Hommage à Riccardo d’Este

octobre 1996, Temps critiques



Riccardo d'Este, traducteur en Italie de nombreux articles de la revue, auteur lui-même d'articles (no 3, no 8) venait d'entrer au comité de « Temps critiques » quand soudainement il nous a quitté.

De Classe operaia dans les années 60 à Comontismo dans les années 70, de longues années en prison, jusqu'au groupe 415 auquel il participait ces dernières années, Riccardo a incarné avec continuité et sans esbroufe une certaine conception de l'unité entre révolte et théorie critique.

Plutôt qu'un texte directement politique nous avons choisi comme dernier hommage, deux poèmes qui sont mieux à même de rendre compte de la personnalité de Riccardo.

 

« Je crèverai moi aussi comme le veut le destin
Et je ne me préoccupe pas certes de l'événement
Peut-être est-ce dû à la cirrhose ou au cancer
Vu que je bois comme je bois
Et que je fume les pires cigarettes
Jours et nuits mais sans les peurs
Dans les mémoires inscrivant les colères
Criant que le mal est en eux
Et que nous n'engloutirons plus de terreurs »

 

Goffredo Firmin
extrait de « Ancora insieme disperati sorridiamo  »
in la Mal'aria


« Enchaînés nous sommes enchaînés au cordon
d'une survie dont nous ne savons pas
si elle ressemble davantage à la vie ou à la mort ;
enchaînés nous sommes enchaînés aux autres
qui prétendent nous faire correspondre
au rôle qui nous est assigné ;
Enchaînés. Nous sommes enchaînés à nous-mêmes
dans la solitude des nuits obscures des idées
qui nous poussent à chercher n'importe quoi
(n'importe quelle maison).
Enchaînés nous sommes enchaînés
comme les prétendus fous
à leur lit de contention,
enchaînés nous sommes enchaînés comme les prisonniers
à leur cellule toujours plus démocratique,
enchaînés nous sommes enchaînés comme les fils aux pères
et les pères aux fils et les femmes aux maris
et les maris aux femmes (et les amants ?).
Enchaînés nous sommes enchaînés.
Enchaînés aux larmes quand nous pleurons,
Et quand nous jouissons, enchaînés à l'image
de la recherche
d'un plaisir peut-être illusoire.
Enchaînés nous sommes enchaînés.
Nous avons besoin de nous détacher, de nous libérer
d'une ligue pour nous désenchaîner vraiment,
non pas d'une ligue* qui nous enchaîne davantage
au rendement, à l'administration,
à la continuation.
Se désenchaîner. se désenchaîner se désenchaîner.
Petite et éphémère chose est la ligue,
grande et jusqu'à présent impérissable est
l'Administration.
Se désenchaîner c'est combattre sur tous les fronts
et s'abreuver à toutes les sources
(même au bar à trois heures du matin).
Se désenchaîner.
Avec, tatoué sur la poitrine un seul mot :
Désenchaîner.
Et bonne nuit à tout le monde
Parce que la musique commence vraiment. »

 


 

" Legati siamo dai lacci
di una soppravvivenza che non sappiamo
se assomiglia più alla vita o alla morte ;
Legati siamo legati dagli altri
che pretendono vederci come
rappresentazioni
e di essere consoni all'affidatoci ruolo.
Legati. Siamo legati da noi stessi
nella solitudine dellie notti scure di idee
che ci spingono a cercare qualsiasi cosa
(qualsiasi casa).
Legati siamo legati
come i cosiddetti matti
ai loro letti di contenzione,
Legati siamo legati corne i prigionieri
allé loro celle sempre più democratiche,
Legati siamo legati corne i figli ai padri
e i padri ai figli e le mogli ai mariti
e i mariti alle mogli (e gli amanti ?)
Legati siamo legati.
Quando piangiamo siamo legati al pianto,
quando godiamo siamo legati all'immagine
dellia ricerca
di un godimento immaginato forse illusorio.
Legati siamo legati.
Abbiamo bisogno di slegarci slegarci,
di una lega per slegarci dawero,
non di una lega che ci leghi di più
all'efficienza all'amministrazione,
alla continuazione.
Slegarci. slegarci slegarci.
Piccola e transeunte cosa è la lega,
grande e sinora imperitura
l'Amministrazione.
Slegarci è combattere sui fronti tutti
è abbeverarsi a tutte le fonti
(anche al bar allé tre di notte).
Slegarci.
Con tatuata sul petto una parola :
Slegarci.
E buona notte ai suonatori
perché si comincia a suonare davvero."

 

Goffredo Firmin

 

Milano, juillet 1993

 

Notes

 

* – Riccardo joue ici sur le double sens de lega, qui signifie « alliance » mais désigne aussi un parti politique (la Ligue du nord).