Les ambiguïtés de la mondialisation

mai 1998, Jacques Wajnsztejn



La mondialisation comme restructuration

La mondialisation ne représente pas un phénomène parmi d'autres. Elle est la forme actuelle prise par la restructuration du système de reproduction capitaliste. Elle ne se manifeste pas principalement par une internationalisation plus grande ; en effet, du point de vue strictement économique, la part des échanges de marchandises et de flux financiers des pays dominants n'est pas plus importante, en proportion du PIB, qu'elle ne l'était entre 1880 et 1910, période qui marque l'apogée du capitalisme libéral.

Ce qui est nouveau aujourd'hui, c'est que la mondialisation implique un dépassement des anciennes notions d e développement inégal, de croissance extensive ou intensive, de force de travail différenciée par zones1.

La vitesse des flux, la nature de ce qui circule sont forts différents des périodes précédentes et le « libéralisme » élevé en principe ou en idéologie ne fait que faciliter et donc accentuer cette circulation. Mais ce n'est pas lui qui est à la base de l'accroissement de la concurrence et de la compétition.

C'est le développement de la technoscience qui est à l'origine de très forts gains de productivité et c'est son autonomisation du procès classique de production qui conduit à une utilisation de ses gains dans un autre sens que ceux d'un accroissement absolu de production, d'une accumulation croissante de capital productif, ou d'une nouvelle extension planétaire, comme au début du siècle (impérialisme).

Alors que certains reprennent la perspective de Rosa Luxembourg sur le rapport entre crise finale du capitalisme et capitalisation totale de la planète (Gus Massiah), d'autres, plus nombreux, voient dans une mondialisation initiée par le « néo-libéralisme », une sorte de parachèvement de la domination (Marcos et sa lignée, des courants libertaires). Or, au début du siècle comme aujourd'hui, ce qui est en jeu, c'est la mise en place d'un nouveau mode de valorisation du capital, une valorisation qui maintenant, rend le travail périphérique au processus d'ensemble. Par exemple, ce n'est pas essentiellement le taux de profit qui règle les niveaux et les types de production, mais les rapports de puissance qui s'expriment lors de négociations entre États et fmn dominants. Bien sûr on pourra rétorquer que cette puissance n'est que du profit accumulé. C'est vrai pour ce qui est de l'accumulation antérieure d'une masse gigantesque de capital. Cela ne l'est plus pour expliquer les transformations actuelles et les contradictions qui en découlent :

— au niveau des grandes entreprises ; l'essentiel des coûts (environ 80%) se situe en fait en amont de la production. La production, au sens strict, s'effectue donc de plus en plus à coût constant et donc à coût unitaire décroissant. Après une période (fin des années 70-début 80) où small is beautifull (Schumacher) s'impose, Big est à nouveau à la mode et on vient de voir pourquoi. Les têtes de liste dans leur domaine se lancent dans une course à la production sur des marchés pourtant fortement saturés. La productivité devient productivisme et pour l'assurer il faut grossir sa taille. Cette course n'est pas une course au profit, c'est une course pour maintenir ses positions acquises et sa puissance de feu au cas où. Cela relève plus d'un comportement spéculatif et ludique que d'une quelconque rationalité économique.

F. Clairmont souligne que depuis la fin des années 70, l'accumulation du capital se fait essentiellement par le biais des annexions-fusions. Cela correspond plus à une expansion interne qu'à un véritable déploiement.

Dans cette situation, la seule « solution » c'est la guerre économique.

— au niveau de l'État : le financement des grandes manœuvres est assuré par l'endettement des entreprises (alors que les profits n'ont soi-disant jamais été aussi élevés) et par les subventions qui leur sont versées par les États, comme on vient encore de le voir aux États-Unis avec le rachat de Mac Donnell Douglas par Boeing, sous le patronage financier du Pentagone. Ces subventions ne représentent d'ailleurs pas des cadeaux pour les entreprises puisque ces mêmes États imposent leurs choix stratégiques aux entreprises (ainsi, c'est le Pentagone qui a décidé de la respécialisation d'activité de Douglas dans le cadre du rachat). Il n'y a donc pas d'opposition majeure entre firmes multinationales d'un pays dominant et ce même pays. Les États participent au développement de la puissance de leurs firmes et plus les firmes sont puissantes plus l'État y gagne en force et poids sur l'échiquier international2.

— au niveau des particuliers, on a un autre exemple du lien bien réel qui existe entre ce que certains appellent, avec nostalgie, « l'économie réelle » et les marchés financiers et la bulle spéculative qui s'en détacherait. En effet, aux États-Unis 40% de la population adulte (source Le Monde Diplomatique) aurait placé « son » argent en Bourse, mais la moitié de ces épargnants l'a fait dans une situation d'endettement à vie ! Il n'y a donc rien à opposer à rien. Quand un agriculteur américain continue à surproduire en s'endettant jusqu'à la 3° génération est-il dans l'économie réelle ou ailleurs ? Question idiote. Le développement d'un capital fictif de plus en plus important fait partie intégrante des nouvelles formes de valorisation. Cette valorisation repose sur la puissance du système tout entier et peut durer jusqu'à ce que cesse la confiance en ce système.

D'une manière plus générale, ce sont les États dominants et leurs firmes multinationales qui règlent la valeur sur les marchés mondiaux dans un contexte de haute volatilité des flux financiers. La différence entre valeur réellement produite et valeurs circulant sur les marchés financiers est de plus en plus marquée, de même que la différence entre surproduit physique et survaleur. Cela conduit certains à concevoir la phase actuelle du capitalisme comme purement spéculative, dans le cadre d'un « néo-libéralisme » dominant. Mais si on conçoit le processus actuel de valorisation comme tendanciellement en dehors du travail, alors on peut éviter l'impasse de ne concevoir la plus-value que comme un surproduit physique, la richesse uniquement comme une accumulation de marchandises et donc d'être ramené systématiquement à rechercher ce qui est productif et ce qui ne l'est pas dans les termes d'une loi de la valeur-travail qui ne fournit pas un cadre explicatif satisfaisant. Cela supprime aussi la pertinence de la distinction plus-value absolue/plus-value relative qui a pourtant fournit la base à une analyse marxiste du phénomène de délocalisation3.

Par contrecoup le système apparaît sans limite puisqu'il semble s'être débarrassé de toute base objective d'évaluation de la création de richesse. C'est ce qui l'amène à raisonner essentiellement en terme de coût et c'est ce qui est trompeur car on a alors l'impression que cela correspond à la nécessité qu'il aurait de toujours augmenter ses marges et donc les profits. Or en fait, s'il procède de cette façon c'est surtout parce que c'est la principale réalité tangible sur lequel il puisse s'appuyer quand les éléments fiables viennent à manquer pour évaluer une rentabilité précise : comment calculer une productivité marginale du travail (en termes néo-classiques) quand la production est de plus en plus socialisée ? Et bien on regardera le coût du travail qui représente pourtant une part de plus en plus réduite du coût total et on cherchera à le faire baisser ! ; comment évaluer la rentabilité future d'une nouvelle ligne de tgv, du tunnel sous la Manche ? Nul ne peut répondre et ce n'est d'ailleurs pas le problème. Il « faut » les construire car il n'y a plus de garde-fous (le lobby écologiste semble avoir du mal à jouer ce rôle).

Pour conclure, nous pouvons dire que dans le système de reproduction capitaliste à son stade mondial, les capitaux individuels ne peuvent plus que difficilement disposer du produit social car ils se heurtent à l'impossibilité pratique d'en assurer la valorisation à titre privé. En effet, si la valorisation est globale, elle ne prend toutefois pas la forme marxiste de l'égalisation des taux de profit. Dans ces nouvelles formes de valorisation, contrairement à tout ce que disent les libéraux mais aussi maintes positions issues de l'extrême-gauche, les États ont un grand rôle dans le processus de validation sociale comme l'indiquent les batailles autour des monnaies et des taux d'intérêt. La forme financière que prend la valorisation est l'une des formes que prend la domination actuelle. On pourrait même dire : une forme politique.

La complexité des flux et de l'imbrication entre aval et amont de la production et la production elle-même, entre économie productive et financière, consacre un procès de valorisation duquel le travail n'est plus central. La loi de la valeur-travail ne peut plus être un régulateur économique et social et le système perd de sa cohérence, ce qui le rend attentif et réactif au moindre signal qui manifesterait cette perte de cohérence (rythme d'inflation, valeurs boursières). Cela le condamne à naviguer à vue tout en allumant sans cesse des contre-feux. La rigueur monétaire est le perdant de la valorisation sans le travail. Plus les flux financiers sont important, plus la valeur se fait immatérielle, plus la monnaie doit être le gardien du temple, le dernier garde-fou.

Quand les attaques contre la « pensée unique » se font contre un aspect particulier de la politique actuelle, elle manque forcément de force puisqu'elles sont en-deçà de la maîtrise conceptuelle et fonctionnelle du système d'ensemble. C'est ainsi, par exemple, qu'on confondra dictature des marchés financiers et contraintes financières ; nécessité d'une monnaie forte, etc. Or, les marchés sont souvent à tendance spéculative alors que les contraintes sont en grandes parties régulatrices et signalent qu'en dernier ressort, la valeur ne peut s'échapper totalement de son enveloppe matérielle.

La Mondialisation comme idéologie

La Mondialisation est censée s'appuyer, partout sur l'idéologie libérale et la critique de l'intervention de l'État, mais on s'aperçoit que ce qui devrait être une critique de la « pensée unique » prend souvent pour argent comptant le discours du capital. C'est que la confusion est grande entre les notions de capital, capitalisme, libéralisme, néo-libéralisme qu'on retrouve souvent employées de façon interchangeable. À partir de là, la nature de l'État ne peut que difficilement être saisie correctement. En effet, quand on entend parler de privatisation, déréglementation, délocalisation, il s'en suit souvent une vision d'un État faible. Or la déréglementation, par exemple, n'est pas suivie de rien. Il y a bien toujours reréglementation. De même, la délocalisation s'accompagne bien souvent d'une reterritorialisation. Il n'y a pas d'opposition de principe entre mondialisation et localisation ; aux États-Unis par exemple, les banques sont devenues plus indépendantes des États, mais plus dépendantes de l'État fédéral.

L'appareil économique, loin d'être une infrastructure qui imposerait par elle-même ses déterminations et se trouverait donc au-dessus de l'État, simple superstructure (le « néo-libéralisme » est aujourd'hui « meilleur » marxiste que les marxismes !), est un organe de l'État total comme on a pu le voir avec la mise en place des grands systèmes de comptabilité nationale et de planification, avec des organismes comme le miti japonais, le Pentagone américain, l'institution edf en France, fini en Italie. L'État est le lieu de synthèse de la domination d'où partent ou convergent mouvements centripètes et centrifuges. Il n'y a donc pas de raison que l'État décline. On peut même dire que plus le système devient complexe, plus il y a de difficulté à contrôler les flux, plus il devra y avoir de médiations étatiques, nationales ou régionales pour maîtriser la situation. S'il y a déclin, il s'agit alors tout au plus du déclin d'une puissance nationale particulière dans le cadre de la nouvelle restructuration d'ensemble. L'attachement aux vieilles théories et à la primauté de la production a longtemps donné l'impression que l'Allemagne et le Japon étaient en mesure de damer le pion à la puissance étasunienne. Erreur de perspective ; la nation la plus riche et donc la plus puissante n'est pas celle qui produit le plus mais celle qui est capable d'acheter le plus4, qui est la plus apte à capter et intégrer ce qui vient du monde extérieur (Fourquet). Or aujourd'hui, il n'y a guère que les États-Unis capables de se tenir sur cette ligne de front. Les pays européens n'y arrivent pas comme le montrent aussi bien le centrage « politique » sur les questions de l'immigration que « l'exception culturelle ».

Montée des nationalismes et des réflexes protectionnistes sont des tendances qui visent à stopper la haute volatilité de la valorisation en essayant de la reterritorialiser dans un ensemble national et au sein d'un rapport capital/travail classique de la phase de développement antérieure. Cette insuffisance des analyses (y compris des nôtres) sur la mondialisation et la « globalisation » présente des dangers politiques que l'on peut percevoir dans les convergences qui se font jour entre certaines thèses du fn et celles du pcf, de la gauche du ps, de groupes gauchistes, du Monde Diplomatique. Ces positions ont pour fondement commun de désigner un ennemi extérieur (le « néo-libéralisme »), une nouvelle forme de parasitisme (la finance internationale), d'impérialisme (fmi et banque mondiale, fmn), de décadence (perte des valeurs associées au travail et à la nation). Tout cela est dénoncé au nom de ce qui serait la bonne marche ou la marche normale d'une société équilibrée, si ce n'est harmonieuse. Ces analyses conduisent, in fine, à l'idée d'une « solution » nationale autour d'un nouveau compromis entre les forces du capital et celles du travail. On ne peut qu'être étonné de voir des libertaires opter pour une sorte de défense du capitalisme industriel et reprendre la vieille antienne marxiste5 d'une croissance mondiale du prolétariat qui viendrait compenser son déclin dans les pays du centre6.

Le monde a changé, mais pas la théorie !

C'est donc le schéma du xix° siècle qui est repris, alors même que la croyance en un progressisme du capital, condition sine qua non de fonctionnement du schéma justement, n'existe plus. On va chercher dans l'exemple actuel de la Corée du Sud, qui correspond pourtant à un modèle de développement étatique datant de la période précédente (modèle particulièrement en crise aujourd'hui) ou dans la fascination vis-à-vis de la Chine une preuve de ce que le capitalisme développerait de nouvelles possibilités à son extension et à l'extension parallèle de classes ouvrières dont on pourrait attendre une reprise du flambeau. Pourtant ce que l'on voit à peu près partout, c'est que ce n'est pas sur la base d'une croissance extensive riche en emplois que ce développement se produit, mais sur la base d'une croissance intensive qui implique une production dont les conditions sont d'emblée déterminées par la productivité moyenne sur le marché mondial et donc nécessite des investissements ou l'utilisation d'une masse colossale de capital fixe. Cette forme de « développement » ne peut exister, dans ces pays dominés, que sous forme d'enclaves comme le montre Jean-Louis Rocca dans ce même numéro à propos de la Chine. Des pans entiers de territoires sont abandonnés et la nature même des oppositions à ces transformations change de visage. Si les années 80 ont vu les révoltes dans les pays dominés comme des mouvements politiques contre le néo-colonialisme (émeutes anti-fmi), les révoltes actuelles, les guerres « tribales », les ghettos gérés par les gangs rejoignent la situation des banlieues et des ghettos des pays dominants, dans ce qui ressemble à une prolétarisation sans prolétariat au sein d'un quadrillage urbain inapte à contenir l'inessentialisation de la force de travail. Les masses potentielles d'une « armée industrielle de réserve » désormais désarmée font le siège du capital sans plus passer par un travail qui leur est de toute façon refusé.

Si les pays dominés subissent les effets d'une nouvelle déstructuration sauvage, à laquelle participent grandement leurs gouvernements7, les pays dominants cherchent eux à accroître leurs avantages par un interventionnisme étatique qui rappelle les plus beaux jours de l'État commercial à l'époque du mercantilisme triomphant. Clinton, par sa politique industrielle et commerciale (cf. son rôle dans les dernières négociations au sein du gatt et dans la création de l'omc et de I'alena), le Japon dans sa politique dans la zone asiatique et son commerce agressif en Europe s'avèrent être les champions du « faites ce que je dis mais ne faîtes pas ce que je fais ». Quant aux entreprises de ces deux pays, elles ne cherchent pas tant à réduire leurs coûts (elles laissent ça aux entreprises des pays à la traîne), qu'à augmenter leur puissance de feu (cf. les déclarations récentes de R. Trotman, pdg de Ford). »

La fameuse contrainte extérieure qui pèserait sur tous les États, n'est pas comme le croît Alain Bihr8 une manifestation de la péréquation des taux de profit. En effet si on croît encore à la loi de la valeur-travail, on ne peut que supposer que cette péréquation existait déjà depuis longtemps sans que l'on ait besoin de faire intervenir la contrainte extérieure et si on n'y croît pas ou plus alors il n'y a plus de péréquation qui tienne. C'est au contraire parce que les règles de la valorisation globale échappent en partie aux agents économiques de base, qu'il n'existe plus que des signaux qui apparaissent extérieurs, comme une nécessité ou même une fatalité de la mondialisation. Au niveau d'un capital particulier, la décision économique n'est alors plus que le produit d'un pari sur l'existence d'une source de profit, qui prend la forme concrète d'un investissement calculé en fonction du meilleur indice coût/risque (Trotman à nouveau).

Universalisme et mondialisation

On ne peut qu'être frappé par le fait que ce sont souvent ceux (dans la Gauche au sens large), qui revendiquent le plus une identité culturelle, une particularité, une communauté de référence ou même une identité culturelle qui font de la critique de la mondialisation l'une des bases de leur universalisme. En effet, tout leur « concret » les poussent à développer leur particularisme alors que leur idéologie est abstraitement l'universalisme sous une de ses formes historiques : l'internationalisme. Or ce sont justement les bases historiques de cet internationalisme, en l'occurrence prolétarien, qui font aujourd'hui défaut et qui le rendaient concret : la nation révolutionnaire sur le modèle des débuts de la révolution française, l'Association Internationale des Travailleurs (ait) ensuite.

La mondialisation leur apparaît comme un mauvais universel car elle est assimilée à l'uniformisation et non au multiple qui, lui, est positivé. Pourtant, il semble bien que l'une des caractéristiques du nouveau « système-monde » (Braudel-Wallerstein) si on veut éviter l'emploi du terme galvaudé et sans signification spécifique de mondialisation, c'est de s'édifier sur la base d'un multiple qui n'est pas richesse du multiple mais zapping identitaire et culturel. Les identités marginales, plus que les autres encore, ont besoin des « branchements » de la mondialisation et participent grandement à l'avènement d'une idéologie néo-moderne. Même dans le fond de la forêt le message d'un néo-Che nous parvient grâce à Internet. La mondialisation, comme toute chose, aurait-elle aussi du bon ?

Plutôt que de chercher un nouvel universel dans l'espace des regroupements « intergalactiques » (puisqu'il n'y aurait plus d'universel concret), ne serait-il pas bon de le faire naître partout ou c'est possible, y compris dans le local et le particulier ? À condition de na pas assimiler particulier à particularité, local à localisme…

Notes

1 – Cf. le no 12 de la revue « Théorie communiste » (C. Charrier, BP 2318. Marseille CEDEX 02).

2 – Le cas de la guerre actuelle entre Fuji et Kodak est à cet égard exemplaire. Ce ne sont pas ces deux fmn mais leurs deux États (japonais et américain) qui ont porté l'affaire devant la commission d'arbitrage de l'omc.

3 – Aujourd'hui, ce sont les npi de tête qui délocalisent et les grandes fmn des pays dominants se reconcentrent sur l'Europe et les États-Unis. L'installation prochaine de Toyota à Valenciennes nous en fournit le cas le plus récent. Toutefois, cela ne veut pas dire que tout le monde gagne à la mondialisation comme ont essayé de nous le faire croire les médias puisque pendant que Toyota s'installait on apprenait le départ de Panasonic, Akai et jvc, trois autres japonais installés dans des régions « sinistrées ». Gigantesque et cette fois sinistre jeu de chaises musicales ! Seule différence entre les deux situations : la différence de traitement médiatique à l'intérieur d'un même quotidien. La première information figurait en bonne première page du journal Le Monde, la seconde était réservée aux spécialistes lecteurs du supplément Initiatives. Même dans la presse sérieuse il faut distinguer le spectaculaire de la morne réalité.

4 – Les États-Unis sont devenus les plus gros débiteurs de la planète après avoir été les plus gros créanciers.

5 – Simon Rubak, La classe ouvrière est en expansion permanente.

6 – Brochure de la F.A. de juin 96, Mondialisation du capitalisme et luttes de classes.

7 – L'actualité nous fournit sans cesse de nouveaux exemples des fausses oppositions entre l'économie, la finance, le social. On a d'abord accusé le financier Soros de pouvoir mettre n'importe quel pays à genoux en spéculant contre sa monnaie, à partir de l'exemple de la chute de la Livre sterling (1992). Depuis cette date il a redoré son blason, les mêmes ou presque le saluant comme un nouveau croisé de l'économie sociale. Mais patatras ! voici maintenant (fin 1997) le vendeur de la Malaisie et de ses forêts (Mathatir Mohamad) qui, après avoir dansé tout l'été sur les devises obtenues d'un marché des changes particulièrement favorable, se trouva l'hiver venu fort dépourvu le ringitt malais ayant chu. Que fit notre tout à coup vertueux dictateur ? Il entreprit de faire chanter Soros, redevenu du coup, méchant financier spéculateur (juif de surcroît !) qui vole l'industrieuse équipe dirigeante malaise et le peuple tout entier. Morale de la fable : être un « bon élève » du fmi et de la Banque mondiale permet de faire la différence entre bonne et mauvaise finance.

8 – acc no 84 de juin 97.