Réseau et/ou oligarchie : les voies impénétrables de la domination du capital

avril 2012, Jacques Wajnsztejn



Cet arti­cle est le fruit d’une dis­cus­sion ina­chevée entre nous sur les rap­ports entre réseaux, oli­gar­chie et système. Elle est restée ina­chevée et cet arti­cle n’est que le fruit per­son­nel d’une extra­po­la­tion. Le point de départ, ce sont des ques­tion­ne­ments.

Les réseaux exer­cent-ils une force plutôt cen­tripète ou au contraire cen­tri­fuge ? Font-ils système ou pas ? Pour le moment j’ai plutôt penché pour le non en disant d’une manière plus large que le capi­ta­lisme n’est pas un « système », mais ça reste très discuté puis­que B. Pasobrola n’hésite pas à uti­li­ser le terme1.

La notion d’oli­gar­chie2 est-elle vrai­ment incom­pa­ti­ble avec celle de réseau ? Nous avions répondu oui par l’intermédiaire de J. Guigou3. Aujourd’hui, avec le recul, cela me semble pour le moins dis­cu­ta­ble sauf à ne conce­voir le concept que dans un sens poli­ti­que res­treint car nous avons montré ailleurs qu’il y a effec­ti­ve­ment une crise des prin­ci­pes de sou­ve­rai­neté et des ins­ti­tu­tions4. Mais cette crise de sou­ve­rai­neté est celle de la forme État-nation et elle n’empêche pas le redéploie­ment de la puis­sance de l’État en dehors même des espa­ces tra­di­tion­nels de sou­ve­rai­neté5. Enfin, le capi­tal ne dépasse jamais rien, il englobe et réactive, fait coexis­ter des formes parce qu’il n’a pas de forme privilégiée sur le long terme. Sa dyna­mi­que repose jus­te­ment sur cette capa­cité, cette flui­dité, cons­tam­ment contrariée par les nécessités de l’accu­mu­la­tion.

Tout d’abord il me semble que d’un point de vue logi­que, il n’est pas cohérent d’affir­mer d’un côté que le capi­ta­lisme n’est pas un système et de l’autre de dire que les réseaux ne seraient pas autre chose que les moyens d’une puis­sance abs­traite. La mise en réseau cons­ti­tue un pro­ces­sus actionné par des forces réelles. Elles ne cor­res­pon­dent pas à l’idée d’un « capi­tal auto­mate » qui, fina­le­ment, évacue la ques­tion de la domi­na­tion et de la subor­di­na­tion. Ensuite il me semble que l’oppo­si­tion entre orga­ni­sa­tion de type oli­gar­chi­que (struc­ture ver­ti­cale) et orga­ni­sa­tion de type réticu­laire (struc­ture hori­zon­tale) n’est pas per­ti­nente parce que le réseau permet jus­te­ment de conci­lier la fixité de la hiérar­chie et la flui­dité orga­ni­que par sa noda­lité ; les nœuds cons­ti­tuant des points fixes essen­tiels car c’est là que se croi­sent les flux6. Enfin, il se trouve (et ça tombe bien !) qu’elle n’est pas en phase avec nos dévelop­pe­ments sur l’orga­ni­sa­tion en trois niveaux qui struc­ture la glo­ba­li­sa­tion/tota­li­sa­tion du capi­tal. C’est pour­tant cette orga­ni­sa­tion en trois niveaux qui permet de com­pren­dre la co-exis­tence des types de puis­sance et les obs­ta­cles à une mise en réseau totale.

Si on prend le cas de la France, on a un exem­ple éclai­rant de la modi­fi­ca­tion du com­man­de­ment capi­ta­liste. Celui-ci est orga­nisé de façon très oli­gar­chi­que comme l’illus­tre sa fri­lo­sité tra­di­tion­nelle envers la Bourse, ses « noyaux durs7 » per­met­tant de sta­bi­li­ser les gran­des entre­pri­ses repri­va­tisées en 1986, son habi­tude des par­ti­ci­pa­tions croisées ser­vant de para­vent à un ver­rouillage entre « copains » du capi­tal des gran­des entre­pri­ses loin des affron­te­ments entre grands grou­pes à coup d’OPA ou d’OPE hos­ti­les, sa sur­veillance intéressée mais le plus sou­vent bien­veillante de la part de l’État. Or deux pro­ces­sus peu­vent pour­tant chan­ger ces caractéris­ti­ques. Tout d’abord, la finan­cia­ri­sa­tion de l’écono­mie bou­le­verse cette tra­di­tion dans la mesure où le pou­voir action­na­rial extrait la propriété des entre­pri­ses de cette sorte de club de secours mutuel qui enca­drait et contrôlait le « capi­ta­lisme à la française ». Un capi­ta­lisme qui était davan­tage orienté vers la crois­sance interne que vers la crois­sance externe, vers la négocia­tion et l’alliance plus que vers le blitz de la guerre écono­mi­que. Une guerre écono­mi­que qu’active la finan­cia­ri­sa­tion car il ne s’agit plus seu­le­ment de gagner des parts de marché, mais aussi de flat­ter des inves­tis­seurs à l’humeur de plus en plus ver­sa­tile et qui peu­vent mani­fes­ter à tout moment une préférence pour la liqui­dité. Place, donc, à la « trans­pa­rence » et à la limi­ta­tion des flux inter­nes forcément plus opa­ques que les flux exter­nes de fusions-acqui­si­tions qui sont deve­nues le mode prin­ci­pal de concen­tra­tion à l’époque de la glo­ba­li­sa­tion8.

Face à ces nou­veaux défis, l’État et ses différents corps d’élite sem­blent avoir passé un accord au sommet avec le libéralisme, la glo­ba­li­sa­tion et la mon­dia­li­sa­tion, un accord duquel sont exclus les salariés et la plu­part des syn­di­cats de salariés.

Avec la finan­cia­ri­sa­tion, les entre­pri­ses sont à vendre tous les jours, en théorie évidem­ment, et il s’agit donc pour elles de se protéger. Or, com­ment pour­raient-elles mieux y par­ve­nir que par un chan­ge­ment de taille qui cor­res­pond aussi aux nécessités de la mon­dia­li­sa­tion ?

C’est à partir de la deuxième vague de pri­va­ti­sa­tion de 1993 que la donne va chan­ger avec l’explo­sion de la struc­ture oli­gar­chi­que du capi­tal français. Tout d’abord avec l’échec poli­ti­que d’un der­nier grand projet oli­go­po­lis­ti­que cher­chant à lier l’UAP, la BNP et Suez. C’est au contraire à la prise de contrôle hos­tile d’AXA sur l’UAP que l’on va assis­ter. Le patron d’AXA, A. Bébéar, l’un des rares « pro­duits » de l’indus­trie privée et non un pan­tou­flard9 issu de la fonc­tion publi­que y jouera un rôle actif. Par sa voix, nous décou­vrons alors le nou­veau dis­cours du capi­tal repro­chant à l’ancienne procédure d’alliance par par­ti­ci­pa­tions croisées deux défauts majeurs : une immo­bi­li­sa­tion inu­tile de cash et des petits arran­ge­ments entre amis en cou­lisse qui nui­sent à la trans­pa­rence de la rela­tion action­na­riale10.

Après la décision de l’État d’inter­dire la création de fonds de pen­sion français en l’absence d’une réforme du finan­ce­ment des retrai­tes allant dans le sens d’une capi­ta­li­sa­tion, l’intérêt des fonds de pen­sion anglo-saxons pour les entre­pri­ses françaises va se mani­fes­ter, à peine concur­rencée par l’acti­vité nou­velle des « Zinzins ». Dix-huit des qua­rante entre­pri­ses françaises du CAC 40 sont désor­mais détenues à plus de 50% par des inves­tis­seurs étran­gers. La place est libre pour les OPE. Les grands tra­vaux vont donc pou­voir com­men­cer qui voient la Société Générale lancer une offen­sive sur Paribas et la BNP contre-atta­quer. Parallèlement, aux États-Unis, la loi Glass-Steagal est abolie alors qu’au len­de­main de la crise des années 1930, elle cher­chait à séparer les acti­vités financières de dépôt des acti­vités d’affai­res ou spécula­ti­ves. Ce qui est à l’ordre du jour au niveau mon­dial, c’est la cons­ti­tu­tion de méga-grou­pes de la banque et de l’assu­rance per­met­tant d’uni­fier toutes les acti­vités de la finance sur le modèle américain de Citigroup.

Que peut-on conclure de tout cela ? Ces OPE des années 1990 ne cor­res­pon­dent pra­ti­que­ment à aucune stratégie écono­mi­que de syner­gie ou de baisse des coûts11, mais seu­le­ment à une aug­men­ta­tion de puis­sance de cap­tage des marchés, alors que la taille des grou­pes est déjà énorme et conduit direc­te­ment, en cas d’acci­dent au Too big to fail de 2008. Nous sommes très loin d’une ratio­na­lité écono­mi­que qui impo­se­rait sa nécessité comme une fata­lité. Il ne s’agit pas non plus d’irra­tio­na­lité : l’objec­tif prin­ci­pal n’est pas la maxi­mi­sa­tion du taux de profit, mais la lutte pour la puis­sance et la survie dans un uni­vers de guerre écono­mi­que. Cette poli­ti­que du capi­tal et plus précisément des hommes du capi­tal, les pou­voirs en place doi­vent en nier l’exis­tence puis­que, selon la théorie néo-clas­si­que, le marché est un lieu d’où le pou­voir a été chassé au profit de l’échange égal et du contrat.

La nou­velle finance dite action­na­riale est para­doxa­le­ment le sec­teur d’acti­vité qui met le plus en défaut la théorie néo-clas­si­que du marché auto-régula­teur et montre au contraire son caractère de cons­truc­tion ins­ti­tu­tion­nelle, sans parler de la prolifération des intermédiai­res qui rui­nent la fable du face-à-face entre offreurs et deman­deurs. Ce der­nier aspect est d’ailleurs d’autant plus impor­tant que le sec­teur finan­cier est orga­nisé. Or la ten­dance à la concen­tra­tion des ins­ti­tu­tions financières - qui cons­ti­tue, d’ailleurs, une entorse aux règles de la concur­rence par­faite12 - et la création des nou­veaux pro­duits finan­ciers, cor­res­pon­dent bien à une orga­ni­sa­tion nou­velle et com­plexe de la ges­tion des flux et des ris­ques.

Ce qui est remar­qua­ble, à mon sens, ce n’est pas que l’État inter­vienne ou même qu’il inter­vienne trop, mais plutôt qu’il inter­vient de façon peu cohérente. En effet, ces mêmes hauts fonc­tion­nai­res du Trésor qui orga­ni­sent les pri­va­ti­sa­tions en 1993 se met­tent à crain­dre en 1999, les prises de contrôle de Paribas par les fonds anglo-saxons. Parallèlement, D. Strauss-Kahn, minis­tre de l’écono­mie et des finan­ces en 1997, s’oppose à la vente du Crédit indus­triel et com­mer­cial (CIC) à des étran­gers et un autre minis­tre assi­mi­lera les gran­des ban­ques de dépôt à un sec­teur de la défense natio­nale ! Les « élites » seraient-elles donc à la fois mon­dia­lis­tes et sou­ve­rai­nis­tes ? Nous ver­rons plus loin que cette incohérence n’en est pas vrai­ment une car elle est la mani­fes­ta­tion une tran­si­tion entre orga­ni­sa­tion oli­gar­chi­que et orga­ni­sa­tion réticu­laire.

Le second pro­ces­sus à l’œuvre est celui de la mon­dia­li­sa­tion qui a ten­dance à brouiller la per­cep­tion des rap­ports sociaux et des rap­ports de pou­voir. S’impo­se­rait ainsi pro­gres­si­ve­ment une vision désin­carnée du pou­voir, un capi­ta­lisme col­lec­tif sans visage13. De la même façon, les dis­cours anti-mon­dia­lis­tes de l’extrême droite comme les dis­cours alter­mon­dia­lis­tes de gauche confor­tent l’idée d’un capi­ta­lisme de plus en plus abs­trait et cos­mo­po­lite, quitte à voir derrière cette abs­trac­tion la main invi­si­ble d’une force du mal, qu’elle soit celle de la « banque juive » ou celle de l’impéria­lisme américain. Dans tous les cas, la figure de l’État dis­paraîtrait sous les coups de l’inter­na­tio­na­li­sa­tion ou plutôt de la trans­na­tio­na­li­sa­tion.

Qu’en est-il exac­te­ment ? Si l’on se fie aux enquêtes du numéro de la revue Actes de la recher­che en scien­ces socia­les sur le pou­voir écono­mi­que (jan­vier 2012), l’ancrage natio­nal de ce pou­voir reste fort aussi bien à tra­vers la for­ma­tion sco­laire et uni­ver­si­taire, que par le poids de la repro­duc­tion fami­liale ou encore par l’aspect natio­nal que revêtent les modèles de carrière. Néanmoins, le poids de plus en plus impor­tant de la frac­tion financière des élites dans le pro­ces­sus de glo­ba­li­sa­tion ren­for­ce­rait pro­gres­si­ve­ment l’aspect trans­na­tio­nal au détri­ment de l’aspect natio­nal. La France cons­ti­tue­rait à cet égard une sorte d’excep­tion, et cela à double titre : tout d’abord par la forte présence d’anciens ins­pec­teurs des finan­ces et du Trésor dans ce sec­teur ; ensuite parce que la place des « patrons d’État » se ren­force au sein des entre­pri­ses du CAC 40 par le biais du « pan­tou­flage14 ».

Il convient de rela­ti­vi­ser l’impor­tance actuelle du capi­ta­lisme patri­mo­nial qui, selon les médias et même les écono­mis­tes, triom­phe­rait par­tout, puisqu’il ne comp­te­rait plus que pour 18% contre 45% en 1985 au sein du CAC 40. Il est vrai que c’est la struc­ture patri­mo­niale elle-même qui s’est trans­formée dans un sens de plus en plus action­na­rial, Peugeot-SA fai­sant encore figure d’excep­tion15.

Il faut sou­li­gner le rôle de l’État dans ces trans­for­ma­tions car c’est à partir de la haute fonc­tion publi­que que se réalise le redéploie­ment de l’État-nation vers des formes réticu­lai­res. C’est, en effet, cette haute fonc­tion publi­que qui orga­nise elle-même la dérégula­tion et par­ti­cipe aux nou­vel­les com­bi­na­toi­res par le biais d’un « pan­tou­flage » qui serait encore plus présent aujourd’hui pour les jeunes PDG que pour les plus anciens16. Cela montre encore la capa­cité de l’État français à se redéployer à tra­vers la culture com­mune de ses élites et expli­que l’appa­rente incohérence des décisions signalées plus haut.

Ce lien entre struc­tu­res de type oli­gar­chi­ques main­te­nues et dévelop­pe­ment de struc­tu­res réticu­lai­res nou­vel­les est d’autant plus fort que la concen­tra­tion des entre­pri­ses est impor­tante. Il n’en est pas de même pour les PME qui subis­sent sou­vent de plein fouet la mon­dia­li­sa­tion. Elles doi­vent uti­li­ser des canaux nou­veaux pour l’expor­ta­tion, canaux qu’elles ne contrôlent pas puisqu’elles sont obligées de s’en remet­tre à des exper­ti­ses extérieu­res. Cela décons­truit bien évidem­ment les liens entre le négoce de proxi­mité et les dynas­ties de nota­bles poli­ti­ques qui enca­draient les marchés tra­di­tion­nels17.

Ainsi, les ten­dan­ces oli­gar­chi­ques per­sis­tent parce que, dans sa glo­ba­li­sa­tion/mon­dia­li­sa­tion, le capi­tal mis en réseau revi­site toutes les formes de domi­na­tion de la même façon qu’il revi­site toutes les formes his­to­ri­ques du capi­tal, comme je pense l’avoir montré dans Après la révolu­tion du capi­tal et Crise financière et capi­tal fictif.

Les ten­dan­ces oli­gar­chi­ques resur­gis­sent de deux côtés à la fois. À un bout, dans les pays de tra­di­tion démocra­ti­que ancienne, la crise de légiti­mité des partis et du dis­cours poli­ti­que et idéolo­gi­que en général, génère une crise des ins­ti­tu­tions qui per­dent leur caractère public attaché à un contrat social quoiqu’on puisse penser de celui-ci par ailleurs18. En conséquence, le vieux clientélisme bat à nou­veau son plein, comme d’ailleurs la cor­rup­tion avec une suc­ces­sion pres­que inin­ter­rom­pue de scan­da­les, ce qui conduit au dévelop­pe­ment de l’indifféren­tisme poli­ti­que et au « tous pour­ris » du popu­lisme19. Toujours du même côté et au niveau 1 du procès de domi­na­tion, la cap­ta­tion de richesse effectuée par les puis­san­ces domi­nan­tes (via les nou­vel­les tech­no­lo­gies et les flux finan­ciers) n’est pas incom­pa­ti­ble avec la per­sis­tance de ten­dan­ces oli­gar­chi­ques qui se mani­fes­tent à tra­vers les clubs de Davos ou de Bâle20, des réunions inter­mi­nistériel­les ou présiden­tiel­les comme le montre la stratégie « mer­ko­ziste » pour sortir l’Europe de la crise ou encore direc­te­ment dans un mode de gou­ver­ne­ment comme on vient de le voir avec la mise en faillite de l’Islande par l’action conjointe de son pre­mier minis­tre et du direc­teur de la Banque cen­trale ; et au Japon21 où la ges­tion cala­mi­teuse de la catas­tro­phe nucléaire s’expli­que par l’opacité du système poli­ti­que et sa col­lu­sion avec l’appa­reil indus­triel et nucléaire.

À l’autre bout, l’aire musul­mane et la Russie s’affir­ment comme les pays de l’acca­pa­re­ment de la rente moderne et les oli­gar­ques russes issus direc­te­ment de l’ancienne bureau­cra­tie soviétique (comme d’ailleurs cer­tains en Chine) déploient un mélange com­plexe de dévelop­pe­ment sau­vage du capi­tal et d’obs­ta­cles à son plein dévelop­pe­ment. Quel que soit son rap­port ori­gi­nel à la moder­nité, cette aire par­ti­cipe plei­ne­ment à la glo­ba­li­sa­tion en cours par son actua­li­sa­tion des formes rentières et la cir­cu­la­tion de masses impor­tan­tes de capi­taux vers le reste du monde. La grande différence avec l’époque des pétro­dol­lars des années 70, c’est que ces capi­taux ne sont plus essen­tiel­le­ment des capi­taux « flot­tants » venant ali­men­ter la masse de capi­tal fictif, mais qu’ils s’inves­tis­sent de plus en plus en tant que fonds sou­ve­rains pour assu­rer l’avenir et la puis­sance du pays d’ori­gine (achat de terre pour la pro­duc­tion agri­cole ou l’accès aux matières premières).

Ce que nous avons décrit comme une perpétua­tion de l’ancrage natio­nal reste très fort, sur­tout dans le niveau 2 et même au niveau 1 car dans l’espace mon­dial la compétition inter­na­tio­nale ne par­vient pas tota­le­ment à élimi­ner cet ancrage. Mais la prépondérance du niveau 1 conduit aussi à inter­na­tio­na­li­ser ou trans­na­tio­na­li­ser les ancien­nes élites natio­na­les au niveau des gran­des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­na­les que sont le FMI, la Banque mon­diale, les clubs de Bâle ou de Davos etc. Les nomi­na­tions de D. Strauss-Kahn et C. Lagarde à la tête de telles ins­ti­tu­tions ou celle de J. Attali à la tête de la Banque européenne de recons­truc­tion et de dévelop­pe­ment (BERD) au len­de­main de l’effon­dre­ment du bloc soviétique nous en four­nis­sent des exem­ples. Si donc la mon­dia­li­sa­tion en réseau n’est pas incom­pa­ti­ble avec des ten­dan­ces oli­gar­chi­ques, on est tout de même frappé par le manque d’homogénéité de cette catégorie où se mêlent des par­ve­nus de la poli­ti­que, des tech­no­cra­tes, des affai­ris­tes, des ban­quiers, des entre­pre­neurs, des anciens chefs syn­di­ca­lis­tes passés dans les cabi­nets d’experts comme Nicole Notat.

Traditionnellement, l’homogénéité des élites for­mait la base des ten­dan­ces oli­gar­chi­ques et la City lon­do­nienne, avant la dérégula­tion, répon­dait vrai­ment à ce caractère de club fermé22. L’his­toire du finan­cier Georges Soros est exem­plaire d’un pas­sage de témoin entre une orga­ni­sa­tion à prédomi­nance oli­gar­chi­que et une orga­ni­sa­tion à prédomi­nance réticu­laire. Il faut dire que les nou­veaux sec­teurs de la mon­dia­li­sa­tion (finance, télécom­mu­ni­ca­tions, infor­ma­ti­que) sont plus adaptés à cette dernière que les premières qui repo­saient sur la banque, le pétrole et l’indus­trie lourde. Les réseaux de Soros se pro­po­sent d’ailleurs de dévelop­per au maxi­mum une cir­cu­la­tion des élites non pas autour de l’idéologie de l’écono­mie pure et de l’ultra-libéralisme des marchés, mais d’un retour aux stratégies étati­ques à partir du moment où elles n’ont pas pour base le natio­na­lisme ou l’impéria­lisme, mais les nou­vel­les valeurs de cette inter­na­tio­nale des réseaux : la bonne gou­ver­nance, le dévelop­pe­ment dura­ble, les droits de l’homme, le progrès tech­no­lo­gi­que. Un autre exem­ple de ce pas­sage de témoin nous est donné par le nou­veau rôle d’ONG qui se pro­fes­sion­na­li­sent et qui ten­dent à sup­plan­ter les ancien­nes fon­da­tions phi­lan­thro­pi­ques d’ori­gine oli­gar­chi­que (Carnegie, Rockefeller, Ford) à tra­vers des stratégies plus imbriquées dans le jeu des ins­ti­tu­tions natio­na­les ou inter­na­tio­na­les. Une de ces ONG (Transparence International) a pris beau­coup d’impor­tance dans la pro­mo­tion d’une autre des valeurs fon­da­men­ta­les de cette inter­na­tio­nale des réseaux, la trans­pa­rence. Créée à Berlin peu après la chute du mur par un ancien haut fonc­tion­naire de la Banque mon­diale, elle pro­fite de ses réseaux américains dans les campus et les fon­da­tions ainsi que de ses liens avec des grands avo­cats d’affai­res s’acti­vant au sein des nou­vel­les régle­men­ta­tions du droit inter­na­tio­nal pour faire avan­cer une lutte anti-cor­rup­tion, non seu­le­ment au niveau des États (c’est ce que prône pru­dem­ment la Banque mon­diale), mais aussi des firmes23. C’est que cette ONG s’ins­crit aussi bien dans le champ des États que dans celui du marché et du privé. Par exem­ple, les rap­ports se mul­ti­plient entre sa direc­tion française et la Caisse des Dépôts et Consignations, l’opérateur finan­cier de l’État qui lui-même diver­si­fie son acti­vité en inves­tis­sant main­te­nant dans le privé.

Au-delà de TI, la lutte contre les contrefaçons, la concus­sion, le gas­pillage d’argent devient une préoccu­pa­tion d’ensem­ble et par exem­ple les FMN françaises par­ti­ci­pent à cette mora­li­sa­tion à tra­vers un savoir-faire de leurs diri­geants acquis dans une acti­vité antérieure au ser­vice de l’État, et aussi à tra­vers l’ENA et ses réseaux. La Lyonnaise des Eaux et la Générale des Eaux (deve­nue Vivendi) sont par exem­ple emblémati­ques des réseaux d’influence tissés à l’ombre de l’État. La vertu publi­que se pri­va­tise à tra­vers une reconver­sion des anciens patrons d’État ou de grands ser­vi­teurs de l’État dans la magis­tra­ture ou même la police24.

Ce nou­veau modèle basé sur des savoirs d’État stan­dar­disés brouille les dis­tinc­tions entre élites publi­ques et privées. Le lien ne se fait plus arti­fi­ciel­le­ment par le para­chu­tage que cons­ti­tuait la pra­ti­que oli­gar­chi­que du « pan­tou­flage », mais sur la base de l’inter­chan­gea­bi­lité de ten­dance réticu­laire. Toutefois cette voie met du temps à s’impo­ser et doit s’appuyer sur des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­na­les : Banque mon­diale sur­tout, mais FMI aussi, de gran­des ONG et un per­son­nel poli­ti­que capa­bles de pro­mou­voir de nou­vel­les règles de sta­bi­li­sa­tion de la glo­ba­li­sa­tion financière et la création de nou­vel­les ins­ti­tu­tions met­tant fin au Washington consen­sus25. C’est sur cette base et sur celle-là seu­le­ment que Soros cri­ti­que la mon­dia­li­sa­tion actuelle.

N’est-ce pas d’ailleurs ce manque d’homogénéité du pou­voir qui fait que les « indignés » et autres « résis­tants » ont du mal à dépasser une simple cri­ti­que des excès du capi­ta­lisme qui sem­blent de la res­pon­sa­bi­lité d’une petite partie de ce 1% qui donne l’impres­sion d’être en charge de les assu­mer ou d’y par­ti­ci­per à tra­vers l’adhésion à des poli­ti­ques ultra-libérales et auto­ri­tai­res ? L’exi­gence d’une « démocra­tie réelle » atteint alors ses limi­tes quand celle-ci ne trouve comme pro­gramme alter­na­tif que celui du CNR de la Libération, pour ce qui est de la France, en négli­geant à quel point la révolu­tion du capi­tal a trans­formé les rap­ports sociaux. À quel point, dans la société capi­ta­lisée, les indi­vi­dus ten­dent à se retrou­ver comme immédia­te­ment sociaux sans les média­tions tra­di­tion­nel­les.

La fixa­tion d’une partie de la cri­ti­que des « indignés », mais aussi de l’extrême gauche sur le déter­mi­nisme écono­mi­que et le pou­voir démesuré de la finance plutôt que sur la crise du tra­vail et des ins­ti­tu­tions démocra­ti­ques ne leur permet pas de com­pren­dre les jeux de la puis­sance ni même les jeux tout court26 dans la société capi­ta­lisée. La ten­dance oli­gar­chi­que n’apparaît pas à leurs yeux comme l’une des formes de la résur­gence de la poli­ti­que (la fameuse gou­ver­nance introu­va­ble) et de la prise de décision en dehors de toute légiti­mité poli­ti­que tra­di­tion­nelle (voir le nou­veau rôle des experts dans les décisions de portée inter­na­tio­nale ou même natio­nale), mais comme une scorie à enle­ver pour retrou­ver de vrais partis, de vrais patrons, de vrais chefs syn­di­caux, le bon vieux temps quoi !

En elle-même, la notion d’oli­gar­chie est donc datée, même si on peut admet­tre des résur­gen­ces ou des per­sis­tan­ces. Elle représente aussi une solu­tion de faci­lité pour une cri­ti­que immédiate anti-capi­ta­liste qui mêle allègre­ment extrême droite et extrême gauche dans la dénon­cia­tion de la finance27, des tra­ders, des diri­geants écono­mi­ques aux salai­res dopés et aux para­chu­tes dorés.

Il serait peut-être bon de la compléter par la notion de « racket » (cli­ques poli­ti­ques et affai­ris­tes comme la « bande du Fouquet’s », mafias, bandes de gang­sters recyclés) développée par Horkheimer dans ses Notes cri­ti­ques sur le temps présent (éd. Payot, 1993, p. 251).

Ces formes de racket érigent des intérêts privés en intérêts généraux. Elles se moquent de la loi et de son contenu uni­ver­sa­liste car elles prônent les par­ti­cu­la­ris­mes et la « loyauté » de ceux qui sont acceptés dans le groupe duquel ils reçoivent pro­tec­tion. Elles col­lent donc par­fai­te­ment à la ten­dance à l’auto­no­mi­sa­tion des ins­ti­tu­tions, à la dis­so­lu­tion de la Loi uni­ver­sa­liste au profit de lois et régle­men­ta­tions par­tiel­les et contin­gen­tes qui don­nent l’impres­sion que seules des mino­rités d’indi­vi­dus riches, puis­sants ou « média­ti­ques » ont les faveurs du pou­voir. Le problème, c’est que cette première ten­dance est typi­que de l’avènement de la forme État-réseau (diver­sité, mul­ti­cultu­ra­lisme, flui­dité des valeurs) alors que la seconde signale une dérive oli­gar­chi­que de la forme État-nation (cla­nisme et cote­ries).

Devant un tel écla­te­ment des références, toute com­mu­nauté semble impos­si­ble, qu’elle soit natio­nale, prolétarienne ou humaine ; ne reste qu’un popu­lisme crispé sur ce qui lui apparaît comme les « vraies valeurs ».

 

Notes

1 – Cf. dans ce même numéro l’arti­cle de B. Pasobrola : « Systèmes flui­di­ques et société connexion­niste ».

2 – Oligarchie : groupe res­treint à fonc­tion­ne­ment opaque et cen­tra­lisé, même s’il est capa­ble d’action­ner des formes réticu­lai­res ancien­nes de type clientéliste ou népotiste.

3 – Cf. J. Guigou « Vers une domi­na­tion non systémique ? » Temps cri­ti­ques, no 14, hiver 2006, p. 111-114. Disponible sur le site de la revue. Il y cri­ti­que les notions de bureau­cra­tie et d’oli­gar­chie chez C. Castoriadis. Pour ce der­nier, l’oli­gar­chie est composée d’une caste de diri­geants, per­son­nel poli­ti­que d’un côté, mana­gers de l’autre qui se dis­tin­gue clai­re­ment de la figure du bour­geois-propriétaire, mais Castoriadis lui-même reconnaît en 1973 dans l’intro­duc­tion à La société bureau­cra­ti­que (éd. UGE, coll. 10/18) que la divi­sion diri­geants/dirigés se com­plexi­fie au sein d’une pyra­mide sociale dans laquelle il y a de moins en moins de fonc­tions pures.
URL : http://temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php?arti­cle159

4 – C’est la concep­tion de G. Fargette dans sa revue Le crépus­cule du XXème siècle qui définit l’oli­gar­chie comme une situa­tion où il y a rup­ture de toute récipro­cité entre gou­ver­nants et gou­vernés. Pourtant le clientélisme poussé à son maxi­mum par des poli­ti­ciens comme Berlusconi et Sarkozy et les poli­ti­ques sécuri­tai­res actuel­les sont bien des expres­sions de cette récipro­cité qui passe sou­vent par la demande de plus d’État. Le dévelop­pe­ment du care et d’asso­cia­tions comme les res­tau­rants du cœur et diver­ses ONG et aussi d’actions mili­tan­tes mais citoyen­nes au sein d’asso­cia­tions comme Act up et Attac rela­ti­vise gran­de­ment cette oppo­si­tion entre gou­ver­nants et gou­vernés.

5 – La crise actuelle de la zone euro semble nous en four­nir un exem­ple.

6 – Ce point tech­ni­que a une forte impor­tance poli­ti­que quant à des stratégies de blo­cage des flux (cf. notre édito­rial sur les luttes). On peut se repor­ter aussi à la note 48 de l’arti­cle de B. Pasobrola sur le flui­disme pour voir com­ment la logi­que réticu­laire évalue les acteurs les plus impor­tants soit par des mesu­res de cen­tra­lité soit par des mesu­res de pres­tige.

7 – Ils sont cons­titué par les inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels (« zin­zins » dans le dis­cours spécialisé) que sont les gran­des ban­ques de dépôts et les gran­des com­pa­gnies d’assu­ran­ces. L’État leur a assuré un prix d’action préféren­tiel d’entrée au capi­tal des entre­pri­ses pri­va­tisées contre la res­pon­sa­bi­lité d’y rester un temps suf­fi­sant pour assu­rer la sta­bi­lité des nou­veaux grou­pes et leur sécurité face à d’éven­tuel­les OPA enne­mies venues de l’étran­ger. D’où le nom de « noyaux durs » utilisé par Balladur qui a mené l’opération.

8 – La forme des par­ti­ci­pa­tions croisées n’est tou­te­fois pas condamnée comme le montre l’entente Nissan-Renault, mais il est évident que cette dernière n’est pas une alliance entre amis, mais cor­res­pond à une recher­che de syner­gie dans un sec­teur aux frais fixes et de recher­che forts impor­tants.

9 – Le président de la Société Générale (SG), D. Bouton en représente un bon spe­ci­men fonc­tion­nant sur la récipro­cité oli­gar­chi­que et le modèle du club aux affi­nités socia­les et poli­ti­ques très marquées. À l’inverse Bébéar est salué par les grands jour­naux américains comme l’homme clé de la gou­ver­nance d’entre­prise en France. Son but consiste à asseoir la puis­sance de son groupe d’assu­rance contre son rival alle­mand en Europe Allianz, en pas­sant accord avec la nou­velle entité domi­nante que devien­drait BNP-Paribas. L’intérêt de l’action­naire, il s’en moque !

10 – C’est d’autant plus vrai que ces croi­se­ments se répètent et s’entre­croi­sent de telle façon que toutes les opérations en devien­nent opa­ques et qu’on ne sait plus qui contrôle quoi.

11 – Cf. Laurence Scialom, Écono­mie ban­caire, coll. « Repères », éd. La Décou­verte, 1999. Plusieurs cabi­nets de conseils vont en tirer les conclu­sions que plus de la moitié des opérations dans ce sec­teur en Europe vont se ter­mi­ner par une des­truc­tion de valeur. Cf. aussi F. Lordon : La poli­ti­que du capi­tal, éd. O. Jacob, 2002 qui ana­lyse en détail cette poli­ti­que du capi­tal à tra­vers la bataille de la SG et de la BNP afin de pren­dre le contrôle de Paribas. Il y montre bien, à partir d’une référence théorique spi­no­ziste sur la puis­sance, que la poli­ti­que du capi­tal « est un jeu de désirs en concur­rence, de puis­san­ces en quête d’accrois­se­ment » (p. 100). Lordon signale aussi le rôle inat­tendu de la fédération finance de la CGT qui appuiera toutes ces ten­ta­ti­ves de concen­tra­tion de la banque y com­pris avec des accents d’inter­na­tio­na­lisme si ce n’est prolétarien, du moins patro­nal et européen (op. cit., p. 187-190).

12 – C’est aussi ce der­nier aspect qui fait dire aux ultras-libéraux que s’il y a crise, c’est parce que le marché est orga­nisé de façon exogène ; sous-entendu, l’État inter­vient encore trop, par exem­ple en ren­flouant des ban­ques en dif­fi­culté.

13 – Cf. La récente décla­ra­tion du can­di­dat à la présiden­tielle F. Hollande sur « la finance sans visage ».

14 – Un pan­tou­flage qui n’est plus une spécifi­cité française puisqu’il se développe aux États-Unis entre mem­bres de la finance et admi­nis­tra­tion (dépar­te­ment du Trésor, com­mis­sion des finan­ces du Sénat).

15 – Mais pour com­bien de temps, on peut se le deman­der quand on voit l’entrée de GM à son capi­tal (mars 2012) qui annule la poli­ti­que de rachat d’actions menée au début des années 2000 par la famille Peugeot.

16 – Cf. Mickaël Hartmann : « Internationalisation et spécifi­cités natio­na­les des élites écono­mi­ques », Actes...no 190, 2011, (op. cit.). Rappelons que le « pan­tou­flage » consiste à passer du sec­teur public au sec­teur privé et inver­se­ment avec un fort effet de caste pour les per­son­nes concernées. En France, la domi­nance des gran­des écoles sur l’Université ren­force ce caractère d’entre soi.

17 – Anne Catherine Wagner, dans l’arti­cle « Les clas­ses domi­nan­tes à l’épreuve de la mon­dia­li­sa­tion », Actes de la recher­che no 190, 2011, (op. cit.) donne comme exem­ple les trans­for­ma­tions du marché du Cognac. C’est aussi le cas pour les PME de la Silicon Valley dont plus de 50% des salariés seraient d’ori­gine non américai­nes (cf. Yves Dezalay : « Les cour­tiers de l’inter­na­tio­nal », Actes de la recher­che..., no 151-152, 2004.)

18 – Historiquement les ten­dan­ces oli­gar­chi­ques au sein des pays démocra­ti­ques domi­nent dans les phases de recul de l’inter­ven­tion de l’État (comme en Europe dans les années 20) ou d’absence même de cette inter­ven­tion (période du capi­ta­lisme sau­vage aux États-Unis). On retrouve cela à partir des années 80 (Thatcher-Reagan) et en France-Italie depuis Sarkozy-Berlusconi qui s’appuient il est vrai sur une longue tra­di­tion natio­nale : les réseaux gaul­lis­tes d’abord, la clique mit­ter­ran­dienne ensuite, la cour chi­ra­quienne pour la France ; les réseaux de la démocra­tie chrétienne (DC), de la mafia et à un autre niveau du PCI en Italie).

19 – Cette veine clientéliste réactivée peut être complétée par une forme plus moderne de lob­bysme, celui des grou­pes de pres­sion écolo­gi­ques, iden­ti­tai­res ou par­ti­cu­la­ris­tes. Par exem­ple en Italie des hommes poli­ti­ques à la veille d’une élec­tion natio­nale ont dû se pro­non­cer sur le mariage homo­sexuel ! On a failli y assis­ter en France pré-élec­to­rale avec la bourde sar­ko­zienne sur la même ques­tion.

20 – Clubs qui font en eux-mêmes coexis­ter les ten­dan­ces oli­gar­chi­ques et réticu­lai­res.

21 – Que les ten­dan­ces oli­gar­chi­ques ancien­nes puis­sent coexis­ter avec la nou­velle orga­ni­sa­tion réticu­laire apparaît clai­re­ment au Japon dont l’indus­trie fut la première au monde à dévelop­per cette orga­ni­sa­tion réticu­laire sous la forme dite de l’escar­got regrou­pant les différents cer­cles de sous-trai­tance par rap­port au centre cons­titué par l’entre­prise-mère.

22 – Nicolas Guilhot dans un arti­cle du no 151-152 de 2004 d’Actes de la recher­che... consacré à la mon­dia­li­sa­tion raconte la réponse d’un diri­geant de la banque Lazard Frères à un entre­tien d’embau­che du futur mil­liar­daire de la finance Georges Soros : « Si vous étiez allés au même collège que le direc­teur actuel, vous auriez peut être une chance, ou si vous étiez passé par les mêmes uni­ver­sités, mais vous n’êtes même pas du même pays ».

23 – C’est ainsi que Transparence International (TI), sou­vent accusé (Le Monde diplo­ma­ti­que et Le Canard enchaîné) d’être un sous-marin étasu­nien votera avec les européens contre les États-Unis un texte anti-cor­rup­tion éten­dant la régle­men­ta­tion qui contrôle les États, par exem­ple la signa­ture d’une charte de non cor­rup­tion sur les marchés publics pour bénéficier des fonds de la Banque, aux firmes privées. Sur TI, on peut se repor­ter à l’arti­cle de Murielle Cœurdray : « Le double jeu de l’import-export sym­bo­li­que » dans le no 151-152 d’Actes de la recher­che.... Toutefois l’indépen­dance connaît ses limi­tes ; ainsi, TI refuse de pour­sui­vre le pol­lueur Schell or cette firme par­ti­cipe à son finan­ce­ment de même d’ailleurs que Lockheed la firme au scan­dale.

24 – La démis­sion de J.-M. Messier de Vivendi en 2002 marque la dif­fi­culté de passer d’une oli­gar­chie d’ori­gine étati­que natio­nale à des formes plus trans­pa­ren­tes de « bonne gou­ver­nance » action­na­riale à l’inter­na­tio­nal (en l’occur­rence, des action­nai­res américains).

25 – Théorisé par l’écono­miste John Williamson autour des piliers de l’admi­nis­tra­tion américaine, de la Banque mon­diale et du FMI en 1989. C’est un hymne du nou­veau libéralisme au marché débridé.

26 – En complément on peut se repor­ter à l’arti­cle de B. Pasobrola : « Crise, dra­ma­tur­gie et jeu », dans ce même numéro.

27 – Cf. la polémique actuelle en France sur la ques­tion de la dette à propos des effets d’une loi de 1973 sur les ban­ques et les emprunts d’État.