Sur les rapports individus-communauté : le temps des confusions

octobre 1996, Léon Milhoud, Phil Agri



À la lecture de certains tracts de l'été, on a l'impression que le plan vigipirate et la cristallisation de la campagne anti-terroriste autour de Khaled Kelkal ont singulièrement accru les risques de confusion théorique.

L'Islam et surtout l'islamisme radical sont ainsi devenus des objets de questionnement dans certains milieux libertaires et d'extrême gauche. Mais, malheureusement, ce qui préoccupe ces milieux, ce n'est pas le rapport individu-communauté en général, c'est à dire dans sa double dimension politique et théorique, mais simplement la réalité d'un repli communautaire particulier. Leur raisonnement est à peu près celui-ci : les individus révoltés sont rares mais parmi eux beaucoup sont tentés par la référence ou même par le militantisme islamistes, alors que pratiquement aucun ne l'est par la référence révolutionnaire libertaire. Qu'est-ce donc qui cloche ? Les références humanistes, universalistes, révolutionnaires ou anarchistes ne participeraient-elles pas d'un occidentalo-centrisme plus ou moins conscient ?

Ce questionnement comporte au moins trois dangers :

1° Il conduit au relativisme des valeurs (par exemple on entend dire que le « voile islamique » ne serait pas, pour la femme, une aliénation pire que celle produite par le port de la mini-jupe !) et à l'abandon de toute ligne directrice pour la réflexion. Au lieu de questionner les rapports sociaux on ne questionne plus que les principes ; par exemple, il faut se demander si l'anarchisme est exportable, s'il n'est pas finalement une résultante radicalisée de la pensée judéo-chrétienne. La conséquence de cette démarche est qu'on en oublie ce qui fait la spécificité de l'anarchisme : son universalité qui ne réside pas dans le fait que tout le monde peut s'y référer mais dans son fondement qui est de lutter pour la fin de toute domination et non seulement contre un tort particulier qui serait fait à une catégorie particulière. C'est ce qui fait sa force (ses principes ressurgissent d'ailleurs spontanément, même en dehors de lui) et aussi sa faiblesse historique (ne peuvent s'y reconnaître que ceux qui sont contre toute domination). Cette essence de l'anarchisme perdure dans la tension entre individu et communauté, entre liberté et organisation, entre éthique et politique et ce sont justement ces tensions que l'on ne retrouve pas dans les nationalismes révolutionnaires des mouvements anti-colonialistes ou anti-impérialistes des années 60/70 et encore moins dans l'islamisme radical des années 80/90.

2° Il amorce un convergence de fait avec les théories qui font des cultures quelles qu'elles soient et sous tous leurs aspects, des formes de résistance à la mondialisation du mode de vie issu du capitalisme1. Il ne s'agit pas, bien sûr, de faire des amalgames mais de signaler des dérives possibles et mieux encore, d'essayer de les prévenir.

3° II s'abandonne à « l'esprit simpsonien » dans lequel les faits perdent toute importance et toute signification au profit de l'exploitation « politically correct » qui peut en être faite. C'est cet esprit simpsonien qui fait encaisser sans broncher les conclusions du sociologue allemand qui s'était entretenu avec Kelkal ; c'est ce même esprit simpsonien qui porte un journaliste de télévision à truquer une photo de jeune africain exécuté par un policier dans un commissariat.

Il s'avère nécessaire de revenir sur cette question des rapports individus-communauté2. Il faut tout d'abord distinguer ce qu'on appelle « communauté de référence » qui est une construction abstraite, des références communautaires concrètes.

La communauté de référence est liée au passé des individus, à ce qui les constitue, par exemple leur histoire familiale.

L'imprégnation peut être si forte que la référence en devient presque inconsciente, comme objective. À cet égard, qu'on le veuille ou non, l'Islam constitue une communauté de référence en tant que civilisation, ce qui n'est pas réductible à la dimension religieuse et aussi dans la mesure où elle laisse une possibilité d'ouverture à la relation et à la tension entre individus et communauté, à travers une évolution historique et géographique qui n'est pas encore achevée.

Il faut aussi préciser que si l'individu peut éventuellement se définir par rapport ou à partir d'une communauté de référence ce qui ne veut pas dire qu'il l'approuve mais seulement qu'elle a joué et joue encore un rôle dans sa structuration personnelle, à la fois individuelle et sociale (sensibilité, mode de raisonnement, connaissances, aspirations et valeurs-clés). C'est aussi sur ces bases qu'il peut la critiquer et tenter un syncrétisme avec d'autres modes communautaires comme a pu le faire le prolétariat au moment de sa formation en classe (paysan > ouvrier).

On peut encore clairement être athée et avoir l'Islam comme communauté de référence (cf. les nombreux écrivains victimes de fatwas) même si l'histoire de l'athéisme est elle, essentiellement occidentale. Cette structuration particulière n'est pas contradictoire avec l'universalité. L'athéisme est toujours en opposition et donc en rapport avec la référence religieuse critiquée. Il y a des athées musulmans (arabes ou non !) comme il y a des athées juifs, protestants ou catholiques, et il est actuellement plus intéressant et plus important d'être ou de rentrer en contact avec eux3, que de chercher à se positionner par rapport aux individus tentés par l'islamisme radical4.

Les références communautaires concrètes et actives sont elles, en relation avec le présent des individus, ce qui explique qu'ils puissent en changer, les adapter, les interpréter, les multiplier, les ajouter. Elles sont en effet, à l'époque moderne, rarement uniques (famille, classe sociale, nation, internationalisme, région, groupe d'appartenance) et elles sont les éléments qui structurent concrètement les personnalités.

Ces références communautaires multiples peuvent venir ainsi enrichir une communauté de référence fondamentale comme l'a bien montré l'exemple de la communauté ouvrière avec ses attaches à la classe, à certaines traditions paysannes, aux valeurs individuelles de la révolution française, aux valeurs bourgeoises de la ville, aux espoirs de la modernité (science et progrès). Ces références n'étaient pas volontaristes et artificiellement ajoutées ; elles exprimaient une richesse interactive des subjectivités basées sur trois éléments ici indissociables : individus/­communauté de référence/valeurs-clés. Quand l'une vient à manquer c'est que l'histoire des hommes n'a plus de ressort et régresse, notamment dans la guerre, c'est à dire dans l'hypostase communautaire : Nous contre Vous, comme on peut le voir en ex-Yougoslavie.

C'est bien dans cette hypostase communautaire que s'inscrivent les variantes d'islamisme militant. Celui-ci supprime l'un des pôles du support et la tension se transforme en soumission5. La référence religieuse est tragiquement érigée en référence unique de la communauté. Cette positivation sans faille de l'identité, déjà dangereuse pour ceux pour qui l'identification semble aller de soi, est franchement inquiétante quand elle s'effectue par procuration ou projection.

C'est la disparition ou l'abandon de la référence ouvrière et de la valeur essentielle que représentait le travail dans cette référence6 qui conduit au multiculturalisme et à un nouveau respect pour la religion7. Dans cette conception de l'universalisme (véritable auberge espagnole), tout se vaut et on est alors prêt à justifier ou à oublier les pratiques crasses qu'engendrent toutes les communautés instituées, sous prétexte que certaines de leurs références sont respectables.

C'est parce que la situation est complexe qu'il ne faut pas céder à la facilité et répondre à cette complexité par des simplifications outrancières en dénonçant, par exemple, un État et des médias qui n'auraient de cesse de diffuser de la propagande anti-islamiste à connotation raciste. C'est tout simplement faux et on a déjà suffisamment de bonnes raisons de les critiquer pour ne pas en ajouter d'autres.

En ce qui concerne État français, sa position n'a pas changé : elle est intégratrice dans ses buts même s'il ne se donne plus les moyens de l'assumer avec réussite. S'en prendre à l'École et à ses valeurs bien de chez nous comme l'a fait le sociologue allemand précité, dans Le Monde, est, de ce point de vue, une erreur. Ce qui prédomine aujourd'hui est une certaine faiblesse de l'État face au processus de mondialisation et aux contraintes qui en découlent. Ce n'est pas en tant que raciste qu'il faut dénoncer cet État mais en tant qu'organisateur de la destruction des rapports sociaux8. Les luttes récentes autour de la défense du service public et de la laïcité sont d'ailleurs le signe que cette déstructuration touche aussi le service public. Celui-ci est si ancien, en France, qu'il fonctionne comme référence communautaire avec la laïcité comme une de ses valeurs. Mais la laïcité n'est pas une référence concrète puisqu'en dehors de son concept, elle est mise à mal tous les jours ; elle fonctionne comme un sédiment de l'histoire générale du pays, de l'expérience familiale ou personnelle. C'est encore une façon, limitée, de retrouver une filiation avec le passé et les autres générations, avec l'histoire des luttes sociales, sources possibles d'une unité qui n'est plus donnée directement par l'appartenance de classe ou nationale.

Les médias, quant à eux, ne se livrent pas à l'hystérie anti-islamique ou anti-arabe. Il y a longtemps que les troupes de Le Pen auraient trouvé là, si c'était vrai, une occasion suffisante pour une St Barthélemy d'un nouveau genre. C'est plutôt l'inverse qui se produit avec un fn quasi silencieux. Le problème n'est pas que les médias promeuvent le racisme mais, plus exactement, qu'ils soient incapables d'expliquer pourquoi ils sont contre. Leur position humaniste de principe s'abandonne à l'assimilation tacite entre Islam et intégrisme ou fanatisme parce qu'on n'ose pas aborder de front, dans ce milieu pourri de faveurs et d'honneurs, la raison de la débandade des banlieues.

Les relations individus-communauté relèvent d'une métaphore psychiatrique (cf. la référence constante à la schizophrénie sociale) : elles sont à l'image des différentes phases de l'histoire des hommes. Lorsqu'une communauté est profondément active dans l'histoire, c'est à dire lorsque sa construction et son développement sont synonymes de référence obligée pour les hommes de son temps, elle produit des individus qui définissent les valeurs qui lui correspondent et cela leur donne une dimension politique immédiate. Mais elle suscite immanquablement aussi la critique de la part d'autres individus qu'elle produit à sa marge. Ce mouvement rappelle ce qu'on a appelé, à la suite de Hegel et de Marx, « le travail du négatif »9. La force avec laquelle les individus marquants posent les nouvelles valeurs est d'ailleurs en rapport avec la capacité de réaction et de critique des individus que la communauté n'englobe que partiellement. Ainsi, par exemple, la communauté bourgeoise comme référence des nouvelles nations pose à l'origine des valeurs fortes mais aussi renforcées par les critiques fortes qui lui sont adressées (mouvement socialiste, mouvements artistiques). Mais le progrès fondamental que vise ce processus et qui fait de cette communauté une référence recherchée pour les uns (ceux qui posent les valeurs et ceux qui les critiquent), un idéal à atteindre pour les autres (les communautés autres) s'éteint lorsque les circonstances historiques figent le rapport de la communauté à ses valeurs. On a alors une situation (très actuelle) dans laquelle la seule revendication qui s'exprime est celle d'affirmer ou de réaffirmer les anciennes valeurs, à un moment où ces valeurs ont tellement perdu de leur force qu'elles ne suscitent même plus de critique (le fameux « silence des intellectuels » et même la fin des intellectuels).

C'est parce que cette affirmation se situe en dehors de son cadre historique qu'elle ne contient plus rien de la tension d'origine, qu'elle perd son aspect problématique. Il n'y a plus de référence à des valeurs mais adhésion ; dans une sorte de délire les individus collent à une communauté qui devient la référence unique. Là encore on retrouve le Nous contre le Vous et la guerre comme perspective : la destruction et la violence sont les moyens de l'intégration volontariste et forcée du travail du négatif là où celui-ci semble disparaître dans l'adhésion des individus à la communauté, dans le communautarisme.

Cette description des rapports individus-communauté ne renvoie pas à une position philosophique sur le rapport individu-société. Elle doit servir à éclairer les problèmes politiques actuels et une situation où justement l'individu subit la pression des communautés englobantes. Les choix théoriques et politiques se réduisent alors, le plus souvent, à la défense d'une communauté contre une autre, avec en prime, le terrible respect pour la communauté en soi, les cultures en soi, quelle qu'elles soient !

Nous essayons de rendre compte, au contraire, de l'idée (et du fait) que la référence communautaire de l'individu ne saurait être unique si, dans la pensée et dans l'action elle se rattache à l'idée de communauté humaine en général, non en tant que simple abstraction mais comme projection de rapports concrets dans un « être ensemble » à définir ou plutôt à explorer.

C'est ainsi que pourrait s'interpréter l'idée du communisme à ses débuts, à l'époque de la lère Internationale dans laquelle se côtoyaient encore communistes, anarchistes, anti-autoritaires individualistes, socialistes, « utopistes ». Rien n'était encore joué et toutes les valeurs restaient problématiques (polémiques sur la question du travail et de sa place, de l'organisation, du collectivisme, de la libre pensée), engendrant par là même de gigantesques brassages d'idées, une multiplicité d'expériences dans le cadre d'une même projection vers une communauté idéale.

Cette projection sous-tend la critique du monde effectuée par chaque individu, oriente ses choix politiques, permet de réaliser une synthèse entre les différentes références auxquelles son histoire le rattache, lui permet aussi de réactualiser les valeurs que ces références contiennent et de les inscrire dans une nouvelle perspective historique. Cette synthèse sert de base à la détermination d'objectifs et des valeurs leur correspondant, permettant de faire converger de grandes masses d'individus, sans que pour autant, l'histoire de ces valeurs d'origine n'ait un sens commun antérieur, sans qu'il y ait besoin que chacun se réapproprie tout un passé, particulier Cette synthèse est en quelque sorte le contre-pied de l'appauvrissement axiologique du capital et de son monde publicitaire. Ce sens commun ne peut apparaître que dans le développement donné par la critique et les pratiques qui en découlent10.La possibilité d'un tel processus dépend essentiellement de la vitalité de la communauté qui se met en place.

Pour les individus du milieu du xixe siècle, l'idée du communisme était une telle communauté. Mais seuls saisissaient cette vitalité ceux qui avaient reconnu dans une fraction du prolétariat de l'époque (pas dans sa totalité comme le pensait Marx, mais pas non plus dans sa fraction pré-industrielle comme le pensaient certains anarchistes), le porteur d'un monde nouveau dont il était l'image, le monde urbain. Un monde où les aliénations et les dérives allaient être aussi épouvantables que les perspectives techniques, artistiques et humaines s'avéreraient riches et créatrices.

Nous sommes bien les héritiers de cette formidable contradiction. Ne voir dans le monde présent que sa dimension catastrophiste est à cet égard significatif de l'oubli de cette contradiction : oubli aussi bien de la part de ceux pour qui la vraie vie ne serait possible qu'après la vraie révolution ; que de la part de ceux qui craignent à ce point l'avenir, qu'ils vont chercher dans les origines religieuses et même dans la couleur de peau, des points de repère face aux risques d'implosion du système.

La difficulté réside dans le fait qu'aujourd'hui, la société du capital a produit un tel niveau d'individualisation et de particularisation des individus que les tensions vers la communauté sont plus réactives qu'activés. Même dans son aspect actuel le plus vivace, la référence à la communauté en général, semble s'être autonomisée pour simplement figurer le « collectif » à l'intérieur de la société du capital qui se pose en communauté désincarnée11.

 

Notes

1 – Un exemple caricatural vient de nous en être donné avec Roger Garaudy : du pcf à la conversion à l'Islam puis de l'islamisme militant sous couvert d'anti-impérialisme, au révisionnisme de Pierre Guillaume et de ses éditions de « la vieille taupe », que de chemin parcouru !

2 – Dans le no5 de Temps critiques : « La communauté inconciliable » et particulièrement dans l'article de Charles Sfar et de Jacques Wajnsztejn. Toutefois la question était abordée d'une façon assez descriptive en insistant surtout sur la multiplicité actuelle des références, leur plasticité, mais sans les distinguer suffisamment (toutes semblaient d'égale importance comme le fit remarquer un lecteur) et surtout sans distinguer nettement communauté de référence et référence communautaire.

3 – Et cela sans fausses illusions. De grands bourgeois mais aussi par la suite des fascistes et des esprits particulièrement « petits » se réclamèrent de l'athéisme.

4 – D'une manière générale on peut dire que la tâche du mouvement athée n'est pas finie, comme le montrent les pratiques de prière obligatoire dans les pays anglo-saxons, les régimes particuliers de l'Allemagne (et de l'Alsace !) quant aux rapports État-religion. Le fait que cette lutte soit menée au nom de l'idéologie laïco-républicaine, par exemple en France, ne l'invalide pas en soi. Si la société théocratique est de l'histoire ancienne, la religion, elle n'a pas été dépassée par les progrès de la science et de la Raison. C'est même une caractéristique du capitalisme de ne jamais avancer par dépassement mais par englobement, mettant à mal la dialectique et le matérialisme historique. On en a un autre exemple récent avec la résurgence du mouvement des nationalités à l'époque de la crise de l'État-nation.

5 – Le problème n'est pas que les individus soient croyants ou non (ça, on n'y peut rien sur le moment), mais de voir quelle fonction joue la référence religieuse dans leur positionnement par rapport à la communauté de référence. S'il y a hypostase, tout rapport avec eux devient impossible ; si ce n'est qu'une référence parmi d'autres, alors les rapports peuvent être empreints de tout ce que leur individualité peut offrir.

6 – Compte tenu de l'échec de la constitution d'une communauté qui eut abandonné le travail et aussi le salarie ! comme valeurs fondamentales. Soit l'histoire du communisme… à l'origine.

7 – Le phénomène n'est pas nouveau puisque des anciens dirigeants de la « gauche prolétarienne » ont redécouvert (ou même découvert) les vertus de la Torah, à la fin des années 70 ; que d'autres, activistes de base, se sont convertis à l'Islam et qu'enfin d'autres ont tout simplement rencontré Dieu. Ce qui est nouveau, c'est qu'il ne s'agit plus d'une démarche individuelle mais d'une tendance générale à envisager les choses à partir des oppositions ou des désignations religieuses, ethniques, communautaires.

8 – La flicardisation de nos rues et banlieues n'est qu'un substitut révoltant à l'incapacité à dominer la déstructuration sociale que manifestent le chômage et le mal de vivre d'individus toujours plus nombreux.

9 – Du point de vue historique, les grands moments que furent la démocratie athénienne (réduite aux « citoyens » il est vrai), la constitution du peuple hébreu, la république romaine, le califat de Cordoue, la Commune de Paris, les révolutions française et russe… donnent une idée de la vitalité possible de cette tension individu-communauté même si les deux derniers exemples, a contrario, fournissent une indication sur ce qui se produit quand un des pôles de la tension est supprimé.

10 – Ces fondements peuvent être inquiétants ou même paradoxaux mais tout dépend de ce que l'individu en fait dans le développement de sa critique. Il peut ainsi se produire de drôles de renversements de perspectives. Par exemple, chez l'individu Marx de La question juive, coexistent un certain anti-sémitisme et une perspective messianique alors que dans sa vieillesse l'aspect messianique s'estompe et que se ravive sa « judaïté » (cf. son intérêt pour le « communisme primitif » ou tribal dans lequel il ne pouvait pas ne pas reconnaître de vieilles images familiales).
Là aussi la tension est le signe de la complexité et de la richesse de la critique, de la perspective.

11 – Un peu de cela est apparent dans le mouvement de lutte de l'automne 95 quand s'exprime la défense de la laïcité et du service public (cf. le supplément au no 8 de Temps critiques paru en janvier 1996 et réédité dans ce numéro en 3ème partie).