Pour l’a-nature

février 1999, Yves Bonnardel



Aujourd'hui se développe tous azimuts une « prise de conscience écologiste », conscience des « intérêts vitaux » de la Nature, née du besoin de se préoccuper de la survie actuelle et future de l'Humanité mise en danger par le saccage systématique de l'environnement « naturel » qu'opèrent les bulldozers de l'économie. Mais ce besoin de prendre en compte son environnement n'explique en rien pourquoi l'idée de Nature a acquis une telle hégémonie dans les représentations. Car la moderne conscience écologiste n'est pas seulement la prise en compte des dangers qui guettent l'Humanité si elle persévère dans l'exploitation capitaliste du monde. Elle est aussi discours sur le monde : un discours dont le moins qu'on puisse dire est qu'il ne remet pas en cause la dichotomie Humanité-Nature. Et ce discours sur la Nature n'est en fait pas l'apanage des seuls écologistes : il est véritablement universel. Et il ne date pas d'hier. Ses racines plongent dans plus de deux millénaires d'histoire occidentale.

Qu'est-ce véritablement que la Nature ? Ou plutôt, qu'est-ce véritablement que l'idée de Nature ? Et (voilà une question brutale !), à quoi sert-elle donc ? On parle de Nature pour désigner le monde non humain sur la Terre, qu'il s'agisse de la planète tout entière (Gaïa) ou plus précisément de l'ensemble des vivants et de leur environnement proche ; on parle aussi de nature humaine, de nature animale, de la nature des choses. Lorsqu'on emploie le mot « Nature » seul, c'est généralement pour désigner le monde vivant, humanité exceptée, et pour désigner la Terre plutôt que tout l'univers (l'un n'excluant de toute façon pas l'autre).

Tout le monde (sans exclure nullement ceux qui se contre-foutent de l'écologie) définit la Nature comme ce qui existe sans qu'il y ait intervention humaine ; la Nature a toujours été définie par ce qu'elle n'est pas : purement négativement. Elle est censée n'être ni de l'ordre de l'humain ni de celui du hasard, mais ce qu'elle est effectivement reste particulièrement indéfini. En fait, ce qu'est censée être la Nature n'est pas formulable parce que ce n'est pas vraiment pensé : c'est ressenti. Mais aussi indéfinie que soit sa définition, elle reste bien suffisante pour l'usage qu'en font les humains. La Nature n'est ni hasard, ni artifice humain : c'est là l'idée première. Elle n'est pas hasard, puisqu'au contraire elle est censée faire sens : la notion de Nature désigne avant tout un Ordre, qu'elle met fantasmatiquement en scène.

La Nature, c'est l'anti-hasard

L'idée de Nature court-circuite l'idée de hasard, ou plus précisément, de chaos, de désordre, qui est pourtant la conception la plus simple qui rende compte de la réalité puisqu'elle n'implique aucunement l'existence métaphysique de forces (ou principes, ou logiques…) qui en seraient la cause. Entendons nous bien sur ce que je désigne ici par le terme de hasard1 : ce n'est pas l'indétermination ; c'est ce qui échappe à une volonté générale, ce qui n'est « chapeauté » par rien, ce qui n'est le fruit d'aucun dessein d'ensemble, n'a pas de fonction, ne répond à aucune planification. L'événement qui n'a d'autre cadre que celui qu'il crée en se réalisant, auquel aucune intention ne préexiste donc, qui n'est déterminé que par ses conditions matérielles de réalisation : par les circonstances. Cette idée de hasard fait peur, en ce qu'elle place chacun seul face au monde, arrivé là sans raisons ni missions, sans liens, sans marche à suivre : en bref, sans rapport religieux possible. Accorder une valeur aux choses nécessite dès lors un choix reconnu comme tel, indéniable : il n'y a plus de valeur donnée par Nature.

L'idée de Nature justement répond au désir des humains d'échapper à l'insignifiance : car le hasard ne signifie rien. C'est là une raison d'être de l'opposition d'un Ordre de l'humain, royaume de la liberté, du choix, de l'intention, de la volonté, à un Ordre de la Nature, règne de la nécessité et du déterminé, mais surtout, règne de la fonctionnalité. Ces deux Empires (la Nature et l'Humanité, la fonctionnalité et la liberté) se taillent leur territoire à la machette dans l'ensemble de la réalité, en prenant garde de ne laisser aucun lopin de terre en jachère, hors toute suzeraineté.

Fondamentalement, l'idée de Nature est ce qui autorise la recherche de l'essentiel, de l'authentique, de l'important : de ce qui fait sens, de ce qui fonde les valeurs, les vraies. Comme ne manque pas de le remarquer C. Rosset, un monde « froid, indifférent, aveugle, sans desseins, hasardeux, [qui] ignore toute loi et tout intérêt, est parfaitement incapable d'avaliser ou de désavouer quelque action que ce soit »2. Eh oui, un monde sans conscience serait un monde froid, mécanique, machinal : du moins c'est ainsi que les humains se le représentent, tout négativement. Toute indifférence est vécue comme hostilité, apparaît comme dissolvante.

Les humains répugnent à se sentir seuls, d'où la volonté de croire en un monde-conscience, tentative pour ne pas voir le monde des existences propres et séparées, mais pour au contraire mettre en scène la grande fraternité souterraine (« inconsciente ») des consciences, des vies, des natures qui s'interpénètrent, se fondent en une seule entité par delà la fausse apparence de la séparation : négation mystique de la séparation, donc. Il s'agit, toujours, d'un hymne à une réalité magnificente où toutes choses seraient reliées : un appel à la fusion d'amour avec un monde qui n'attendrait plus que notre ralliement, un appel à l'intégration de l'Humanité à la Nature, à sa réconciliation finale avec le monde, à son immersion-fusion avec le Grand Tout. Car le silence, le néant, le hasard, c'est l'altérité absolue : à évacuer. Bien pire, il se pourrait qu'ils ne soient pas l'altérité absolue, mais bien au contraire l'excellente image de ce que, dans notre universel mépris de nous-mêmes, nous craignons être : silence, insignifiance, néant, hasard.

Il semble bien que nous soyons terrorisés, si « l'on » (la Nature, la Société) cesse de nous donner une valeur, de nous octroyer notre place, de nous rendre utile, de nous dire qui l'on est, par l'éventualité de devoir le faire soi-même.

Retour à l'Ordre

La Nature est donc toujours conçue comme un Ordre : on parle d'harmonie naturelle, d'équilibre naturel, d'Ordre naturel, de lois naturelles… Qu'on ne précise jamais de l'harmonie de quoi il s'agit, de l'équilibre entre quoi et quoi… c'est tout naturel : la Nature, c'est l'harmonie et l'équilibre, c'est l'harmonie et l'équilibre de la Nature3. Le discours est circulaire, tautologique : en posant la Nature comme Ordre, on définit, en restant toutefois dans le pur abstrait et le vague obscur, à la fois la Nature et l'Ordre. La Nature est ordonnée, et son Ordre est… naturel ! Je ne crois pas au hasard en tant qu'aveugle entité, et je pense que notre ignorance relative faisait partie des voies mystérieuses du destin (…) car il ne peut être indifférent à la Nature, qu'on nomme celle-ci Dieu, l'Ordre, ou l'Équilibre4. Dire que la Nature est équilibrée n'a pas plus de sens que dire que notre Société est équilibrée : cela ne veut strictement rien dire de pensable5. Par contre, ça offre l'inestimable avantage de permettre de ressentir face à la Nature des sentiments de pérennité, ou de fragilité, mais surtout, de normalité.

La Nature est ordonnée, et elle s'ordonne en règnes, ces sous-ordres interdépendants que sont les règnes animal, végétal et minéral, ou encore ces sous-sous-ordres que sont les espèces vivantes. Ou bien elle s'ordonne en divers écosystèmes : ces ordres et sous-ordres sont complémentaires, leur interdépendance est nécessaire et donc harmonieuse et bonne ; là encore, le discours est circulaire. La Nature est un système où tout a donc une place définie et est comme tel fonctionnel : chaque chose et chaque être a une fonction particulière dans ce grand Tout, et n'étant vu que comme tel, n'existe donc que par et pour ce grand Tout. C'est une mécanique huilée au fonctionnement harmonieux, une mécanique complexe, sensible et souple, dont les êtres vivants comme la matière inanimée sont les rouages nécessaires et ne se voient donc accorder d'importance que par ce qui les relie à la généralité, que par leur fonction naturelle. La Nature est bien une totalité, une généralité englobante, une fantasmatique appartenance. Lorsque nos contemporains parlent de la Nature, c'est toujours de cette universelle et merveilleuse mécanique (ou de cet admirable et divin organisme), et lorsqu'ils se préoccupent de la préservation des « équilibres » écologiques, c'est du Tout qu'ils se préoccupent. Et c'est bien à des rouages que l'on pense lorsqu'on parle de complémentarité entre les différents règnes, entre espèce et biotope, entre écosystèmes : ils s'imbriquent en quelque sorte les uns dans les autres comme yin et yang. L'illusion naturaliste pourtant a été dénoncée inlassablement par des individus isolés, en vain. Spinoza par exemple était très clair : « parce que nous sont plus agréables les choses que nous pouvons imaginer aisément, nous préférons l'ordre à la confusion, comme si, en dehors de son rapport à notre imagination, l'ordre était quelque chose dans la Nature6 ».

Nietzsche non plus n'était pas en reste : « Le caractère de l'ensemble du monde est de toute éternité celui du chaos, en raison non pas de l'absence de nécessité, mais de l'absence d'ordre, d'articulation, de forme, de beauté, de sagesse et quelles que soient nos humaines catégories esthétiques. Du point de vue de notre raison, les coups malheureux constituent de loin la règle, les exceptions n'obéissent point à un but secret, et la totalité de l'horlogerie répète éternellement son mode qui jamais ne saurait mériter le nom de mélodie [… Le monde] n'est ni parfait, ni beau, ni noble, et ne veut devenir rien de tel, il n'aspire nullement à imiter l'homme ! Il n'est du tout atteint par aucun de nos jugements esthétiques ou moraux ! Il n'a pas d'avantage d'instinct de conservation et absolument pas d'impulsions : il ne connaît point de loi. Gardons-nous de déclarer qu'il y a des lois dans la nature. Il n'y a que des nécessités : là nul ne commande, nul n'obéit, nul ne transgresse7 ».

La Nature et les natures

La Nature est posée comme Ordre, c'est-à-dire depuis la mort de Dieu comme à la fois obéissant à cet Ordre et comme commandant au monde. Elle est le monde, et elle est ce qui l'ordonne, ce qui lui ordonne. Les « éléments naturels » lui obéissent, lui appartiennent, sont ses objets, et la Nature, comme totalité, est presque toujours volonté, intention, dessein : elle est en tout cas ce qui leur donne sens (elle-même trouvant sens en elle-même). Les « éléments naturels » sont fonctionnels et déterminés, et c'est la Nature comme globalité qui les détermine.

Organisme ou horlogerie, en même temps qu'âme ou horloger, la Nature explique les choses « naturelles », ces choses que nous avons rangées dans la case Nature. La Nature comme totalité donne sa nature particulière à chacun des éléments la constituant ; leur nature n'est jamais autre chose que leur (supposée) fonction en son sein. La nature des choses leur est donc immanente, mais la Nature, elle, les transcende. Les notions de Nature (au sens de Cosmos), et de nature (au sens d'essence, d'être véritable), se répondent donc l'une l'autre.

La Nature est l'ensemble, la totalité des choses qui ont la commune nature d'avoir une nature, et la nature des choses est le principe qui les fait être, qui fait qu'elles sont ce qu'elles sont et pas autre chose ; c'est le principe de leur existence ou de leur croissance. Ces représentations religieuses sont universellement admises, en premier lieu, hélas ! par des gens qui se donnent volontiers comme athées. Voilà par exemple ce qu'explique un kantien : « La nature d'une chose rend cette chose conforme à sa nature : comme principe de la réalisation des choses conformément à leur essence, elle est bien cause finale, puisque cette essence ou nature est la fin ou le but de l'activité naturelle. La nature d'une chose est la fin en fonction de laquelle cette chose se développe naturellement8 ».

Si la nature d'une chose est cause en même temps que fin de cette chose, c'est qu'elle est à la fois ce par quoi (cause), et ce pourquoi (fin) la chose est agie. Mais d'où vient ce principe ? Par quoi est-elle agie ? Et par la volonté de qui ? Pour Aristote, c'était par l'action de l'âme (pour lui, l'âme et la nature d'une chose étaient à peu près la même chose), pour les Chrétiens, par l'action de Dieu, et pour les Modernes, c'est par celle de la Nature.

L'Ensemble est ainsi censé donner sens, et réalité, et croissance, à ses parties, comme un organisme à notre regard mystique donne sens à ses différents organes, en leur délivrant une fonction et en les reliant les uns les autres. À l'inverse, ce sont les divers organes qui composent l'organisme et lui donnent sa réalité d'organisme, qui sont l'organisme. Voilà le modèle sur lequel se bâtissent les notions de Nature et de nature9. Vouloir que des principes, des volontés ou des natures soient les causes et/ou les finalités des choses, c'est vouloir prendre certains de ses sentiments — et pas n'importe lesquels — pour la réalité.

L'idée de Nature : une mystique

Clément Rosset remarque à juste titre que l'idée de Nature, non seulement est un objet religieux (elle est conçue pour donner lieu à un rapport religieux), mais, bien plus, est le substrat nécessaire à toute religion ; penser un Ordre est le préalable nécessaire à toute croyance en un Ordonnateur : « L'idée de nature, même s'il a pu lui arriver de ne s'exprimer que postérieurement à certaines idées religieuses, précède toujours nécessairement, à un niveau inconscient ou du moins inexprimé, les constructions de la religion. Les présupposés de base de l'idéologie religieuse ne sont pas autres, en effet, que des présupposés naturalistes, qui apparaissent ainsi comme le noyau de toute religion : l'invention du monde (idée de nature) précède nécessairement l'invention d'un dieu à l'origine du monde (idée religieuse)10 ».

Je préfère parler de mystique de la nature plutôt qu'immédiatement de religion, dans la mesure où la croyance ne se laisse guère formaliser : elle est omniprésente mais comme dissoute dans la vie sociale, elle est un des bruits de fond de nos existences mais n'est jamais vraiment formulée explicitement comme système que par certains « mystiques ». Ces hérauts sont la voix d'une religion qui ne ressemble pas aux religions traditionnelles parce qu'elle est, elle, parfaitement à l'image de la société moderne : une religion individuelle mais commune, commune mais non collective. Une mystique diffuse, qu'élaborent chacun dans leur alcôve intérieure les individus atomisés, et qu'ils ne célèbrent qu'individuellement, dans le secret de leur esprit — en toute laïcité. Cette religion de la Nature se porte bien : une bonne partie de la population juge les activités ou les réalisations humaines en « naturelles » (ou bonnes, ou originelles, ou authentiques…) ou artificielles (ou dégénérées, dénaturées, mauvaises…) ; si certains communient dans les associations de « protection de la Nature » (et excommunient : les médicaments, les pilules, la chimie et le béton… c'est pas naturel !), bien plus nombreux sont les croyants non pratiquants. Cette moderne religion est aussi tout bêtement celle du monde de la marchandise : qu'est-ce qui, à l'heure de se vendre, n'est pas naturel ? Les humains que chatouille insuffisamment la fibre religieuse laissent par contre la Nature se dissoudre dans une réalité qui n'a d'autre caractéristique que d'exister. Car pourquoi se représenter le monde comme un Ordre quelconque ou comme une « dynamique vitale universelle », une « volonté », Si de toute façon on ne compte pas s'y subordonner, en tirer des principes de vie ou des axiomes moraux : chercher clans la réalité une ordonnance qui délivre des signes, des directions ou des sens, des sagesses… naît d'un désir de se conformer. Que ce désir soit absent ou, plus vraisemblablement, qu'il se trouve contré par un autre plus puissant, et notre conception du monde s'en trouve allégée de beaucoup, et simplifiée d'autant. Par Nature, l'ordre règne !

La Nature en toile de fond

Il est significatif que les grandes périodes de l'histoire occidentale que Clément Rosset distingue comme ayant vu l'émergence, au sein des classes dominantes, de philosophies et de pratiques « artificialistes » (c'est-à-dire, selon sa terminologie, de visions du monde qui se passent entièrement de l'idée de Nature, et qui se réfèrent au contraire au hasard), correspondent à des époques de transitions sociales importantes. L'histoire de la philosophie occidentale a principalement connu deux de ces grandes dépressions :

la dépression présocratique, après la ruine de la représentation animiste et magique de la nature et avant la constitution du naturalisme antique par Platon et Aristote ;

la dépression précartésienne, après la ruine de l'aristotélisme et avant la reconstitution d'un naturalisme moderne par Descartes, Locke et Rousseau.

Hors ces deux périodes transitoires, l'ensemble de l'histoire de la philosophie peut être dit naturaliste. (Sans préjudice pour autant des pensées d'isolés, et par exemple, des oeuvres de Lucrèce ou de Nietzsche, marquées d'un égal coefficient d'inactualité en leur temps11.)

L'« artificialisme » présocratique s'est épanoui aux vie et ve siècles avant J. C. : il est apparu alors que les Cités grecques vivaient une crise sociale et politique par suite du développement du commerce, et il a disparu lorsque la situation sociale s'est stabilisée : les Cités s'étant dotées de lois propres se sont trouvées fermement assises sur leur prospérité économique. Dès lors pouvait et devait s'oublier le caractère hasardeux (humain, arbitraire, conventionnel) de ces lois et du monde et de la vie, au profit d'une vision du monde ordonnée.

Quant à l'« artificialisme » précartésien, il règne en Europe du xvie siècle à la seconde moitié du xviie siècle (ap. J.C.), et est lui aussi contemporain d'une évolution en profondeur des rapports sociaux : il s'agit de la naissance du capitalisme. Destruction progressive des anciens rapports sociaux et recherche de formes politiques et sociales plus adaptées. Ce n'est que lorsque ces formes seront trouvées et en voie de réalisation que naît un nouveau naturalisme, qui permet de les asseoir et d'en rendre compte, de les justifier : « Cet individu du xviiie siècle est le produit, d'une part, de la dissolution des formes sociales du féodalisme et, d'autre part, des forces productives nouvelles, surgies depuis le xvie siècle. Aux prophètes du xviiie siècle (…), il apparaît comme un idéal qui aurait existé dans le passé. Il n'est pas pour eux le résultat de l'histoire, mais son point de départ. Il n'est pas une création de l'histoire, mais une donnée naturelle, conforme à l'idée qu'ils se font de la nature humaine. Cette mystification a été le fait jusqu'ici de toutes les époques nouvelles12 ».

L'idée de Nature constitue une pièce maîtresse de l'idéologie, et tout particulièrement, des idéologies de l'Humanité qui se mettent en place conjointement à l'idée de Nature, que ce soit en Grèce à partir du IVe siècle av. J. C., ou en Europe à partir de la seconde moitié du xviie siècle ; elles posent des lois naturelles et promeuvent l'idée d'une Humanité unique dont les membres seraient égaux par (et face à) Nature. Effectivement, au cours de l'histoire occidentale, l'idée de Nature se précise et se répand toujours conjointement à celle d'Humanité, même si les contenus de l'une et de l'autre varient. Elle a été particulièrement remise à l'honneur d'abord par les acteurs de la Renaissance (conjointement aux premiers balbutiements de l'humanisme), puis par les philosophes des Lumières. Non pas que le terme de Nature n'ait pas trouvé son emploi pendant le Moyen Âge, mais Humanité et Nature n'avaient alors nulle indépendance : elles ne trouvaient pas leur sens en elles-mêmes, mais en Dieu (hors de Dieu, point de salut !). Les philosophes des Lumières ont hérité de la vision chrétienne du monde et leur principale tâche aura été de la sauvegarder dans ses grandes lignes tout en l'affranchissant de Dieu, et depuis lors cette notion de Nature n'a cessé de se développer, avec l'adhésion parallèle grandissante à cette idée d'Humanité qui règne aujourd'hui sans partage. L'affranchissement de Dieu permet à l'Humanité de prendre son essor, avec Nature à ses côtés, soit, mais sans plus personne au dessus. Natur mit uns !

Le rapport laïc des citoyens à l'État, des « sociétaires » à leur Société, des humains à leur humanité, des hommes à leur virilité, etc., est aussi, au niveau subjectif, un rapport de type religieux. Et si l'idée d'un monde ordonné est nécessaire à l'idée d'un Dieu, elle est tout autant le substrat sur lequel s'édifie l'Ordre social. Pour cela, la Nature est bien le pendant nécessaire de l'Humanité : elle est l'arrière-plan du tableau, sur le fond duquel peut s'ériger et prendre signification l'Ordre humain, qu'il s'agisse de la Société sur fond de paysage naturel, ou des idées métaphysiques de liberté13 et autres, sur fond d'idée de natures.

La société apparaît comme le monde de l'humain, monde structuré, régi par des lois (successivement, au cours de l'histoire, d'origines divine, puis naturelle, puis sociale : les « Droits de l'Homme » furent même créés sous le patronage simultané de ces trois instances, pour plus de sécurité et pour ne rien laisser au hasard !) qui ne peut guère s'établir ainsi, dans toute son ordonnance, sur du chaos. Il lui faut pouvoir se distinguer de quelque chose, que ce soit en s'y opposant ou en se donnant comme en émergeant. Il lui faut, à ce monde social, être légitimé, et, Dieu mort, par quoi d'autre que par l'ensemble du reste de la réalité ? Réalité pour ce faire préalablement conglomérée et ordonnée pour pouvoir figurer une seule et même réalité, englobable sous un concept totalisant : Monde, Cosmos ou Nature. Ce Monde doit lui-même apparaître régi par des lois universelles d'origine divine ou naturelle (dans ce dernier cas il devient lui-même son propre principe créateur, lui-même principe transcendant ou dessein universel : coïncident alors son existence et son essence, c'est la Perfection Réalisée !), mais surtout pas d'origine sociale ! Cela ruinerait l'idéologie, qui n'est telle que lorsqu'elle est un idéalisme : la croyance que les rapports sociaux sont la conséquence des Idées et des Natures. Croyance que les rapports sociaux trouvent leur origine dans des Essences des choses et des individus (dès lors justement conçus isolément)…

La Nature est perçue très différemment de la Société : personne ne se permettrait de vouloir substituer au cours naturel actuel des choses un cours autre, alors même que c'est ce qui se passe réellement et pratiquement tous les jours et qui est d'ailleurs véhémentement dénoncé comme une ingérence dans les affaires intérieures de cette autre nation qu'est la Nature, qu'il faudrait respecter14 : « Lorsqu'on intervient sur la Nature, on ne la modifie pas, on la détruit ! » Si la remise en question de la société est aujourd'hui une tradition, la Nature bénéficie par contre systématiquement d'une bonne image de marque et, incontestée, sert de ce fait de référence à la plupart des critiques sociales. La révolte contre le monde (et non seulement « la société ») apparaît bien à la plupart comme une aberration : la Nature est a priori et nécessairement « bonne » (puisqu'elle est jugée tautologiquement en fonction d'elle-même) et dès lors au nom de quoi la critiquer ? La révolte n'a plus pour eux aucun sens, parce qu'ils n'osent pas trouver un sens dans leur propre réalité, le puiser dans leur vie propre. Qu'on puisse « juger » (jauger) « Société » et « Nature » en fonction de ce qu'on vit, qu'on désacralise le monde pour le « juger » à sa propre aune, voila une éventualité à écarter : sa concrétisation sonnerait le glas de tout ordre social ordonné de l'extérieur des individus qui y prennent part — ce qui est la caractéristique première de tous les systèmes sociaux. C'est là un rôle primordial de la Nature que d'être le référentiel idéologique absolu, universel : elle permet aux humains d'extérioriser leurs révoltes ou leurs insatisfactions sans parler en leur propre nom ; n'imposant aucun sens par elle-même (et pour cause !), elle se prête merveilleusement à toutes les projections de sens.

Du fait de son opposition à l'Ordre de l'Humanité, la Nature apparaît comme l'Autre par excellence, c'est-à-dire, cet ailleurs absolu à partir duquel on peut soit fonder soit critiquer le présent sans découvrir et poser sur la table sa propre subjectivité ; et pour attaquer ce qu'on ressent confusément comme antagonique, on associe volontiers à l'idée de Nature tout ce qui ne semble pas relever de notre société ou n'en est pas perçu comme constitutif : notamment ce qui relève de formes sociales devenues obsolètes et qu'on nomme la tradition (ou encore les types de sociétés « primitives », par exemple, encore fréquemment perçues — avec tout le mépris inavoué que cela suppose — comme naturelles). Et ce d'autant plus que la tradition nous apparaît comme stable (puisque figée dans le passé) au même titre que la Nature, et que cette stabilité les oppose toutes deux au caractère évolutif de notre société. À cet égard, la candeur des vaticinations de Pline l'Ancien n'a d'égale que celle de ces modernes contempteurs de la chimie qui mettent en avant le pain au levain et la nourriture bio : « Ainsi la nature se confond-elle aisément avec ce qui est son exact contraire, le coutumier : est naturel, aux yeux de Pline, tout ce qui est conforme aux usages pratiqués dans le monde romain, artificiel tout ce qui est étranger à ces usages. La vigne produit, par exemple, des vins naturels ; mais la pomme, ou tout autre fruit, des vins « artificiels » (ficticiorum vinorum). De la même manière, seule l'huile d'olive mérite d'être appelée naturelle ; les huiles extraites d'autres sources sont artificielles (ficticium oleum)15 ».

La Nature devient bonne

Le capitalisme est « révolution permanente » des rapports sociaux, et les humains qui, non sans peines et grincements de dents, se sont adaptés durant leur enfance à un environnement social donné ne savent déjà plus, vingt ans plus tard, comment continuer à se sentir « en phase » dans un monde dont les valeurs et pratiques ont déjà changé. Ils ressentent leur société comme étrangère et hostile et se trouvent d'une certaine façon désocialisés (ou en danger de l'être) sans que cela résulte d'un choix de leur part. D'où la volonté forcenée de rester « branchés », de ne pas se laisser exclure de la marche forcée, de montrer qu'on sait s'adapter et « vivre avec son temps ». Mais, d'où, aussi, la rancoeur qui se généralise. Outre ce phénomène de rejet plus ou moins fort et contradictoire de l'adhésion à sa propre société, l'exportation mondiale du modèle technologique et du développement capitaliste de l'exploitation du monde amène la généralisation sur toute la planète d'un sentiment nouveau dans l'histoire16 : la Nature, cet Autre des sociétés humaines, est vaincue, elle est asservie, enchaînée, exploitée. Elle cesse désormais d'être une menace en tant que telle, et bien plutôt, la menace viendra de son asservissement même, des dégâts écologiques causés par l'expansion du modèle de développement occidental. Pour la première fois dans l'Histoire, pour la majorité des populations des pays dominants, la Nature n'est plus l'adversaire mais devient au contraire la victime d'une Humanité « devenue » agressive et dominatrice : c'est que la maîtrise et la domination apparaissent désormais assurées — pour les humains suffisamment riches, tout du moins. La Nature était toujours apparue de façon ambivalente : tour à tour dangereuse ou maternelle, lumineuse ou ténébreuse… Dès lors qu'elle est dominée, devenant victime, elle devient « bonne » dans l'imaginaire collectif. Et l'Humanité, autre fantasme, devient « mauvaise ». On retrouve aujourd'hui ce sentiment aux quatre coins du monde, de même qu'y règne sans partage l'idée d'Humanité. Quand bien même la majorité des humains affichent s'en ficher, la Nature leur sert tout de même de référence positive tous les jours de la semaine. Je n'ai pratiquement jamais rencontré d'humain qui ne soit capable de m'asséner, à un propos ou à un autre, mais toujours lorsqu'il y va de son intérêt, que « la Nature nous a fait comme ci ou comme ça (carnivore, ou mâle, aimant les femmes, ou intelligent, etc.), que les animaux sont faits pour ceci ou cela, que les femmes ont un instinct maternel et sont plus proches de la vie, etc. ».

De telles assertions impliquent que « la Nature » possède bien tous les attributs d'une divinité. Ce qui est nouveau, c'est son caractère unilatéralement bon : la Nature ne joue plus actuellement que le rôle de la Mère, d'une mère attentionnée qui serait non seulement dédaignée, mais violentée, piétinée au pied par ses enfants devenus fous furieux dans leur orgueil de parvenus. Je délire ? Non, ce n'est pas moi qui délire. Si encore relativement peu de gens disent vouloir se conformer à la Nature, parce que leurs intérêts vont trop nettement dans d'autres directions que celles qu'on lui prête généralement, il reste qu'infiniment minoritaires sont ceux qui, dans leur imaginaire, n'accordent pas au naturel une charge émotionnelle positive.

Naturel et artificiel ne doivent pas se mêler

C'est cette idée de la Nature comme Ensemble englobant et comme Ordre qui explique tant d'idées reçues, tant de sottises pourtant universellement dites et redites. Chaque chose dite naturelle est donc censée être à sa place, à la place qui lui est adaptée : mieux même, elle ne saurait trouver meilleure place, puisque celle-ci, en étant naturelle, est nécessairement harmonieuse. D'où il résulte que la quasi-totalité des humains savent, d'un savoir qui n'a jamais été pensé, hélas, que par exemple les animaux vivent en harmonie dans la Nature, qu'ils ne sauraient se porter mieux que dans leur milieu naturel et à l'état sauvage, qu'ils y sont heureux et n'y connaissent pas la maladie, ni ces perversions que sont censées être l'homosexualité ou la masturbation. Si néanmoins un quidam commence à évoquer des parasitoses, diverses maladies, l'effroyable mortalité des uns et des autres, leur espérance de vie limitée, le manque fréquent d'affection, la peur continuelle de la prédation ou du froid (etc., etc.), on rétorque bien vite qu'en fait c'est l'espèce qui importe, et que tout cela la fortifie : ce qui est une bonne façon de retomber sur ses pattes. Cette même idée de Nature détermine les réactions également inévitables en ce qui concerne les animaux qui ont cessés d'être à leur place, c'est-à-dire, qui ne vivent plus dans leur environnement « originel », ou qui ne mangent plus les bons aliments de l'âge d'or mais des choses industrielles. Là encore, un mauvais drôle pourrait bien réaffirmer que des chats en appartement vivent au moins deux fois plus longtemps que des chats sauvages, et sont sans doute en bien des choses moins couramment frustrés qu'eux, il y a peu de chances qu'il soit écouté : nécessairement les pauvres bêtes, puisqu'elles sont humanisées ou chosifiées, seront dénaturées et dégénérées, et cela ne saurait leur profiter.

Un autre sentiment répandu, symptomatique de la prégnance de ces deux catégories que sont la Nature et le Monde Humain, c'est l'aversion pour des espèces animales, comme ces multiples races canines (bassets…), qui ne pourraient pas survivre sans l'aide des humains : où donc est le problème, puisqu'ils bénéficient, justement, de leur aide ! Tant mieux s'ils en sont heureux ; si l'humanité disparaît, ce sera effectivement une catastrophe pour eux, mais comme sera une catastrophe pour n'importe quelle espèce la disparition de son biotope. Notamment, le problème se pose de la même manière pour les poux et d'autres parasites dont certaines espèces sont spécifiquement liées aux humains, ou pour divers virus ou bactéries. Ah, mais non, le problème n'est pas le même : ces chiens sont des créatures artificielles ! Mais il n'y a pas que les animaux, il y a aussi les molécules : certaines sont à leur place, ce sont les molécules naturelles, et d'autres ne sont pas à leur place, ce sont les molécules chimiques. Les unes sont bonnes, et les autres mauvaises.

Cela a commencé avec la nourriture, sans doute parce que manger est perçu comme un acte éminemment naturel qui nous fait retrouver le temps d'un repas le sentiment de notre — si ténue — appartenance à la Nature. Puis cela a gagné les médicaments (ah, les molécules naturelles des plantes sauvages, qui nous donnent une si douce médecine), puis la sexualité (ah, la pilule, qui n'est pas faite à base de bonnes plantes, comme l'étaient les traditionnelles potions abortives !) : tout ce qui touche au corps humain, qui est censé être (et devoir rester) naturel ! Mais ça gagne maintenant des domaines de plus en plus divers : certains rejettent dans l'ensemble et dans le détail tout ce qui est artificiel, c'est-à-dire, ce qui est non naturel, ou non traditionnel, ce qui est industriel ou chimique. Évidemment, lorsqu'un triste sire commence à discuter, il est bien difficile d'argumenter qu'une molécule chimique, parce qu'elle est « chimique » (qu'est-ce qui ne l'est pas ?) est nocive, et qu'une autre molécule de même denrée, parce qu'elle serait « naturelle », serait bonne. C'est même tout à fait impossible. Cette croyance en la Nature, et en des natures des choses, a l'appui des médias et surtout de la publicité qui entonne volontiers le refrain : « nos bons produits naturels, traditionnels, sans ajouts chimiques, faits avec amour à la main… » Ainsi, la pub pour un « régime biologique » vendu en pharmacies, nous affirme que les substances naturelles sont biologiques et vivantes, et non pas chimiques et mortes : « Certains régimes font appel à des substances chimiques ou dénaturalisées et ne font qu'amplifier les déséquilibres internes. Toute substance chimique est inconnue pour l'organisme humain qu'elle peut meurtrir. (…) le produit chimique aboutit inévitablement au foie qui doit en humaniser les parties, neutraliser ce qui est inacceptable, éliminer les résidus… et il lui faudra encore assurer l'évacuation des cellules endommagées par le contact de cet intrus ».

Il y a donc deux Mondes, deux Ordres qui se partagent la Terre, et il ne faut pas qu'ils s'interpénètrent : les vaches doivent être bien gardées, d'un coté ou de l'autre, mais pas au milieu. Parce que notre corps, notre alimentation, notre sexualité, etc. sont censés être du côté de la Nature, il faut veiller à ce qu'ils y restent. Ce qui n'empêche pas que (presque) tout le monde considère que les caractères proprement humains sont plus « élevés », ont en soi plus de valeur que les choses « naturelles ». Humain et Naturel s'opposent, mais comme le haut et le bas, l'esprit et la matière, la pensée et le corps.

Domination et pseudo-naturalité des dominés

L'idéologie occidentale marquant une opposition entre humanité et naturalité (animalité), les groupes dominants se sont toujours approprié l'humanité (l'individualité, essentiellement) au détriment des autres groupes sociaux17. L'aristocratie féodale reléguait les membres humains des classes inférieures dans une infra-humanité ; aux temps du colonialisme, de l'esclavage et du racisme (non révolus), les Blancs avaient le privilège de la civilisation et de l'humanité, et les autres encore étaient relégués dans l'animalité ; de même, les femmes, en tant que reproductrices, sont censées représenter la part de la Nature dans l'Humanité (caprices, intuition, rythmes biologiques…), etc.

Dans nos démocraties Droits-de-l'hommiennes, où tous les humains sont formellement égaux, ils sont censés avoir tous droit à l'Humanité, c'est-à-dire, à une certaine valeur accordée ipso facto à leurs intérêts (valeur qui dans certains cas est censée être absolue : caractère sacré de la vie humaine). L'Humanité qui, par le passé, a pu être aristocratique, chrétienne, blanche et, toujours, masculine, est devenue humaine — au niveau idéologique tout du moins, car cela ne change pas toujours grand chose aux multiples oppressions. En conséquence de quoi le monde reste partagé en deux camps, deux catégories mentales ô combien injustifiables, mais ô combien utiles ! Deux catégories antinomiques. L'Humanité est dynamique, consciente, individuelle, rationnelle. La Nature est cyclique, rythmique, organique, instinctive… Il devrait pourtant aller de soi que les humains sont des animaux comme d'autres, qui ont des capacités particulières comme les chouettes au regard des renards ont des capacités particulières ; que ces capacités aient donné à un certain nombre d'humains (pas à tous, loin de là !) une puissance sans égale sur tout ce qui les environne, ne leur donne pas un caractère magique : ce sont des capacités ordinaires, au même titre que celles des hiboux ou des fourmis, et ce que les humains produisent à l'aide de ces capacités est tout aussi ordinaire qu'un terrier de renard, même s'il s'agit de centrales nucléaires ; ce qui n'est évidemment pas une bonne raison pour accepter les centrales nucléaires ! Cette vision du monde qui sépare entre Humanité et Nature est irrationnelle : les humains font pleinement partie du monde, quoi qu'ils en disent, comme toute autre chose qui existe. Rien en ce monde par contre n'est naturel, ni les arbres, ni les mers, ni a fortiori les êtres sensibles. Rien n'est programmé pour être à sa place : il n'y a ni natures, ni places, ni fonctions, ni ordre ni équilibres naturels. Mais elle est aussi et surtout fonctionnelle par rapport à la domination : le groupe « Humanité » est d'abord défini selon les besoins sociaux du moment (et à l'heure actuelle il concerne donc plus ou moins l'espèce humaine toute entière), comme porteur de valeur et des bonnes valeurs, puis est défini le groupe antagonique, qui le circonscrit et le détermine de l'extérieur, et qui est « la Nature » et auquel sont rattachés les êtres exclus du groupe dominant.

Le groupe « Humanité » et le groupe « Nature » ont ainsi des propriétés opposées : ce qui appartient à l'Humanité en ressort de suite individualisé, doté d'une valeur donnée. Ce qui appartient à « la Nature » est désindividualisé, congloméré, fonctionnalisé. L'Humanité donne une valeur intrinsèque (et positive) à ce qui lui appartient, alors que « la Nature » confère à ce qui lui revient (les autres animaux, notamment) une valeur toute relative… à la valeur que l'on accorde à « la Nature ». Les animaux ne sont plus appréhendés que par leur rôle (fonction) écologique, qu'en tant que membres (ou cellules) de cet organisme qu'est censée être « la Nature ». C'est pourquoi, par exemple, la défense des espèces animales motive tant les gens, et si peu la défense des individus animaux menacés (entre autres et principalement tous ceux qui finissent dans leur assiette après avoir connu une vie infecte et une mort effroyable).

La distinction entre Humanité et Nature

Notre époque voit les humains exploiter toutes choses et tous êtres sans merci, en vue non pas d'obtenir de la joie et de l'émerveillement, mais du profit. Ce qui est nouveau, ce sont les moyens à disposition pour ce faire, et les mécanismes et raisons de cette exploitation. Même si le processus n'est pas arrivé à terme, le rapport social capitaliste a supplanté au niveau mondial les autres types de rapports sociaux, les asservissant partout à ses impératifs propres. Et, dans le même temps, ne serait-ce qu'en tendance et en discours, l'identité humaine a pris le pas sur les identités « archaïques », comme les identités ethniques, nationales ou religieuses, et sa prédominance se veut désormais absolue : notre attitude vis à vis d'autrui n'est plus censée dépendre que de son appartenance ou non à l'Humanité. S'il n'y appartient pas, tant pis, il sera assujetti, approprié. Sinon, il devra être traité civilement, en égal, et devra être, sinon aimé, du moins respecté et toléré. Si cette attitude (qui trouve son origine autant dans un principe moral que dans des sentiments qui se sont fortifiés au cours des siècles) ne règne pas pour autant en maître, elle n'en est pas moins celle qui est, et de loin, tenue pour la plus légitime par la plupart des populations.

Cela se traduit identitairement, idéologiquement et pratiquement. L'idéologie officielle — en passe d'être universellement partagée par tous les humains — veut que l'humanité soit une et indivisible (que les divisions en son sein, comme de culture, de race, de sexe, de classes soient inessentielles), et que ce qui la définit comme unité l'oppose en même temps à ce qui n'est pas elle, à l'ensemble de ce qu'elle n'est pas et ne veut pas être, la Nature. Comme depuis Darwin et le développement de la biologie, de la génétique et de l'éthologie, il est devenu particulièrement malaisé de faire de l'Humanité une création à part comme le soutenait le Zone de Texte: 124christianisme, on en est donc revenu, peu ou prou, aux propositions d'Aristote, qui voulait qu'en plus d'une âme végétale et d'une âme animale, <d'humain » ait une âme propre, proprement humaine : raisonnable essentiellement. Les humains possèdent donc un en-plus, qui les distingue radicalement, dans leur essence même, des végétaux bien sûr, mais plus précisément, des animaux : c'est généralement la raison, l'intelligence, la conscience de soi, ou encore, la liberté. On entend ainsi souvent affirmer qu'il existe, au côté des règnes minéral, végétal et animal, un règne humain18. Ce genre d'assertion toute faite correspond à un sentiment très ancré.

Humanité et Nature, ou sensibilité et insensibilité ?

La consécration continuelle de l'Humanité rend aveugle à tout ce qui la contrarie. Pourtant, « avoir conscience » de quelque chose, c'est en avoir perception (ou conception, s'il s'agit d'une perception intellectuelle). Or, ce qu'on appelle « conscience « lorsqu'on compare l'humanité aux autres espèces animales, ce n'est pas la simple perception, sensible ou intellectuelle, mais le fait de « savoir qu'on sait » (Teilhard de Chardin), qu'on présente comme une révolution ; nouveauté, certes, mais qui n'est d'abord pas propre aux seuls humains, et qui se « limite » au fait de percevoir sa propre activité consciente sur le même mode que le reste : à pouvoir la prendre elle aussi pour objet, à pouvoir la poser en objet de ses perceptions et conceptions. Toute perception sensible (de la douleur et du plaisir) est nécessairement conscience de soi, non pas certes conscience pensée, intellectuelle, mais conscience sentie. Qu'est l'apparition de la conscience intellectuelle, auprès de l'émergence de la conscience sensible au sein du phénomène de la vie ? Si nous prenons un peu de recul décent, il semble que l'histoire de notre monde est marquée par deux phénomènes révolutionnaires à tous points de vue : l'apparition de la vie, d'une forme de matière qui se développe et se reproduit, et l'apparition de la perception sensible, d'une forme de matière qui ressent. Que la matière organisée (vivante) surtout en vienne à éprouver des sensations, développe une sensibilité, non plus « externe » (le fait de réagir à un événement sans pour autant qu'il y ait sensation, conscience), mais « interne », sensible, sensuelle, voilà qui est absolument incompréhensible ! C'est bien ce mystère qui est un des plus grands problèmes auxquels sont confrontées la science et la philosophie, et non pas le en-comparaison-petit-problème de la « conscience humaine », de la conscience intellectuelle du monde (ceci dit sans nier pour autant les très remarquables conséquences qu'elle occasionne et dont la moindre n'est pas la puissance qu'elle procure à des humains).

Si l'on tient à découper le monde en deux catégories que sépare un abîme, on ferait mieux de se saisir de cette différence fondamentale entre, non pas la vie et l'inanimé, la raison humaine et la déraison (?) animale, l'Humanité et la Nature, mais la sensibilité et l'insensibilité : c'est toute la différence qu'il y a entre les choses inanimées, et les choses qui, outre qu'elles existent, existent pour soi ; entre les objets auxquels rien n'importe, comme le sont les planètes, les pierres, ou les plantes19, et ceux qui sont affectés : qui ont un ou des intérêts, pour qui tout n'est pas égal, indifférent ni indifférencié. C'est la différence (et le mystère) entre les objets et les êtres (vivants) sensibles.

Mais une telle catégorisation de l'univers en monde inerte et monde sensible, même si elle est très riche scientifiquement, philosophiquement et éthiquement, a contre elle de trop mettre l'accent sur ce qui rapproche les humains des autres animaux. L'Humanité se doit à elle-même d'apparaître aussi fondamentalement différente que possible du reste (du monde).

Retour à la distinction Humanité/Nature :

Cette différence radicale à laquelle les humains tiennent tant se pose à l'encontre des animaux en tant que représentants privilégiés de la Nature, et l'opposition se joue bien entre Humanité et Nature. L'animal apparaît aux humains comme un être frustre, brut (non travaillé), mais pourtant fini, achevé il ne pourra donc pas évoluer, se parfaire. Il est du domaine de l'achevé, du parfait en son domaine, mais ce domaine est spécifiquement celui de la détermination. « L'Homme », lui, est l'animal travaillé, social, historique, infini dans son inachèvement : il est non seulement perfectionné mais encore perfectionnable, et vit dans un environnement qu'il s'est lui-même créé et qu'il est censé définir autant qu'il le définit : la société. Société, culture, civilisation sont donc son domaine, alors que la Nature est celui de « l'Animal »20.

Les humains définissent la Nature comme cyclique, opposée en cela à une société qui se représente elle-même comme le domaine de l'irréversible linéaire (le Progrès, la Modernité) : la dynamique sociale est conçue comme avançant dans une direction particulière, dans un sens : donc comme ayant un sens, comme devant en avoir un, qu'elle produit. Ce sens est historique, il la traverse et va bien sûr de la sauvagerie, de la barbarie (l'animalité, l'archaïsme) vers la civilisation (l'Humanité, la Modernité). Si la société est évolutive linéairement, et trouve son sens actuel dans son mouvement vers sa réalisation idéale et future (une démocratie idéalement démocratique, une humanité idéalement humaine…), la Nature, lorsqu'on veut bien condescendre à se la figurer évolutive, ne l'est que cycliquement : elle change sans changer, elle reste ce qu'elle est tout en se transformant, identique à elle-même tout en s'adaptant : son sens est tout trouvé, il ne lui est pas extérieur, il réside dans son existence même. Elle est à elle-même son propre sens, sa propre justification, sa propre légitimité, son propre idéal, au même titre que Dieu, mais au titre d'un Dieu pauvre, infirme, condamné à rouler sur lui-même et à faire des cercles. C'est du moins là la conception la plus courante de la Nature, bien qu'elle ne soit évidemment pas formulée ainsi clairement par la plupart des humanistes. En fait, il y a plutôt deux courants, qui s'opposent tant par leurs sentiments que politiquement (progressistes d'un coté, et réactionnaires ou conservateurs de l'autre, si l'on veut) : l'un désire que la Nature finalement ne puisse se suffire de son seul sens et ait besoin d'un apport extérieur, et c'est alors (évidemment !) l'Humanité qui est censée être l'aboutissement téléologique de l'Évolution (on parlait autrefois de la Création). L'autre courant soutient que l'Humanité est une sorte d'épiphénomène, une sorte d'erreur de la Nature, et que le caractère prétendument cyclique de la Nature est au contraire le signe d'une plus grande perfection : c'est la position des Deep-écologistes et de nombreux autres mystiques… Mais peu importe, finalement : en effet, ce qui est commun à ces deux tendances me semble plus intéressant que ce qui les distingue.

Une notion de sens absolument insensée

Dans les deux cas est accordé un sens, c'est-à-dire à la fois une signification et une direction, à l'évolution sociale ou naturelle. Dans le langage courant, évoluer signifie généralement progresser et en donnant ainsi une connotation positive aux changements, on présuppose qu'il y a bien un sens de l'Histoire, un cheminement, une avancée. Nul doute que l'on puisse trouver une direction dans un changement, quel qu'il soit : on peut même en trouver des milliers. La direction doit être définie par un ou des critères, et il est donc idiot de la considérer en leur absence. Il y a bien, par exemple, un progrès démographique de l'Humanité, au sens où les humains sont de plus en plus nombreux. Mais il y a tout autant régression du point de vue de la place moyenne qui est du coup allouée à chacun. En occultant les critères qui servent à établir et évaluer une « direction », on l'absolutise. C'est ce qu'on fait lorsque l'on parle de façon générale d'évolution ou de progrès (ou pareillement, de régression, de dégénérescence…), lorsque l'on affirme que l'Humanité est l'aboutissement de l'histoire naturelle, qu'elle est au sommet de l'échelle des êtres, etc.

Admettons qu'une évolution (d'une société, d'un écosystème) se fait bien, par rapport à divers critères précis, dans une direction privilégiée ; l'existence de cette direction privilégiée aura-t-elle pour autant un sens, une signification ? Oui, sans doute, si ces deux mots désignent alors une explication, une détermination des enchaînements qui ont produit la situation étudiée. Mais ce n'est généralement pas ce sens qu'on leur donne alors, mais plutôt celui d'importance, de valeur. Lorsque les gens disent « ça va dans le sens de la Nature », ou « ça va dans le sens de l'Histoire », ils développent un rapport religieux à ces affirmations : « si ça va dans ce sens, il faut y aller ». L'histoire des mouvements marxistes, par exemple, montre bien l'impact émotionnel qu'avait le « sens de l'Histoire », combien il était exaltant de lutter dans le « sens du Progrès », combien comptait de savoir que l'Histoire jugerait et qu'on serait du bon côté de la balance. Cette notion de sens, de signification désigne en fait : donner des signes. Trouver un sens à l'Histoire (naturelle ou sociale), c'est trouver des indications sur comment agir en étant du bon côté de la barrière. L'Histoire, ou la Nature, ou la Société, sont de ces monstres métaphysiques personnalisés, dont on cherche l'appui parce qu'ils sont autrement plus forts que nous (même si c'est purement fantasmatique). De même, des myriades de générations ont trouvé appui en Dieu, dès lors qu'elles savaient (et elles le savaient toujours) quel sens il indiquait et ce qui départagerait chacun lors du Jugement dernier. Toujours, la religion est un art (et qui compte de véritables artistes !) de s'en remettre à la Force, à la Puissance.

On peut pourtant penser que cette notion de sens n'a de sens qu'en ce qui concerne les êtres sensibles, qui, comme je l'ai dit, ont du fait même de leur sensibilité des préférences : pour eux (et par eux) les événements prennent sens et valeur : positive par exemple selon le plaisir qu'ils procurent, négative lorsqu'ils sont causes de souffrance, inexistante si elles sont indifférentes. Lorsque l'on parle de sens à propos de catégories ou d'êtres de pensée (comme une Société, la Nature, la Raison), cela signifie non seulement qu'on les autonomise (en les faisant exister hors de soi), mais encore qu'on les personnalise, qu'on leur injecte des qualités qui sont propres aux êtres sensibles : donc, surtout, d'avoir une volonté, un dessein, que l'on puisse faire sien et suivre. Rapports religieux. Et c'est le grand effet pervers des capacités d'abstraction de la plupart des humains que de permettre de donner un sens à des idées et des êtres d'imagination, voire à des événements, en les faisant vivre d'une vie fantasmatique, mais déterminante.

Je ne crois donc pas que la Nature, ni la Société, ni l'Humanité, que rien de tout cela ait un sens. Ni non plus, évidemment, l'Évolution : il est même pour le moins piquant de voir comment on a pu lui en trouver un, alors que la théorie dite de la « sélection naturelle » est une théorie de la survivance et du changement du seul fait du hasard des circonstances.

En finir avec la pseudo-opposition Humanité versus Nature, écologie versus humanisme ?

La plupart des humanistes essayent d'opposer écologisme et humanisme. L'Humanité comme clef de voûte de la mythologie moderne pourtant ne peut faire l'économie de l'idée de Nature, et dès lors que l'Univers se départage en deux Seigneuries, n'est-il pas inévitable qu'il se trouve des partisans de l'une ou de l'autre ? S'il existe un groupe Humanité, il faut bien qu'existe un autre « groupe » pour le délimiter de l'extérieur, auquel il s'oppose et par contraste avec lequel il puisse se définir et s'évaluer. Ce groupe, ce sera l'ensemble de la réalité non humaine, « extérieure » : l'Univers, le Cosmos, le Monde, la Nature. Que serait l'Humanité sans la Nature ? Où serait sa valeur, sans comparaison possible ? Et, quel meilleur objet de comparaison que l'ensemble de la réalité non humaine, amalgamée, compactée, agglomérée pour la circonstance en une unité, en une Totalité ? L'Humanité et la Nature se définissent donc en s'opposant pas à pas : Humanité auto-déterminante, à évolution directive et linéaire, ère de la liberté, de l'individualité, de la subjectivité. Nature autodéterminée, cyclique, royaume du déterminisme et de la fonctionnalité, règne des natures et des instincts. Ce n'est justement pas la « Nature » qui a créé ainsi deux catégories de réalité qui s'opposent et se répondent ; ce sont bien les humains qui ont imaginé deux catégories idéologiques et mythologiques fondamentales.

Pour ma part, je ne crois pas en Dieu, ce n'est pas pour croire en Nature ni Humanité. Cela ne m'intéresse pas plus de chercher à être plus humain (atteindre mon essence vraie) que de chercher le naturel. Aujourd'hui, les questions éthiques ne se posent plus guère qu'en termes mystiques d'humanité et de naturalité (cf. la bioéthique). Les questions politiques commencent elles aussi à s'y référer essentiellement ; ce ne sont plus des rapports sociaux particuliers qui posent des problèmes de survie à termes, c'est par exemple l'Humanité qui agresse la Nature.

Soupir…

Malraux disait que le xxie siècle serait religieux ou ne serait pas. Il sera religieux, pour sûr, comme les précédents, au train où vont l'humanisme et le naturalisme. La question me semble plutôt : pouvons-nous espérer changer notre monde vers quelque chose de mieux en restant empêtrés dans des conceptions religieuses ? En continuant de poser les questions éthiques sur des bases mystiques et en substituant de la mythologie aux analyses politiques ?

Notes

1 – C'est le terme qu'utilise Clément Rosset, L'anti-nature, coll. « Quadrige », puf., 1986, p. 282.

2 – Rosset, op. cit., p. 306.

3 – Dans Le Guide des idées vertes et des produits verts, de Monoprix-Uniprix (1991), on lit « Un principe simple : la nature est un équilibre. » D'où suit naturellement que : « Nous voulons tous que la nature reste la nature. » Merci, Monoprix, pour ces choses simples !

4 – Alika Lindbergh, Quand les singes hurleurs se tairont, Presses de la Cité, 1976, p. 22.

5 – Daniel Botkin, Discordant Harmonies, a New Ecology for the Twenty-First Century, Oxford University Press, 1990.

6 – Spinoza, L'Ethique, appendice de la Partie I, trad. R. Misrahi, éd. puf, 1990, p. 97.

7 – Nietzsche, Le Gai savoir, extrait de l'aphorisme 109.

8 – J.-M. Muglioni, Kant, l'Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, éd. Bordas, Paris, 1988, p. 44.

9 – C'est celui dont s'est inspiré Aristote : Les parties des animaux, Livre I, trad. J.-M. Le Blond, éd. Aubier, 1992.

10 – C. Rosset, op. cit., p. 35.

11 – C. Rosset, op. cit., p. 128.

12 – Marx, Fondements de la Critique de l'Économie politique, t. I, Anthropos, 1968, p. 12.

13 – Y. Bonnardel, « Cette liberté qui nous subjugue », Temps critiques, no 8, 1995.

14 – Une publicité parmi d'autres : « Badoit : c'est la Nature qui la fait. Dans le petit village de Saint-Galmier, la nature ne s'accorde aucun caprice. C'est ici qu'elle fait jaillir l'eau de Badoit de manière constante. À Saint-Galmier la nature a ses rythmes qu'il faut savoir respecter. »

15 – C. Rosset, op. cit., p. 270. Les passages où Pline aborde ces sujets sont respectivement XIV, 19 et XV, 7 de son Histoire naturelle.

16 – Si l'on excepte Pline et quelques autres individus plus ou moins isolés…

17 – Colette Guillaumin, Sexe, Race, Pratiques du pouvoir et idée de Nature, Côté-femmes, 1992.

18 – Le biologiste G. Pasteur propose de classer l'espèce humaine, non pas seulement dans un règne à part, mais dans un super-règne, celui des Noobiontes, des êtres vivants qui pensent, à coté des procaryotes (bactéries) et des eucaryotes (plantes, animaux, champignons et protozoaires) : cf. son article « Le foisonnement du vivant », publié dans Histoire des êtres vivants : le monde animal, dir. J. Dorst, Hachette, 1985. Cité par D. Olivier, « Mélanges de genres », in la revue Cahiers antispécistes lyonnais no 2, janvier 1992.

19 – Il est très peu vraisemblable qu'elles soient sensibles, bien que l'idée d'êtres vivants insensibles choque facilement nos sentiments animistes. Cf. Yves Bonnardel, « Quelques réflexions au sujet de la sensibilité que certains attribuent aux plantes », dans les Cahiers antispécistes lyonnais, no 5, p. 34.

20 – D. Olivier critique très bien cette façon de voir les animaux comme prisonniers de leur nature, et de voir entre eux et les humaines une différence de nature, essentielle. Cf. « Luc Ferry ou le rétablissement de l'ordre : à propos du Nouvel Ordre écologique », in les Cahiers antispécistes lyonnais no 5, décembre 1992.