­te­ment ;

      – d’autre part, il doit accélérer durant cette crise, l’accom­plis­se­ment des tâches non effectuées lors de la précédente (1929) et qui n’ont été entamées que depuis 1958 : la liqui­da­tion des clas­ses moyen­nes, propriétaires (petits entre­pre­neurs et commerçants) ; or l’état ne peut rem­plir son rôle, à ce niveau, qu’en se ral­liant/endor­mant dans un pre­mier temps, ces clas­ses par des mesu­res démago­gi­ques.

      La première de ces mesu­res est la loi Royer qui simule un renou­veau d’avenir pour les clas­ses moyen­nes en leur octroyant, entre autres, la force de tra­vail excéden­taire des sco­la­risés en non-for­ma­tion.

      La seconde se pro­file en négatif : légali­ser l’avor­te­ment généralisé serait affir­mer expli­ci­te­ment la dis­pa­ri­tion pro­chaine de ces clas­ses (les petits commerçants ne pou­vant plus se repro­duire en tant que petits commerçants…). D’où, d’abord, l’édul­co­ra­tion du projet de loi sur l’avor­te­ment, puis sa non-dis­cus­sion par les députés en décembre.

      Finalement, la prédomi­nance momen­tanée de l’aspect archaïque du contenu de la crise en France sur son aspect moderne est la conséquence de l’ordre chro­no­lo­gi­que dans lequel se présen­tent les tâches du Capital français ; il doit s’ajus­ter sur la crise actuelle avant de pou­voir ajus­ter sa super­struc­ture juri­di­que à cette crise, ques­tion de vie ou de mort.

      Royer triom­phe de Taittinger, et Messmer/Pompidou en tant que figu­res de la “cohérence” glo­bale du Capital, se promènent de l’un à l’autre.

       

       

       

       

      Avortement et Communisme

      Surtravail et surpopulation, crise et révolution

      « Au dévelop­pe­ment du sur­tra­vail cor­res­pond celui de la sur­po­pu­la­tion » (K. Marx, Grundrisse t. 2, p. 186, éd. Anthropos)

       

      Le mode limite d’accu­mu­la­tion qu’a atteint le Capital réduit la part de tra­vail humain dans la plus-value et le Capital est bru­ta­le­ment amené à reconnaître que fina­le­ment, c’est à la masse totale de cette dernière que se limite le profit réparti entre les capi­taux. Le Capital n’est alors qu’un mode périmé du dévelop­pe­ment des forces pro­duc­ti­ves en effet, tout accrois­se­ment minime du profit (seul but du Capital) néces­site une crois­sance rela­tive du capi­tal supérieure à celle du profit.

      C’est à ce moment-là que la recher­che de sur­pro­fit sup­plante celle de profit. L’accu­mu­la­tion ne peut se pro­duire dans cer­tai­nes zones que s’il y a perte de sub­stance dans d’autres. Le Capital ren­voie à l’arriération des aires qu’il avait com­mencé à dévelop­per (Afrique), il y a pénurie de profit.

      En fait, inca­pa­ble de se repro­duire lui-même, le Capital est aussi inca­pa­ble d’assu­rer la repro­duc­tion de l’espèce humaine. Et c’est une des mani­fes­ta­tions prin­ci­pa­les de la réces­sion écono­mi­que précédent la crise cycli­que (qui peut être la dernière, le Capital étant arrivé à la domi­na­tion réelle sur le monde).

      En effet, la repro­duc­tion de l’espèce, qui est deve­nue sou­mise au rap­port du tra­vail néces­saire au sur­tra­vail, est limitée par la valeur d’échange ; autre­ment dit, la progéniture doit revêtir une forme déterminée qui ne s’iden­ti­fie abso­lu­ment pas avec elle, afin de deve­nir objet de cette procréation, et cette forme, c’est la mar­chan­dise force de tra­vail, la bonne viande prolétaire. « L’être humain est tout autant le pro­duit du tra­vail qu’une quel­conque machine grâce à son acti­vité… et tout indi­vidu arrivé à matu­rité peut à juste titre être considéré comme une machine qui a conté vingt ans de soins assi­dus et une avance considérable de capi­tal » (Mac Culloch, The Principles of Political Economy, 1825). Or « la force de tra­vail ne peut effec­tuer son tra­vail néces­saire que si son sur­tra­vail peut avoir une valeur pour le Capital, si celui-ci peut les valo­ri­ser. Sitôt que cette valo­ri­sa­tion est entravée par tel ou tel obs­ta­cle, la force de tra­vail est premièrement, privée des condi­tions de repro­duc­tion de son exis­tence elle sub­siste alors sans ses moyens d’exis­tence ; elle devient pure­ment et sim­ple­ment encom­brante ; elle a des besoins, sans avoir les moyens de les satis­faire) ; deuxièmement, le tra­vail néces­saire devient super­flu, parce que le tra­vail excédent n’est plus néces­saire7. Le tra­vail est néces­saire pour autant seu­le­ment qu’il est une condi­tion de la valo­ri­sa­tion du capi­tal. Le rap­port entre tra­vail néces­saire et sur­tra­vail, tel qu’il est posé par le capi­tal, se ren­verse donc : une partie du tra­vail néces­saire — du tra­vail repro­dui­sant la force de tra­vail — devient super­flue, et cette force de tra­vail devient un excédent par rap­port à la popu­la­tion labo­rieuse qui n’est pas super­flue, parce qu’elle reste néces­saire au capi­tal » (K. Marx, Grundrisse, t. II, p. III).

      Le rap­port entre quan­tité de force de tra­vail néces­saire et sur­tra­vail devient alors :

      1°/ une partie de cette même force de tra­vail néces­saire — celle-là qui repro­duit phy­si­que­ment la force de tra­vail — c’est-à-dire les prolétaires femmes, devient rela­ti­ve­ment super­flue, devient ten­dan­ciel­le­ment en excédent par rap­port à la force de tra­vail restée néces­saire au capi­tal ;

      2°/ mais cette même frac­tion de la force de tra­vail, qui devient en même temps de plus en plus néces­saire au capi­tal, comme com­po­sante de la force de tra­vail simple (femmes, immigrés, etc.), elle-même de plus en plus pro­duc­trice exclu­sive de plus-value, vu le mou­ve­ment de dévalo­ri­sa­tion qu’elle ren­force d’ailleurs.

      Le capi­tal peut alors adop­ter une seule façon de résoudre cette dicho­to­mie, en sup­pri­mant les effets du pre­mier aspect de cette frac­tion féminine de la force de tra­vail en sup­pri­mant la procréation, par l’avor­te­ment. La déter­mi­na­tion spécifi­que de la femme tend à dis­paraître ainsi, l’acti­vité tend à deve­nir encore plus abs­traite. En effet, le capi­tal fait de cette façon d’une pierre deux coups : la force de tra­vail féminine, ne conte­nant plus dans son coût le prix de cette procréation réelle ou pos­si­ble, et du tra­vail domes­ti­que y afférant, devient encore plus simple, et le taux général de la force de tra­vail baisse encore rela­ti­ve­ment au profit.

      Il est bien évident que ce pro­ces­sus n’est ni concerté ni machiavélique, il est pris en charge au niveau du prolétaire femme par elle-même, comme réponse immédiate sur le plan de sa survie : il s’agit au niveau de sa cons­cience sub­jec­tive, de pou­voir conti­nuer à exis­ter comme force de tra­vail, conti­nuer à bosser (ne pas être éliminé comme force de tra­vail excéden­taire au capi­tal) même si en fait le mou­ve­ment semble inversé psy­cho­lo­gi­que­ment quand on tra­vaille, il n’est pas pos­si­ble d’avoir des enfants ; c’est le capi­tal varia­ble en mou­ve­ment qui, pour conti­nuer à sur­vi­vre, procède ainsi à une auto-régula­tion secrète, immédiate, dou­lou­reuse : l’avor­te­ment s’ins­ti­tue comme com­pa­gnon de jeu atroce du tra­vail salarié, et nous voyons déjà ici que seule la sup­pres­sion du tra­vail salarié pourra sup­pri­mer cette bar­ba­rie.

      La légali­sa­tion de l’avor­te­ment n’est donc, dans cette situa­tion, que la reconnais­sance par les fonc­tion­nai­res du capi­tal :

      – de l’impos­si­bi­lité de faire coïncider la repro­duc­tion des moyens d’exis­tence et celle de l’espèce, alors qu’elles sont entièrement sou­mi­ses toutes deux aux impératifs extérieurs et contra­dic­toi­res de la seule repro­duc­tion qui est moteur du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, celle du profit ;

      – de l’impos­si­bi­lité de pla­ni­fier la repro­duc­tion glo­bale de la vie immédiate ;

      – que cette pla­ni­fi­ca­tion ne peut être assurée que par les prolétaires eux-mêmes après coup, sous l’emprise de la nécessité immédiate.

      La crise de la valeur n’est jamais qu’appa­ri­tion concrète de la contra­dic­tion de base qui est l’être du capi­tal (valo­ri­sa­tion/dévalo­ri­sa­tion) ; elle déchaine les forces pro­duc­ti­ves contre les rap­ports de pro­duc­tion, et inver­se­ment ; elle tente ainsi, concrètement, de résoudre la contra­dic­tion en la por­tant paroxys­ti­que­ment à un niveau supérieur. La crise est à la fois résolu­tion et appa­ri­tion concrète de la contra­dic­tion ; le capi­tal, qui n’arrive pas à pro­gram­mer une rela­tion de cette contra­dic­tion, en est réduit à la réguler après coup et bru­ta­le­ment, par crises spas­mo­di­ques (guer­res, fami­nes, émigra­tions, avor­te­ment, etc.). Il montre ainsi sa nature essen­tiel­le­ment catas­tro­phi­que, son impos­si­bi­lité générale à être un système har­mo­nieux.

      Cette dishar­mo­nie se mani­feste, entre autres, par le phénomène de sur­po­pu­la­tion. « Chaque mode de pro­duc­tion à ses pro­pres lois de l’accrois­sement de la popu­la­tion et de la sur­po­pu­la­tion, cette dernière étant syno­nyme de paupérisme… C’est uni­que­ment dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste que le paupérisme tire son ori­gine du tra­vail, ainsi que du dévelop­pe­ment de la force pro­duc­tive du tra­vail » (Marx, op. cit. p. 106). La sur­po­pu­la­tion est un rap­port his­to­ri­que ; « la popu­la­tion n’est pas déterminée par des chif­fres, ni par une limite abso­lue de pro­duc­ti­vité des ali­ments. Ce sent, au contraire, les condi­tions déterminées de pro­duc­tion qui lui fixent des limi­tes et déter­mine aussi le niveau de la sur­po­pu­la­tion » (ib., p. 108).

      « On ne trouve nulle part de rap­port avec une masse abso­lue — d’ailleurs inexis­tant — de moyens de sub­sis­tan­ces, mais un rap­port avec les condi­tions de pro­duc­tion et de repro­duc­tion de ces moyens qui englo­bent aussi bien les condi­tions de la repro­duc­tion humaine que de la popu­la­tion totale et de la sur­po­pu­la­tion rela­tive » (ib.).

      Ce niveau du dévelop­pe­ment, c’est une société dans laquelle la pro­duc­tion est pro­duc­tion de valeur ; et la sur­po­pu­la­tion n’est en excédent que pour un tel niveau du dévelop­pe­ment de l’échange. On voit donc le lien entre l’avor­te­ment se générali­sant et la paupérisa­tion crois­sante de l’huma­nité en tain de s’accom­plir sous nos yeux même si pour l’ins­tant elle n’est que rela­tive alors qu’elle est déjà deve­nue abso­lue pour cer­tai­nes des zones arrachées aux modes de pro­duc­tion pré-capi­ta­liste (la crise se démas­quant par à coups et encer­cle­ment). Seule issue sal­va­trice à cette crise la révolu­tion com­mu­niste rétablis­sant l’unité entre la popu­la­tion et la pro­duc­tion, par la sup­pres­sion de la valeur, par la régula­tion cons­ciente du pro­ces­sus pro­duc­tif de la vie de l’huma­nité (moyens d’exis­tence et procréation) peut éviter les catas­tro­phes moder­nes qui sont aussi “natu­rel­les” que l’intro­duc­tion de la mar­ga­rine dans la sauce béchamel.

      La sur­po­pu­la­tion tra­duit bien l’exis­tence du prolétariat, rap­port social et non pas couche sociale. L’avor­te­ment prend tout son sens à cet endroit. La cadu­cité de la valeur, la mise en veilleuse de la repro­duc­tion élargie du Capital, c’est la cadu­cité, la mise en veilleuse de l’exis­tence du prolétariat, classe de la valeur, de son exis­tence phy­si­que elle-même (guerre chômage, faim, avor­te­ment, mala­die) et donc désor­mais, de la conti­nua­tion bio­lo­gi­que de l’espèce.

      Quand il ne vaut plus rien, le prolétariat ne peut plus vivre dans l’échange et doit détruire le mou­ve­ment de la valeur, donc se nier lui-même, classe de l’échange fon­da­men­tal, celui do la force de tra­vail. L’impos­si­bi­lité d’exis­ter dans le système capi­ta­liste ren­voie à la défini­tion du prolétariat comme classe de l’impos­si­ble repro­duc­tion du Capital, de son impos­si­ble repro­duc­tion elle-même, ainsi que comme classe de l’impos­si­ble exis­tence de l’huma­nité.

      Le prolétariat est un être catas­tro­phe et la théorie com­mu­niste catas­tro­phiste. Il est la dis­so­lu­tion en actes de la société bour­geoise, de la valeur d’échange et des valeurs mora­les ; et désor­mais, à ce stade ultime de 1a société bour­geoise, la dis­so­lu­tion en actes de l’huma­nité comme espèce, l’huma­nité étant entrée en tota­lité dans les rap­ports bour­geois.

      Du fond de cette dis­so­lu­tion, deux pos­si­bi­lités s’affir­ment son autonégation (et la Révolu­tion Communiste) ou son auto-décom­po­si­tion (la bar­ba­rie et la fin de l’huma­nité). Cette dis­so­lu­tion c’est entre autres une société dans laquelle :

      – 1/ le désir ou le besoin per­son­nel sont bar­ba­res, créateurs de bar­ba­rie. Le désir /besoin d’avoir des enfants y entraîne la perpétua­tion de l’exis­tence prolétarienne (vie plus cre­vante, fixée, aliénée, ennuyeuse pour les parents et sur­tout la mère ; fabri­ca­tion supplémen­taire de prolétaires, de valeur, de bar­ba­rie, de sur­po­pu­la­tion),

      – 2/ la bar­ba­rie amène à sup­pri­mer bru­ta­le­ment les désirs besoins quand ils appa­rais­sent ; s’empêcher d’avoir des enfants quand on en a le désir signi­fie une muti­la­tion pro­fonde et san­glante.

      Les besoins “humains” sont ainsi deve­nus auto­no­mes par rap­port aux nécessités du Capital (et donc, à ce titre, réprimés, non seu­le­ment déviés par lui, mais créés, fondés). Leur réali­sa­tion, quand elle est pos­si­ble, est tou­jours par et dans le Capital. Cependant, celui-ci, en fon­dant et créant l’homme moderne jusque dans ses recoins les plus inti­mes, l’ayant réduit à une pauvre et misérable “machine désirante” (Deleuze) dans une dia­lec­ti­que impi­toya­ble a aussi créé et fondé le besoin du com­mu­nisme.

      Seule la révolu­tion com­mu­niste peut résoudre le problème de la procréation. Au sein du pro­ces­sus des luttes révolu­tion­nai­res, le prolétariat fon­da­men­tal (pro­duc­teur de plus-value) pren­dra la direc­tion de ce pro­ces­sus, uni­fiant et englo­bant les luttes des cou­ches prolétarisées ou les détrui­sant. En l’occur­rence, dans le prolétariat fon­da­men­tal réduit de plus en plus à de la force de tra­vail simple, la femme ne peut que jouer un rôle très impor­tant et contri­buer gran­de­ment à cette autonégation du prolétariat, en repro­dui­sant son exis­tence phy­si­que immédiate sur des bases humai­nes, c’est-à-dire en repro­dui­sant l’exis­tence de 1’être humain générique à partir de sa propre exis­tence humaine, dans le mou­ve­ment de sup­pres­sion de la fixa­tion de la femme à son vieux rôle de pon­deuse, salariée ou non.

      Une des bases de la for­ma­tion de la com­mu­nauté humaine, c’est le dépas­se­ment de la, divi­sion du prolétariat en com­mu­nauté du Capital, s’affron­tant et se concur­rençant, dont la plus vieille divi­sion — hommes/femmes — exprime le caractère formel du dépas­se­ment des condi­tions consan­gui­nes pri­mi­ti­ves. Chaque femme prolétaire en sera à partir de sa propre vie même phy­si­que — dont elle devien­dra enfin maitre sans se payer de mots comme s’en paient les gor­go­nes féminis­tes actuel­les — un agent actif et néces­saire

      Des communes primitives au communisme supérieur, un fil est tendu : la création de la nature humaine

      Dans les com­mu­nes pri­mi­ti­ves, la femme par­ti­cipe égale­ment avec l’homme à la vie col­lec­tive, car sa fonc­tion pro­duc­trice a autant d’impor­tance — sinon plus — que celle de l’homme : elle procrée puis/et entre­tient les enfants, elle perpétue l’espèce phy­si­que­ment puis/et socia­le­ment (d’où les systèmes matri­linéaires, tartes à la crème des crétins idéolo­gues, struc­tu­ra­lis­tes et autres bâtards de la pensée). Mais elle n’y par­ti­cipe que par sa fonc­tion pro­duc­trice, c’est-à-dire en sa condi­tion de pon­deuse. Elle n’y par­ti­cipe que par son exis­tence limitée, telle qu’elle est appa­rue sur ses bases “natu­rel­les”. Son exis­tence “humaine” est sou­mise à la nécessité de procréer. Son exis­tence d’être humain per­son­nel n’est que l’effet secondaire de sa situa­tion d’être consan­guin, pri­sonnière de ses ovai­res, tout comme l’homme n’existe que par sa force phy­si­que et son habi­leté à la chasse et à la défense contre l’extérieur. La sou­mis­sion à la nature est intégrale et sans recours.

      La com­mune pri­mi­tive n’est pas encore une com­mu­nauté humaine, mais une cel­lule basée sur le sang, et le sol qui l’a vu se rami­fier, une cel­lule phy­sio­lo­gi­que et natu­relle, opposée d’ailleurs ou sans rap­ports ni métabo­lis­mes avec les autres cel­lu­les du tissu humain générique. La vie générique n’est pas uni­ver­sa­lisée il y a des com­mu­nes qui s’igno­rent ou/et se com­bat­tent dès qu’elles ne s’igno­rent plus à cause de la sur­po­pu­la­tion et de la pénurie dues à la tech­ni­que encore rudi­men­taire. (Le capi­ta­lisme à l’opposé connaît la sur­po­pu­la­tion et la pénurie, en rap­port avec un dévelop­pe­ment massif et sophis­tiqué de cette même tech­ni­que, incor­porée dans les forces pro­duc­ti­ves). Limitées par la terre qu’elles occu­pent et le sang qui les fonde, elles s’unis­sent à la nature sur le modèle de l’ado­ra­tion/sou­mis­sion, dues à l’hos­ti­lité, la puis­sance et l’insécurité de cette même “nature”.

      La vie immédiate de la femme est sou­mise au même mou­ve­ment : elle est la pon­deuse avant tout, d’où ces deux limi­tes : la sur­po­pu­la­tion et la pénurie comme expres­sions de cette condi­tion. Le dévelop­pe­ment des tech­ni­ques et de l’échange vien­nent, qui détrui­sent sans pitié ces com­mu­nes dans un mou­ve­ment ten­dant à maîtriser la nature et à uni­ver­sa­li­ser l’espèce.

      En société capi­ta­liste, la femme est exclue de la com­mu­nauté sociale, ou tenue dans une situa­tion inférieure, jus­te­ment de par sa condi­tion, de pon­deuse. En effet chaque mode de pro­duc­tion est déterminé par un type précis de pro­duc­tion, le capi­ta­lisme est pro­duc­teur de valeur. Ce qui ne pro­duit pas de valeur y est impro­duc­tif. La valeur y est l’agent uni­ver­sel entre les êtres, l’image du flux et du reflux des acti­vités humai­nes, le désir sans autre objet que lui-même, se perpétuant, se valo­ri­sant sans cesse. Tout ce qui n’est pas moment de son pro­ces­sus pro­duc­tif n’est conservé que comme moda­lité à dépasser, limite à fran­chir ou à reje­ter, par là-même, la femme en tant que pon­deuse, ne par­ti­cipe pas à la com­mu­nauté, qui est d’ailleurs, non pas humaine, mais la com­mu­nauté du capi­tal.

      Participent à cette com­mu­nauté les prolétaires, les femmes en tant que prolétaires. La com­mu­nauté des femmes, dont on ne com­prend générale­ment pas bien le sens, est une com­mu­nauté basée sur le mode de l’exclu­sion du rejet, der­nier reste de rap­ports sociaux pré-capi­ta­lis­tes au sein du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, ou/et de la résis­tance au mode de pro­duc­tion capi­ta­liste bien sou­vent (ce qui est lié, bien entendu). C’est la dernière com­mu­nauté, issue de bases non capi­ta­lis­tes, dont le capi­tal, dans sa domi­na­tion réelle, s’est débar­rassé peu à peu, depuis la Grande Guerre mon­diale, pour arri­ver au point-limite : la barrière même de ce qui, chez la femme, la spécifie en tant qu’être “natu­rel”. La capa­cité à la procréation n’a en effet pas été crée par le capi­tal (même s’il l’a entre­tenu de façon bar­bare, la rem­plis­sant de son contenu et de ses déter­mi­na­tions), d’où l’avor­te­ment.

      La com­mu­nauté pri­mi­tive est dis­soute, brisée ; l’être-indi­vidu pro­duit par la société bour­geoise est pro­duit comme séparé de l’être humain générique ; la femme voit sa fonc­tion phy­sio­lo­gi­que natu­relle “séparée” de la vie col­lec­tive. Pondeuse, elle reste, mais elle est retirée des champs, et rentrée dans le pou­lailler. Les limi­tes de la com­mune pri­mi­tive ont abouti à leur réali­sa­tion his­to­ri­que : l’exis­tence pri­mi­tive basée sur des critères “natu­rels” de sang et de sexe a permis la divi­sion de l’être humain col­lec­tif en deux com­mu­nautés séparées et se repous­sant, préludant la com­mu­nauté humaine. La femme n’est prise en considération qu’en tant que prolétaire (tout comme l’homme d’ailleurs ; mais la nature de prolétaire chez l’homme n’est que la conti­nua­tion de sa fonc­tion de chas­seur/guer­rier/pêcheur/éleveur/agri­culteur/arti­san de la com­mune pri­mi­tive, alors que chez la femme, il y a rup­ture vio­lente et dicho­to­mie per­sis­tante) et en tant que prolétaire étant femme elle vaut très peu (force de tra­vail simple).

      Elle n’existe ainsi que comme extrême misère. En sa condi­tion, se lit la condi­tion prolétarienne à l’état condensé être prolétaire signi­fie être détruit en tant qu’être natu­rel et humain. Son exis­tence, même de prolétaire, est déterminée par sa qualité de pon­deuse ; d’ailleurs, pour être une “vraie” prolétaire, il lui faut main­te­nant sup­pri­mer les effets de sa fonc­tion phy­sio­lo­gi­que “natu­relle” conti­nuant à exis­ter sur une base non-humaine (elle fait des gosses n’importe com­ment, puis avorte). De toute façon, son rap­port au capi­tal, pon­deuse domes­ti­que et prolétarisée, ou prolétaire femme avortée (quand elle n’est pas les deux alter­na­ti­ve­ment, ou en même temps) est tou­jours par rap­port à ses ovai­res, les limi­tes natu­rel­les sont tou­jours là.

      S’il y a eu vic­toire sur la nature (pro­duc­tion de valeur), c’est encore sur une base “natu­relle”, limitée qu’est basée la vie sociale (pénurie, tra­vailler pour ne pas crever, ne pas pou­voir aller par­tout ou l’on veut, etc.). La com­mu­nauté “natu­relle” est brisée : l’homme s’en est échappé, mais celle-ci le soumet encore à son impi­toya­ble vin­dicte, de façon tra­gi­que et iro­ni­que à la fois : la sépara­tion femel­les/males est rem­plie du contenu capi­ta­liste. La “libération” de la femme est donc liée à son entrée dans l’escla­vage moderne de la pro­duc­tion et du sala­riat, et la sup­pres­sion de sa fixa­tion à sa fonc­tion natu­relle. Mais cette sup­pres­sion se heurte à un obs­ta­cle de taille : la phy­sio­lo­gie de la femme, la “nature”. L’avor­te­ment est là pour en témoi­gner. Seule, la dis­pa­ri­tion du sala­riat pourra per­met­tre cette sup­pres­sion, car avec le tra­vail salarié dis­paraîtra l’obli­ga­tion de lier la procréation à la nécessité issue de la pénurie ou de l’excédent d’enfants, pénurie ou excédents par rap­port aux besoins du Capital. Dans le Capitalisme, la nature est maîtrisée comme immédiateté, c’est tout. L’homme ne l’a pas huma­nisée, il y a imprimé le côté non humain de son exis­tence, le Capital, pro­duit de son acti­vité. C’est le Capital qui huma­nisé la nature, qui l’a trans­formée et non plus l’homme, pol­lu­tion du Capital et de la nature. Ce n’est pas l’homme qui est lié à la nature, mais le Capital. Le capi­ta­lisme est la conti­nua­tion de la nécessité de la lutte pour la survie, de l’insécurité, de la pénurie à un niveau supérieur. Mais en même temps, c’est l’homme qui maîtrise la nature (car le Capital, ce sont des rap­ports sociaux) en accen­tuant et dévelop­pant son côté immédia­te­ment et natu­rel­le­ment inhu­main (la souf­france natu­relle sublimée, l’insécurité natu­relle sublimée), qui repro­duit à un niveau supérieur les limi­tes de la bar­ba­rie natu­relle. La femme y est donc tou­jours la pon­deuse, sacrifiée ou non, mais objet de la com­mu­nauté du Capital. Son rap­port à la com­mu­nauté pri­mi­tive s’est trans­formé en une espèce de “com­mu­nisme gros­sier” tel que le décrit Marx dans les Manuscrits de 1844 (pp. 85-86, Éd. Soc.) dans lequel elle est deve­nue la proie de la volupté col­lec­tive bes­tiale et/ou aber­rante, la misère sociale, c’est tou­jours la préhis­toire.

      L’homme ne maîtrise rien de la nature, il la domine comme on domine un esclave rétif. La dia­lec­ti­que maître/esclave se lit aussi à l’œuvre dans le rap­port homme/nature, mar­quant les deux d’un sceau dégra­dant. En ten­dant à domi­ner la nature, il “domine” sa propre nature, la réduit en escla­vage, et va jusqu’à la reje­ter hors de lui, rempli de l’être Capital.

      – 1/il rejette ainsi sa nature bio­lo­gi­que ini­tiale, ses pul­sions sa par­ti­ci­pa­tion à la vie des champs, des arbres, des étoiles, en allant jusqu’à la des­truc­tion orga­nisée de cette nature (avor­te­ment, pol­lu­tion) ce qui est le chemin de sa des­truc­tion pure et simple (l’homme, être social a cepen­dant des bases natu­rel­les qu’il ne peut saper sans dis­paraître) ;

      – 2/il rejette aussi sa nature his­to­ri­que humaine.

      Il sépare les deux pôles en en empêchant le fusion. Il s’agit d’une auto-décom­po­si­tion dans le retour à une nature uni­que­ment extérieure, même plus consan­guine.

      Dans la société com­mu­niste, la com­mu­nauté devient humaine, ni natu­relle (com­mu­nes pri­mi­ti­ves), ni matérielle (com­mu­nauté du Capital).

      – Elle s’est sou­mise son ori­gine elle n’est plus pri­sonnière du sol et du sang, elle a le temps comme espace, elle n’est plus indifférenciée, noyée dans les rap­ports immédiats de la nature.

      – Elle s’est sou­mise son objec­ti­va­tion : elle n’est plus pri­sonnière du tra­vail, elle n’est plus indifférenciée du mou­ve­ment même des forces pro­duc­ti­ves qu’elle s’est sou­mise quan­ti­ta­ti­ve­ment et qua­li­ta­ti­ve­ment.

      Il y a un deve­nir cons­cient. Il y a pas­sage de la préhis­toire à l’his­toire, de la nécessité à la liberté. La com­mu­nauté est en har­mo­nie, réconciliée avec elle-même et la nature. La nature ne la brise plus en l’obli­geant à pour­sui­vre le cycle infer­nal du dévelop­pe­ment uni­ver­sel, mais borné de la pro­duc­tion, afin de dépasser les limi­tes et les forces natu­rel­les. La valeur, en même temps quelle a défini­ti­ve­ment délivré l’homme des limi­tes et fixa­tions quan­ti­ta­ti­ves, a posé les bases d’une nou­velle com­mu­nauté fondée sur son abo­li­tion, nou­velle com­mu­nauté per­met­tant le retour à la nature comme à un par­te­naire amou­reux intérieur et extérieur, à la fois, en même temps qu’elle se reconnaît dans l’ensem­ble des êtres humains, sur leur base d’êtres humains, et non plus de femmes ou d’hommes, de bour­geois ou de prolétaires.

      Dans la société com­mu­niste, il y a sup­pres­sion de la divi­sion sociale du tra­vail et de la divi­sion natu­relle du tra­vail qui en est le présupposé ini­tial. La procréation devient affaire de tous, la femme est partie pre­nante de la com­mu­nauté, mais non pas à partir de sa situa­tion de pon­deuse, de “femme’’. Elle n’est plus pon­deuse. La grande divi­sion à l’intérieur des com­mu­nes pri­mi­ti­ves est désor­mais abolie. La sexua­lité peut alors, d’inhu­maine, deve­nir humaine, et n’être ni une fonc­tion ani­male grossière et indis­tincte, ni une acti­vité aliénée (réprimée et déviée, ou au contraire enva­his­sant tout afin de com­pen­ser le vide des rap­ports humains).

      – Il n’y a plus de tâches, de fonc­tions ou d’acti­vités privilégiées, qui don­ne­raient une prédomi­nance, un pou­voir par­ti­cu­lier ou une infériorité par­ti­culière (plus de hiérar­chies socia­les) comme dans la société de classe, donc la femme est réelle­ment l’égale de l’homme.

      – Il n’y a plus de fixa­tion de l’exis­tence à une tâche, une fonc­tion, une acti­vité déterminée, soit phy­sio­lo­gi­que­ment, soit socia­le­ment. On est être humain avant d’être femme ou homme, et il y a diver­si­fi­ca­tion des acti­vités, même si être femme signi­fie alors pou­voir avoir des enfants, ce n’est plus cela qui fonde l’exis­tence de la femme. Ce n’est plus une Fonction et donc une obli­ga­tion à la réaliser, ou une muti­la­tion à ne pas la réaliser, mais une capa­cité, une pos­si­bi­lité, une force.

      Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de différence entre l’homme et la femme, mais les différences concour­ront toutes égale­ment à l’unité et à l’uni­fi­ca­tion génériques et immédiates de la com­mu­nauté. « On voit com­ment l’homme riche et le besoin humain riche pren­nent la place de la richesse et de la misère de l’écono­mie poli­ti­que. L’homme riche est en même temps l’homme qui a besoin d’une tota­lité de mani­fes­ta­tions vita­les humaine. L’homme chez qui sa propre réali­sa­tion existe comme nécessité intérieure, comme besoin. Non seu­le­ment la richesse, mais aussi la pau­vreté de l’homme reçoivent — sous le socia­lisme — une signi­fi­ca­tion humaine, et par conséquent sociale. Elle est le lien passif qui fait res­sen­tir aux hommes comme un besoin la richesse la plus grande, l’autre homme. » (K. Marx, Manuscrits, éd. Soc. p. 97). Et la procréation, le désir et l’acte de faire un enfant est alors évidem­ment issu de ce besoin de l’autre homme. Marx, juste après, conclut : « La dénomi­na­tion de l’essence objec­tivée en moi, l’explo­sion sen­si­ble de mon acti­vité essen­tielle est la pas­sion qui devient par là l’acti­vité de mon être. » Procréer signi­fie par­ti­ci­per à la conti­nua­tion de la com­mu­nauté et de ses bases socia­les d’un type nou­veau, et ceci jusque dans le mode d’appa­ri­tion et de réali­sa­tion de l’acte et de ce qui l’entoure (avant, autour, après), et sera inclus dans un contrôle ration­nel, car pas­sion­nel de la perpétua­tion de l’espèce, par tous, dans leur vie immédiate elle-même. Il ne pourra plus y ravoir d’oppo­si­tion entre le désir indi­vi­duel d’avoir un enfant et les nécessités col­lec­ti­ves ; ce que désirera chacun sera force essen­tielle cor­res­pon­dant au cycle de la société/espèce. Procréer sera un mou­ve­ment inhérent à ces besoins et nécessités d’être social, et le choix sera alors issu de l’exis­tence de l’indi­vidu, immédia­te­ment social.

       

      « Ce sera l’uni­ver­sa­li­sa­tion des besoins, des capa­cités, des jouis­san­ces, des forces pro­duc­ti­ves, etc., des indi­vi­dus, uni­ver­sa­lité pro­duite dans l’échange uni­ver­sel. Ce sera la domi­na­tion plei­ne­ment développée de l’homme sur les forces natu­rel­les, sur la nature pro­pre­ment dite, aussi bien que sur sa nature à lui. Ce sera l’épanouis­se­ment entier de ses capa­cités créatri­ces, sans autre présup­po­si­tion que le cours his­to­ri­que antérieur qui fait de cette tota­lité un but en soi ; en d’autres termes, dévelop­pe­ment de toutes les forces humai­nes en tant que telles, sans qu’elles soient mesurées d’après un étalon préétabli. L’homme ne se pro­duira pas comme unilatéralité, mais comme tota­lité. »

      K. Marx, Grundrisse, t. 1, p. 450

       

      Le corps sera enfin réuni avec sa “tête”, mais sur­tout le corps indi­vi­duel sera immédia­te­ment social, humain/générique.

      Le com­mu­nisme verra des indi­vi­dus en har­mo­nie avec l’être col­lec­tif. La pro­gram­ma­tion des nais­san­ces ne se fera plus après coup, pour col­ma­ter les catas­tro­phes, elle sera liée au temps dis­po­ni­ble, au désir dis­po­ni­ble, et aux capa­cités dis­po­ni­bles des intéressés. Elle se situera dans une société où l’appro­pria­tion pri­va­tive des enfants et du temps ne muti­lera plus la femme dans ses désirs de faire des enfants, soit par leur pro­duc­tion bar­bare, soit par leur des­truc­tion tout aussi bar­bare, car ils seront humains immédia­te­ment, jusque dans leur sur­gis­se­ment dans et par la com­mu­nauté humaine, et non plus séparés des désirs des par­te­nai­res hommes.

      « Le com­mu­nisme est un plan de vie pour l’huma­nité » (Bordiga).

      L’abo­li­tion du tra­vail, c’est la pro­duc­tion et la procréation abo­lies en tant que catégories. Elles seront dis­sou­tes dans la vie humaine immédia­te­ment et his­to­ri­que­ment. La survie bio­lo­gi­que de l’espèce sera dépassée, dis­soute, dans et par l’exis­tence immédiate et his­to­ri­que de la com­mu­nauté, en elle-même, et pour elle-même.

      Les enfants du Nouveau Monde por­te­ront en eux, jusque dans leur concep­tion, la nature nou­velle du monde, sa nature enfin humaine.

      Ce ne seront plus des femel­les prolétaires “met­tant bas” des prolétaires, mais des êtres humains, en l’occur­rence des femmes accou­chant d’êtres humains. Et tout sera bou­le­versé, de la gros­sesse à l’enfan­te­ment, for­mel­le­ment, tech­ni­que­ment et au niveau du contenu.

      La repro­duc­tion de l’espèce humaine sera dis­soute dans la repro­duc­tion de la com­mu­nauté humaine, au contraire des com­mu­nes pri­mi­ti­ves où la repro­duc­tion de la com­mune n’est qu’un moyen de la repro­duc­tion de l’espèce.

       

      « Admettons que nous ayons pro­duit en tant qu’homme dans sa pro­duc­tion chacun de nous se serait dou­ble­ment affirmé lui-même et aurait affirmé l’autre. J’aurais :

      – premièrement, objec­tivé dans ma pro­duc­tion mon indi­vi­dua­lité, sa par­ti­cu­la­rité, et j’aurais donc, aussi bien joui pen­dant mon acti­vité, d’une mani­fes­ta­tion vitale indi­vi­duelle que connu, en contem­plant l’objet, la joie indi­vi­duelle de savoir que ma per­son­na­lité est une puis­sance objec­tive, per­cep­ti­ble par les sens, et en conséquence au-dessus de tout doute.

      – deuxièmement, dans ta jouis­sance ou ton usage de mon pro­duit, je joui­rais direc­te­ment de la cons­cience à la fois d’avoir satis­fait dans mon tra­vail un besoin humain et d’avoir objec­tivé l’essence de l’homme, donc d’avoir procuré l’objet qui lui conve­nait au besoin d’un autre être humain.

      – troisièmement, d’avoir été pour toi le moyen comme entre toi et le genre, d’être donc connu et res­senti par toi-même comme un complément de ton propre être et une partie néces­saire de toi-même ; donc de me savoir confirmé aussi bien dans ta pensée que dans ton amour.

      – quatrièmement, d’avoir créé dans la mani­fes­ta­tion indi­vi­duelle de la vie, la mani­fes­ta­tion de ta vie, donc d’avoir confirmé et réalisé direc­te­ment dans mon acti­vité indi­vi­duelle, mon essence vraie, mon essence humaine, mon essence sociale. »

      K. Marx (Notes sur James Hill)

      Conclusion

      Ce qui fait vivre le Capital est aussi ce qui pro­vo­quera sa mort. Si ce mode de pro­duc­tion n’existe que par la négation de l’huma­nité, à terme cette auto­no­mie par rap­port au besoin humain fait apparaître clai­re­ment son incom­pa­ti­bi­lité avec les forces pro­duc­ti­ves qu’il a développées.

      Nous sommes aujourd’hui au pre­mier acte du pro­ces­sus par lequel le Capital devient caduc (cf. la pénurie). Parce que le prolétariat — classe-en-soi — ne se repro­duit que dans la mesure où le Capital se repro­duit, la mise en veilleuse de celui-ci est aussi l’extinc­tion de cette classe en soi. Parce que l’inter­rup­tion de la repro­duc­tion élargie du Capital est aussi l’inter­rup­tion de la repro­duc­tion des moyens d’exis­tence du prolétariat, pour ne pas crever, celui-ci sera contraint de se cons­ti­tuer en classe pour soi afin d’abat­tre le Capital dans sa survie directe.

      Le prolétariat sera contraint de repro­duire son exis­tence immédiate sur des bases humai­nes, en sup­pri­mant la valeur, le sala­riat, et donc en se sup­pri­mant lui-même posi­ti­ve­ment.

      Son auto­sup­pres­sion est le pre­mier acte de trans­for­ma­tion réelle de ses condi­tions d’exis­tence que devra accom­plir le prolétariat.

      Cette auto­sup­pres­sion sera l’acte décisif concluant tous les moments cons­tam­ment retournés contre elle, où l’huma­nité tenta de deve­nir com­mu­nauté humaine, depuis l’appa­ri­tion des premières com­mu­nes. La révolu­tion com­mu­niste est la fon­da­tion d’une nou­velle espèce, le genre humain, dont l’avor­te­ment pos­si­ble si le prolétariat ne se cons­ti­tue pas en parti his­to­ri­que se lit à partir des avor­te­ments actuels.

      Le monde est gros d’un nou­veau monde.

       

      Grenoble, Paris,

      Janvier 1974.

       

      Notes

      1 – « Fos/Marseille, dévelop­pe­ment par enclave et (auto)négation de la force de tra­vail », R. Simon, B.P. 287 – 13605 Aix-en-Provence.

      2 – « La révolu­tion com­mu­niste, thèses de tra­vail », Jacques Camatte, B.P. 133 – 83170 Brignoles.

      3 – « Hellas… », R. Simon, B.P. 287 – 13605 Aix-en-Provence.

      4 – « La révolu­tion com­mu­niste en Irlande ».

      5 – Gilles Dauvé, B.P. 24 – 93 Bondy.

      6 – Le lec­teur excu­sera la colo­ra­tion indénia­ble­ment hétéroflic de cette nota­tion…

      7 – Marx se place ici dans la pers­pec­tive du dépas­se­ment du Capital. Dans la pers­pec­tive de la crise, nous dirions plutôt : “le tra­vail en excédent n’est plus pos­si­ble”.