Les Processions antifascistes

février 2003, Patrick Vieilledent



Le communisme électoral est en voie de disparition, mais en mutation également. Grâce à Besancenot, il rejoint le flot du particularisme réformiste ! La révolution consiste aujourd'hui à désamorcer l'antimondialisation économique sans s'interroger sur la poursuite de notre domination étatique et son désespoir fasciste, ni surtout, sans tenter de comprendre les raisons de la destruction très rapide de toutes les richesses mondiales (la dévalorisation), qu'elles soient humaines, vivantes ou énergétiques.

La lcr se pose en panneau publicitaire au bord de l'autoroute de l'indifférence communiste ; la Ligue se vend comme un produit de haute consommation : plus marketing que l.o., plus jeune, plus frais ! Ainsi, Bensaïd, comme Krivine lorsqu'il est venu à l'université Paul Valéry de Montpellier en 1995 (se jetant en extase devant la lutte contre le cip), Bensaïd dit1 que le 1er mai il n'a jamais vu autant de manifestants à Paris, même en 68 et il va même jusqu'à invoquer Charles Fourier pour célébrer ce moment pour lui si magique !

[…] Je viens d'écouter des dizaines d'heures de réactions sur les radios nationales : France-Inter, Info, Europe 1 et rmc-info. Comme le 11 septembre dernier, le « choc » du 21 avril 2002 donne aux médias (quels que soient leurs formatages) un caractère d'auto-flagellation, de procession moyenâgeuse, de réactions guerrières, d'envahissement : « tous unis contre le fascisme » ! Sous prétexte de combattre le fascisme, les différents pouvoirs nous enlèvent (ceux qui ont le culot de ne pas voter) une dernière liberté : celle d'une opposition plus radicale à ce système et une opposition qui ne soit ni nationaliste, ni raciste, ni réactionnaire... Venons-nous d'entrer dans une seconde phase politique maintenant plus fortement visible : celle d'un monde plat, uniforme, despotique, écrasant ?

L'imagination est autorisée moyennement pour voter à gauche en faveur de Chirac, d'un cran supérieur pour voter « à la gauche de la gauche »... en faveur de Chirac ! La pince à linge, les gants et l'engagement pris en conscience de ne pas aller au-delà de cette reconnaissance présidentielle, quelle pitrerie ! Je me sens en décalage incroyable avec le comportement général. Le problème n'est même plus de partir loin de cette massification de la pensée tunique, unique, antique... mais c'est plutôt de savoir ne pas aller trop loin dans cette distanciation et devenir alors leur terrorisme ? De plus en plus dur de ne pas passer pour extrémiste ! En quelque sorte, je suis toujours en 68, un 68 de paroxysme critique, encore étudiant en prolégomènes de l'histoire.

[…] Ma réaction est à contre courant pendant cet entre deux tours. Pourquoi agir comme si ceux qui nous ont gouvernés n'étaient pas responsables en grande partie de la situation ? Frêche peut donc s'insérer, comme en 1998, dans certains défilés sans se faire repousser. Les anars sont pris dans le flux, dans la coulée ! À qui profite la délinquance, le délit d'impunité ? Au président ? Voilà une bonne solution pour contrer certains extrémismes par le chantage au facho ! Jamais comme entre ces deux tours, tout n'était apparu comme sans perspectives, comme sans politique d'avenir ! Même des associations : gens de lettres, politiques, acteurs, Canard enchaîné , tous ont un avis : oui pour la République, non à Le Pen ! On a fait parler Zidane, bien sûr...

 

 

Notes

1 – Dans l'émission radiophonique « Là-bas si j'y suis » sur France-inter, le 1er mai 2002.